mercredi 23 mai 2007

De quoi se décomplexer totalement

Sérieusement, j'ai reçu cet ensemble de textes d'un de mes lecteurs et je ne peux résister au plaisir de le partager avec vous. Pourquoi? Parce que nous avons tous été un jour confronté à la saillie verbale d'un "gros mot", d'un juron, d'une insulte... et que l'on ne peut pas toujours se réfugier derrière l'excuse d'une éventuel syndrome Gilles de la Tourette. Alors c'est vrai, je vous l'accorde, ce n'est pas très régional comme article mais bon, certains lecteurs y trouveront peut-être un intérêt littéraire ou autre... et de prendre d'autant plus de plaisir à éructer une bonne grossierté maintenant qu'ils ont une explication universitaire à disposition!

Promis, je ne lancerai pas de concours de la plus belle saillie verbale sur ces pages...


* * *
Selon Gilles Guilleron, professeur de lettres et auteur, dire «bordel de merde» est aussi une forme de plaisir.
«Il y a une propriété purgative du gros mot»
Par Emmanuèle PEYRET

«Bordel à queue» ? «Morue vérolée ? «Putain de charogne ? » Ouuuuuh que ça fait du bien de les voir écrits, de temps en temps, ces «gros mots», dans une société ravagée par le politiquement correct et la langue de bois. A la mode, l'insulte ? En tout cas très présente (et on ne parle même pas des affaires de «racaille»).

Après un colloque organisé sur le sujet en mars 2007 à Paris XIII (1), Gilles Guilleron, prof de lettres et auteur du Bac français pour les nuls , sort un Petit livre des gros mots (First éditions), réjouissant abécédaire d'«abruti» à «zonard» en passant par «enflure». Certes, en 146 pages, le bref ouvrage ne couvre pas toute la richesse de la langue verte et effleure brièvement l'immensité de la langue de San Antonio. Mais il permet de pressentir la fonction essentielle de l'injure : «constituer un espace linguistique préservé» dans la liberté et la violence verbale.
Tout le monde, de l'homme politique à l'ado, vous et moi, est passé dans cet espace finalement indispensable. Dire ou prononcer certains mots (notamment les gros mots sexuels, omniprésents), c'est provoquer une petite explosion (saine et jouissive) dans la norme. C'est aussi mettre en avant la puissance évocatrice des mots. «Maison de tolérance, matière fécale !» est totalement sans effet à côté de sa version grossière : «Bordel de merde !»


Une bon Dieu d'interview.
Pourquoi un livre sur les insultes ?
Par intérêt personnel pour les pratiques à «la marge» du langage : de ce point de vue, l'insulte, comme la poésie, représente un usage et un écart fortement individualisés de la langue de la «tribu». Autrement dit : Dis-moi comment tu injuries, je te dirai qui tu es/hais. Ensuite, il y a le plaisir d'explorer un domaine où l'excès, l'outrance, l'obscène se mêlent à l'imagination, à la surprise, à l'invention. L'insulte, le gros mot, le juron rendent compte d'une transgression qui s'impose malgré les codes, les interdits, les sanctions. Tout le monde connaît et use plus ou moins de ces gros mots pour lesquels n'existent aucune méthode, aucun cours, aucune reconnaissance. Cette activité langagière est pourtant une constante. L'apprentissage de la langue s'accompagne toujours de la transmission de gros mots.
Quelles nuances entre gros mot, juron et insulte ?
Le gros mot est une expression grossière, crue, obscène, scatologique, qui offense la pudeur, s'affranchit des codes de politesse et de bienséance (le registre sexuel est le plus abondant). Par exemple, tout le monde s'accorde à dire (ou justement ne pas dire) que «bite», «couilles», «enculé» sont de vrais gros mots. Le juron, lui, permet à l'origine de... jurer. C'est-à-dire de prononcer le nom de Dieu dans des formules blasphématoires comme «nom de Dieu», «bordel de Dieu». L'insulte, elle, vise à outrager, à déstabiliser quelqu'un. Sa connotation agressive est très marquée : «abruti», «connard», «enflure», «fouille-merde» donnent une représentation dégradée de l'autre ; ce n'est pas pour rien que l'on dit que les mots peuvent blesser.
Quelle fonction ont ces mots ?
C'est souvent par l'apprentissage et la pratique des gros mots que l'enfant transgresse ses premiers tabous et découvre l'usage de la liberté : les cours des écoles maternelles sont des lieux privilégiés de transmission de cette poétique grossière. Il y a aussi une propriété purgative du gros mot, du juron et de l'insulte ; son énonciation traduit une tension et un soulagement plus ou moins intense, voire une forme de plaisir. On observera enfin que les gros mots ne sont pas vraiment des marqueurs sociaux, mais au contraire des éléments linguistiques transversaux : quel que soit le milieu, un «merde», «connard», ou «enculé» a droit de cité et signifie la même chose.

(1) Outrages, insultes, blasphèmes et injures : Violence du langage et police du discours, organisé par le Centre d'études et de recherches administratives et politiques (Cerap).

