jeudi 1 mars 2007

'Le Monument Aux Morts de Lorette'

de la Revue 'L'Illustration' no. 4086 de 25 juin 1921
'Le Monument Aux Morts de Lorette'


(cliché Jean-Michel PASQUON)
Dimanche dernier, à N.-D.-de-Lorette, le maréchal Pétain a scellé la première pierre de la chapelle qui éternisera le souvenir des 100.000 morts français ensevelis sous ce sol héroïque et dévasté.

Le plateau qui s'élève entre Arras et Béthune, avec ses puits de mines, ses cheminées et ses clochers en ruines, a connu, du 8 octobre 1914 au 25 septembre 1915 — jour où le 158e régiment d'infanterie enleva la fameuse cote 119 — l'acharnement meurtrier des combats presque quotidiens. « Digue mouvante, faite de terre et de poitrines humaines, du feu des armes et du feu des âmes », allait dire, dans un émouvant panégyrique, Mgr Jullien, évêque d'Arras.
Ce fut un long cortège d'une singulière grandeur dans sa simplicité qui, d'Ablain- Saint-Nazaire, autre nom historique, gagna le sommet de la colline sacrée par la Blanche-Voie, toute blanche, en effet, de poussière et de soleil. Il y avait là des personnages officiels, des généraux, le clergé, d'anciens combattants britanniques, comme le général Horn, qui avaient passé le détroit pour affirmer leur inaltérable fraternité d'armes. Il y avait les délégations de toutes les associations du Nord et du Pas-de-Calais: unions de combattants. de mutilés, d'anciens prisonniers, jeunesses catholiques, vétérans, sociétés sportives. Il y avait surtout, dans leur costume de travail, coiffés de leur petit chapeau de cuir noir, les mineurs... Et aussi des Belges, des Polonais, à l'amitié fidèle.

Le matin, une messe solennelle avait été célébrée à la cathédrale d'Arras, ou plutôt entre les pans de murs écroulés qui en subsistent. C'est l'abbé Umbricht qui officiait: il fut aumônier de la 20e division. Il porte, sur sa soutane, la cravate de commandeur de la Légion d'honneur. Il a laissé un bras sur le champ de bataille. L'après-midi, quand tout le monde fut réuni sur le plateau, le maréchal Pétain gravit une tribune improvisée, faite d'une sorte de pylône à jour, et là, gravement, d'une voix nette, devant ces lieux témoins de tant de sacrifices, de souffrances, et aussi d'espoirs invincibles, il fit le récit des actions les plus mémorables. Après quoi il procéda à la pose de la première pierre, et, dans le grand silence, il semblait alors que l'âme des morts innombrables frémissait parmi les vivants.

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