Quand la mer monte... j'ai honte
Après des siècles de lutte contre la mer, de reconquête du littoral par poldérisation, pompage, asséchements, voilà que tout est remis en question pour des mesquineries budgétaires... Mais il est vrai que nous ne sommes pas sur la "French Riviera". Pour preuve, ci-dessous un article de la Voix du Nord édition de de Dunkerque du samedi 14 avril 2007 qui vous éclairera - je pense - sur les dangers qui vous guettent, vous qui vivez sur notre ligne de côte et en retrait, dans l'ancien estuaire de l'Aa... Quant aux Belges et aux néerlandias, eux, ils prennent la chose au sérieux... Bonne lecture et bonne réflexion...
INONDATIONS
Risques de crues dans le Dunkerquois, l’autre vérité qui dérange ?
Au sortir d’une rencontre avec le préfet Daniel Canepa, hier soir à Lille, Jean Schepman, vice-président du conseil général et président de l’Institution interdépartementale des wateringues, s’avouait « déçu et inquiet ». Pour la énième fois, il était venu défendre son territoire menacé par les inondations et réclamer le remboursement des créances. Pour la énième fois, il est reparti sans argent et sans promesse...
PAR BRUNO VERHEYDE
dunkerque@lavoixdunord.fr
Jean Schepman plus fort qu’Al Gore ? Le candidat malheureux à la dernière élection présidentielle américaine, cinéaste à temps partiel, a marqué les esprits avec son film Une vérité qui dérange, remarquable exercice d’anticipation étayée. La projection organisée par Jean Schepman au cours d’une conférence de presse en milieu de semaine n’avait rien d’une superproduction, mais sa démonstration fut au moins aussi spectaculaire.Pour illustrer les dangers encourus par la région dunkerquoise en cas de crues, le président de l’Institution interdépartementale des wateringues n’a pas eu recours aux effets spéciaux, mais plus modestement à quelques clichés d’archives...
Rosendaël sous les eaux
Ces images illustrent les conséquences catastrophiques d’une crue provoquée par la rupture d’une bout de digue en février 1953.
« On a tendance à oublier les risques potentiels encourus au niveau du canal exutoire. Quand plus rien n’arrête l’eau de mer et qu’elle rentre dans les terres, on voit ce que cela entraîne. » Un rien provocateur, il profite de l’effet pour rappeler que les portes de l’écluse Tixier, placées en sortie de ce fameux canal exutoire, sont en fin de vie et que les pouvoirs publics ne semblent pas pressés de procéder à leur réfection. Cet « ouvrage orphelin », dont personne ne se risque à revendiquer la paternité, n’aurait pourtant besoin « que » de 600 00 E pour bénéficier d’un renforcement de ses portes attaquées par la corrosion et revoir son système de levage en fin de vie !
Cette mise au point spectaculaire a permis de conclure de manière assez frappante une réunion organisée par le président de l’institution, agacé par le manque d’écoute de l’État et lassé des critiques qu’il entend ici et là.« Paradoxalement, c’est au moment où tout le monde prend conscience des dangers du réchauffement climatique et du phénomène de montée des eaux que l’État se retire. Jusqu’à présent, il s’occupait des investissements et les deux conseils généraux du fonctionnement.
D’un coup, l’État se retire alors qu’il manque dans le Dunkerquois une capacité de 20 m³ d’évacuation par seconde. » Jusqu’à présent, l’institution et ses partenaires ont tenu le choc. Mais jusqu’à quand ? Jean Schepman a rappelé les événements de décembre dernier, les 50 millions de mètres cubes (!) évacués. À cette époque, il n’y a pas eu beaucoup de créneaux favorables à l’évacuation gravitaire (quand le niveau de la mer est assez bas pour que l’eau puisse s’écouler d’elle-même). Les pompes ont donc tourné à plein régime. Soit, pour les mois de décembre, janvier et février, une facture d’électricité de 300 000 E (payée par les deux conseils généraux), l’équivalent d’une année moyenne.
« Nous sommes à la limite, mais nous n’avons pas de marge de manoeuvre », s’inquiète Jean Schepman qui sait pouvoir compter, en cas de forte crue, sur le Port autonome qui met alors à sa disposition les pompes Bergeron comme roues de secours. « Les stations de pompage ne sont là que pour prendre le relais quand l’évacuation gravitaire n’est pas possible. Mais comme le niveau des océans ne cesse d’augmenter, on devra faire fonctionner les pompes de plus en plus souvent et en créer de nouvelles. Mais si nous ne pouvons investir, nous courons à notre perte...» Soucieux du devenir de l’écluse Tixier, le président de l’institution a aussi évoqué un autre point noir bien connu des Dunkerquois : le pont Ghesquière, entre Saint-Pol et Petite-Synthe. Un endroit stratégique à l’entrée de la « pénétrante » construite au-dessus d’un canal. « Lors des fortes précipitations, la route est régulièrement inondée car le niveau du canal monte. Nous proposons des solutions alternatives comme la mise en place d’une nouvelle pompe ou la création d’un nouvel exutoire à Mardyck. Mais comment faire sans financement ? »
L’État inflexible
Hier après-midi, en se rendant à la préfecture, Jean Schepman ne se faisait guère d’illusions, proximité de l’élection présidentielle oblige. Non seulement le représentant de l’État s’est refusé à rembourser le million d’euros de dette dû à l’institution, mais il a confirmé que le ministère du Budget n’était pas enclin à puiser dans ses crédits hydrauliques. « Il m’a certes convié à une réunion à la mi-juin pour discuter d’études interministérielles consacrées aux zones inondables, mais il a conclu avec cette phrase lourde de sens : "Il faut réfléchir à l’avenir d’un secteur où tout ne sera plus possible..." ».Avant que le territoire soit mieux protégé, espérons qu’il ne faille pas attendre que beaucoup d’eau coule sous... et sur les ponts ! •
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