PUTAIN QUE C' EST BON !
Quelquefois , pas toujours , il est bon en effet de dire ou d'écrire des mots que l'on pense incorrects. Un grand merci à Emmanuelle PEYRET de nous en donner l'occasion en évoquant Gilles GUILLERON , ce professeur de lettres et néanmoins auteur pour qui le gros mot à une propriété purgative et qui ne se trompe pas ....le "caca boudin " de l'enfance se transforme bien vite en "gros tas de merde '... On se purge , on se purge ! Avec l'age , "bite" , " couilles " , restent - ils de vrais gros mots ? Et "enculé " ? Quant a " abruti ", " connard " et "enflures " , s'ils sont des gros mots , n'en sont pas moins des mots qui , bien employés , expriment la triste réalité de certains . Reste le maitre mot "CON ", qui touche plus que d 'autres et qui ne devrait pas parce que c'est tellemenr beau un con ! Ecoutez Sire de CHAMBLEY en parler ! .
" Source vénérienne ou vont boire les males
Fissure de Porphyre ou frise un brun gazon
Qui , fin comme duvet , chaud comme une toison
Moutonne dans un bain de senteurs animales '


Le professeur a encore raison quand il parle de la fonction poétique du gros mot ! Mais je m'égare un peu ...Je revient donc à votre " bon dieu d' article " pour dire avec vous que tous les mots , maigres et gros ont drroit de cité . N'est-on pas en République " doux Jésus , bordel de merde " ? OUF , ça fait du bien .

Bordel à cul de charette à bras! Qu'est ce que c'est que cet article qui prône la malpolitesse!?

Paradoxalement, c'est en lisant la version "francaise" de gros mots que j'ai eclate de rire! "Maison de tolerance, matiere fecale" est assez surprenant. Cela me rappelle le mot "embrayage" (pour: pedale de gauche) du temps de Mitterand. Il y a aussi: "je vous conseille d'aller rendre visite aux habitants du Peloponese", pour "va t'faire voir chez les Grecs", ou plus simplement "va t'faire enc..."


Abécédaire d'expressions grossières
Elles viennent du Midi, de l'arabe ou de l'Antiquité. A déguster sans faire la fine bouche.
Par Emmanuèle PEYRET

Quelques propositions extraites du Petit Livre des gros mots de Gilles Guilleron, pour enrichir un peu les longues soirées d'été.

Avorton
Le mot est construit à partir du verbe latin abortare, «avorter». Si le terme désignait autrefois un enfant mal développé, c'est vraiment moche aujourd'hui d'afficher son mépris envers les personnes de taille différente. En variante, on trouve «nabot», «demi-portion». En registre soutenu, l'exquis «Hercule de solderie» .
Bâtard
L'origine est incertaine, l'auteur retient pourtant celle du germain bansti , «grange», donc né dans une grange, ou de «bât», conçu sur le bât. Le terme désigne évidemment quelqu'un conçu dans le péché, puis un être souffrant d'un manque d'éducation flagrant. De nos jours, il retrouve une seconde jeunesse, utilisé en alternance avec «bouffon», notamment. Dire «bâtard de ta race», par exemple.
Charogne
Du latin populaire, «chair de cadavre». Même si le mot est entré en poésie avec Baudelaire dans les Fleurs du mal, le terme suggère un mépris doublé d'un dégoût assez vif, voire un écoeurement total. En variante, on trouve «ordure», «pourriture», «raclure». Le registre courant suggère «ignoble personne», «sale type». En breton, on dit gagn.
Enflure
Du latin, décidément riche, inflare , «souffler dans». Une augmentation de volume est anormale lorsqu'elle concerne une partie du corps, elle n'est pas normale non plus quand elle devient une injure, désignant un individu prétentieux et vaniteux, boursouflé de lui-même. Voir «salaud», «crapule».
Fada
D'origine provençale probablement, signifie «fée». Un coup de baguette magique peut assommer au point de rendre fou ou de faire en partie perdre la raison. L'insulte permet d'expliquer les paroles ou les actes incompréhensibles d'un individu. On a également «cinglé», «maboul», «dérangé», «fou», «a pété les plombs», etc.
Gredin
Du néerlandais greich . Souvent, c'est après coup que le gredin est démasqué et nommé comme tel. L'injure vient ponctuer la découverte d'un comportement malhonnête. On peut dire aussi «escroc», «fumier», «ordure», «bandit», «voyou».
Ka'cher
Ne pas confondre, cela signifie «chieur» en breton. Ajoutons le formidable laouenn dar, «cloporte», ou Mab ar c'hast, «fils de pute», ou encore Skider, «morveux», et on a de quoi tenir quelques soirées.
Maboul
De l'arabe mahbûl , «fou». Un terme exotique qui vient jusqu'à nous avec l'armée d'Afrique au XIXe. Se dit de quelqu'un dont le comportement s'éloigne de la normalité habituelle. Un peu ça va, c'est un grain, beaucoup maboul, c'est plus embêtant. On peut envisager «siphonné», «dingue», «déjanté».
Penchinet
Dans le Midi de la France, il y a le pastis, les cigales, et quelques injures pittoresques, dont celle-ci qui veut dire «individu qui se la pète». A rapprocher de «casse-berles» (casse-couilles), «rapaton» (racaille), «bigasse» (grande gueule), etc. «Bantariol» ? «Frimeur». Rien ne remplacera jamais le Sud. Sinon la Bretagne, peut-être.
Sagouin
Du portugais sagui, soit un petit singe d'Amérique du Sud. En joyeux, c'est un ouistiti, gai et espiègle ; en moins marrant, c'est quelqu'un qui travaille en dépit du bon sens. Une injure qui ramène son destinataire à un stade inférieur de l'évolution des espèces.

Pour les friands de gros mots et autres finesses du langage, qu’il faut dompter dans toutes ses formes expressives, Robert EDOUARD a conçu dans le passé un « Dictionnaire des injures ». Il sera d’un régal et d’un secours sans faille pour compléter des lacunes. Mais comme un dictionnaire s’avère impuissant tout seul, Robert EDOUARD a conçu dans sa grande sagesse un « Traité d’injurologie » qui nous apprend QUAND il est approprié d’utiliser ces mots. Sinon ils perdent de leur force et on se retrouve hors sujet !!!

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