Les collectionneurs d’engins militaires ne sont plus sur le pied de guerre
Les collectionneurs d’engins militaires ont défilé heureux et sereins dans les rues d’Avelin, hier, à l’occasion des commémorations du 8 mai 1945.Le décret du 23 novembre 2005 qui assimilait leurs engins à des armes de guerre soumises à autorisation de détention a en effet été assoupli.
PAR NICOLAS FAUCON region@lavoixdunord.fr PHOTO STÉPHANE MORTAGNE
Daniel Vraux n’a jamais eu peur. « C’était trop gros pour être vraiment appliqué ! », lâche le vice-président du MVCG du Hainaut, qui regroupe une quarantaine de collectionneurs de véhicules militaires. En cause, le décret du 23 novembre 2005, prolongement de la loi sur la sécurité intérieure de 2003. Un texte qui, dans sa forme initiale, faisait passer tous les engins militaires du statut d’« armes historiques et de collection » (huitième catégorie de la législation sur les armes) à celui de « matériels destinés à porter ou à utiliser au combat les armes à feu » (deuxième catégorie) : une autorisation de détention devenait alors nécessaire pour les propriétaires de simples Jeep ou de Dodge, sous peine de devoir les rendre à l’État, lequel les détruirait ensuite. « C’était d’autant plus aberrant que ces engins, nous les avons achetés aux Domaines, c’est-à-dire à l’État. »
Inquiètes, les associations de collectionneurs ont alerté les députés, arguant de leur rôle de gardiens de la mémoire. « On est bien content de nous trouver pour les commémorations. Et nos engins font partie du patrimoine », déclarait ainsi dans nos colonnes en février 2006 Didier Slock, président de l’Association des collectionneurs de véhicules militaires de la vallée de la Lys, à Houplines. Des recours en nullité de décret furent engagés, devant le Conseil d’État, notamment par la Fédération des collectionneurs pour la sauvegarde du patrimoine et la préservation des véhicules, équipements ou armes historiques, laquelle a écrit à Jacques Chirac « pour contester ce décret qui introduit de manière disproportionnée des conditions sécuritaires draconiennes ». Elle attend toujours une réponse de la juridiction et de l’ex-président.
Néanmoins, deux circulaires sont venues assouplir un peu ce décret. Aujourd’hui, « la situation s’est clarifiée et les craintes sont éteintes, admet Quentin-Guillaume Herkenrath, président du Jeep-club des Flandres et maître d’oeuvre du défilé d’hier à Avelin (au sud de Lille). Ne sont plus concernés par cette réglementation que les véhicules pourvus de dispositifs spéciaux permettant de porter une arme. » Et bien sûr les collectionneurs de chars de combat, de blindés ou de véhicules amphibies…
« Ambiguïtés »
Membre du club des Yankees, basé dans la métropole lilloise, Franck Defieu est soulagé : sa Jeep et son ambulance qui datent de la Seconde Guerre peuvent circuler sans demander une quelconque démarche particulière. Mais pour son Dodge de 1942, qu’il a lui-même équipé d’un affût et d’une mitrailleuse, il a dû demander une autorisation. « Je suis allé à la préfecture pour remplir la demande d’autorisation de détention. Ils n’avaient pas de formulaire à me donner. Je suis donc reparti. J’attends que ce soit plus clair. » Lui demande-t-on s’il craint d’éventuelles poursuites pour détention illégale de matériel de guerre ? « Les autorités savent bien que ce n’est pas de chez nous que viennent les problèmes, on collabore régulièrement avec le 43e RI de Lille, quand même… », intervient Pierre Leleu, autre membre des Yankees, plutôt spécialisé dans la logistique.Pour l’heure, aucun collectionneur ne s’est vu poursuivre en justice ou n’a été contraint de rendre son véhicule à l’État. « Mais il y a trop d’ambiguïtés dans ce décret. Si demain, telle est la volonté de l’État, tous les ingrédients sont prêts pour enquiquiner le monde des collectionneurs », confesse le président d’une autre association du Pas-de-Calais, qui souhaite rester anonyme. •
In LA VOIX DU NORD, édition régionale du 9 mai 2007
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