mardi 6 mars 2007

Le site de Fives Cail en attente de son avenir














Pendant plus de 150 ans, elle a fait battre le coeur du quartier, participant à l’extraordinaire développement économique et industriel de la ville. Puis, les crises à rebonds du XXe siècle ont peu à peu réduit le site telle une ville fantôme.
PAR JEAN-MARIE DUHAMEL
lille@lavoixdunord.fr
PHOTO PATRICK JAMES



Fives Cail qui fut un temps Fives Cail Babcock (FCB), n’est plus aujourd’hui qu’une vaste friche désertée entre voies TGV et voie rapide urbaine. Seize hectares soit le dixième de la superficie totale du temps de sa plus grande splendeur, de vastes entrepôts et des projets de requalification bien calés : la Bourse du travail (aujourd’hui hébergée dans un bâtiment qui tangue de plus en plus rue Barthélémy-Delespaul) s’installerait dans les anciens bureaux tandis que seraient construits des logements, un parc paysager ainsi que le lycée hôtelier Michel-Servet (à l’étroit dans ses murs du quartier Vauban).Tout cela est connu, mais à quelle date ? « Quand on a décidé d’inscrire le quartier de Fives comme thématique des Journées du patrimoine en septembre, on pensait qu’on aurait avancé sur le dossier. Constatons que ça prendra plus de temps que prévu », explique Dominique Plancke, adjoint au patrimoine.

La raison : d’interminables négociations entre Fives Cail – propriétaire des terrains et des bâtiments –, la Direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement (Drire), chargée des procédures de dépollution, Lille Métropole Communauté urbaine qui gère le foncier, la ville, futur acquéreur du site, et le conseil régional directement concerné pour le lycée hôtelier. Ce qui fait du monde sur des enjeux conséquents.

Si « l’horizon recule à chaque fois », le site demeure un extraordinaire point de focalisation en terme de mémoire collective et ouvrière. Photographe, Emmanuel Gouillart travaille sur le sujet depuis plusieurs années. Pour ces Journées du patrimoine, il va reprendre une partie de l’exposition qu’il avait présentée au Centre des archives du monde du travail (CAMT) à Roubaix sous forme de galerie de portraits d’ouvriers. Une mission pour Fives Cail lui a permis de découvrir, dans un des fonds d’archives de l’entreprise déposées au CAMT de Roubaix, plusieurs dizaines d’albums photos des bâtiments, ateliers, ouvriers, allant des années 1920 aux années 1970. « En quelques centaines de clichés, c’est une part de ce Lille industriel, leader de métallurgie lourde, qui défile sous nos yeux ». Aujourd’hui, Emmanuel Gouillart souhaite lancer un appel aux anciens salariés. « Ils sont nombreux, retraités à Lille, sur la métropole ou en région. Leurs témoignages nous permettraient d’avancer dans la connaissance de l’histoire de l’entreprise et bâtir ces rendez-vous pour les Journées du patrimoine ».
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Un géant de la métallurgie qui employa jusqu’à 5 000 salariés
C’est en 1861 que l’usine Parent-Schacken, qui deviendra la Cie Fives-Lille, s’installe dans le quartier de Fives.Un monstre de la métallurgie qui exporte, à travers le monde, ponts de chemin de fer et de routes, éléments de gares, charpentes et poutrelles comme on les aime à l’époque, notamment pour l’Exposition universelle de Paris de 1867. Dans les ateliers de chaudronnerie, on fabrique des locomotives pour le monde entier. En 1867, quand Napoléon III la visite, elle emploie 1 800 ouvriers sur 16 ha. Son développement est encore à venir.Trente plus tard, en 1890, elle est passée à plus de 3 000 ouvriers. Un géant qui exporte des ponts pour le Danube, le Nil, le Tage, a fabriqué d’énormes machines pour l’Exposition universelle de 1889. En quarante ans, plus de 2 200 locomotives sont sorties de ses ateliers.Dans les années 1950, Fives-Lille est devenue un monstre qui compte encore plus de 5 600 salariés. En 1956, la fusion avec Cail, spécialiste de l’appareillage pour les sucreries, provoque une perte de 1 300 emplois en six ans. En 1967, l’association avec Babcock, Wilcox France et les Chantiers de l’Atlantique donne naissance, en 1970, à la Compagnie industrielle et financière Babcock Lille. À cette date, on ne compte plus que 1 600 salariés.L’entreprise se transforme totalement en centre de recherches et d’études, abandonne la production lourde. Une usine-laboratoire dans laquelle on ne compte plus, à la fin des années 1980, que 600 salariés, essentiellement des ingénieurs et des techniciens. Les costumes ont remplacé les blouses grises. C’est la fin du monde ouvrier.

In LA VOIX DU NORD, édition de Lille, 6 mars 2007

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