mercredi 3 mars 2010

Kerguelen, de Dunkerque aux îles australes

Curieux parcours que celui de ce noble breton, Yves Joseph de Kerguelen de Tremarec, aimé et respecté à Dunkerque mais dont le nom ne rappelle plus que des îles perdues près du cercle arctique.

Né en 1734 près de Quimper, sa carrière est atypique : lieutenant de vaisseau sous Louis XV, il est dégradé et incarcéré sous Louis XVI, lors de la Révolution, il est promu Contre-amiral, emprisonné sous la Terreur, il est rétabli au grade d’Amiral en 1795… mais au delà des vicissitudes, il reste dans les mémoires pour ses voyages dans les mers australes et pour les fameuses îles qui portent depuis son nom. Et Dunkerque dans tout cela ? La cité des Capres flamands est présente tout au long de sa carrière.


Dunkerquois d’adoption
Entré à 16 ans dans les Gardes de la Marine dès sa sortie d’un collège de Jésuites, ses campagnes le mènent au Canada, au Cap Vert et aux Antilles. En 1755, passé Enseigne de Vaisseau, il cingle vers Saint-Domingue et revient à Brest l’année suivante où l’on le nomme commandant d’une compagnie de canonniers. Il y obtient d’ailleurs le brevet de Lieutenant de canonniers. En 1757, ordre lui est donné de mener une compagnie franche à Dunkerque : ses marins doivent assurer le service d’infanterie dans le port et à bord des vaisseaux. La vie de caserne serait triste pour lui qui cantonne au Fort de Mardyck s’il ne fréquentait les grandes familles dunkerquoises. L’homme plait aux notables. Le 13 mars 1758, il convole en justes noces avec Marie-Laurence de Bonte, pure dunkerquoise s’il en est. En octobre 1759, il reprend la mer. L’état de la flotte est si mauvais qu’il propose au Ministre de la Marine de semer la terreur sur les côtes anglaises à l’aide de corvettes et de frégates armées en course. La proposition retenue, il reçoit alors la double mission de reprendre la guerre de course tout en transportant de riches cargaisons pour ses armateurs à Saint-Domingue. A la fin de février 1761, il appareille de Brest et multiplie dans les Caraïbes les coups contre les Anglais. Prises et rançons sont nombreuses mais son intérêt ne se limite pas à la course, il consigne scrupuleusement ses reconnaissances hydrographiques. Son retour à Rochefort force l’admiration car il passe sous le nez des Anglais qui surveillent le port, une manœuvre si hardie que le commandant britannique demande à le rencontrer… La guerre est encore affaire de courtoisie …

Avec les pêcheurs à Islande
Bien que la campagne ne fût pas de tout repos, avec nombre de morts, près de 200 marins malades et quelques déserteurs, il ne brûle pas moins de croiser le fer avec les marins anglais. En 1762, il désire ruiner le sud de l’Angleterre en attaquant Sunderland. Pour cela, son ministre le nomme provisoirement Lieutenant de Vaisseau en charge du commandement d’une flotte à Dunkerque mais le temps passe et le projet est finalement abandonné. Sans commandement effectif, il repart en 1766 pour Brest où il fait construire une corvette canonnière. C’est que la paix règne depuis trois ans… La course devient un souvenir et la paix est propice au commerce, notamment pour les pêcheurs dunkerquois. Malheureusement ces derniers se heurtent violemment au monopole danois sur l’Islande. En 1767, il décide le roi de protéger les pêcheurs en envoyant une corvette. On lui confie « La Folle », dotée de 26 canons et forte de 200 hommes. Encore une fois, lors de sa mission, il fait œuvre de géographe et d’hydrographe, travail si finement mené que ses travaux sont approuvés par l’Académie Royale de Marine en 1771. Non content de protéger les dogres dunkerquois, son navire sert d’atelier et d’infirmerie pour les pêcheurs dunkerquois. Une halte à Bergen de six semaines lui permet de se ravitailler…

Fin novembre 1767, on l’envoie espionner les Anglais. A lui de se renseigner sur leurs armements et leur économie. La mission est rondement menée et lui vaut de revenir à Dunkerque en janvier 1768 après avoir rendu son rapport. La même année, on lui confie « l’Hirondelle », dotée de 16 canons et de 120 hommes, afin de protéger à nouveau les pêcheurs à Islande de Dunkerque… Malgré les succès évidents de son périple, il ne commande désormais plus à Dunkerque et s’engage alors dans l’exploration des mers australes avec l’espoir de les coloniser… Il ne quitte pourtant pas le cœur des Dunkerquois qui saluent en lui autant le marin que le savant qui entre à l’Académie Royale de Marine en 1769… et qui découvre en 1772 les îles de la Désolation qui portent désormais son nom en son honneur…

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