lundi 28 juillet 2008

moment de pause...



ecoeuré en colère

Tiens, hier, station TOTAL de la route de Furnes à Dunkerque, le gazole à 1€49 ... trois centimes de plus que le super sans plomb 98... Qu'on ne vienne pas nous dire que c'est la faute au baril trop cher, ou à la conjoncture internationale voire même la crise des subprimes... On se fout de nous, c'est tout! Finalement, même pendant les vacances, il n'y a rien de nouveau sous le soleil !

vendredi 25 juillet 2008

et l'on voudrait éradiquer ces oiseaux qui animent encore Dunkerque?







L'Armée britannique dans le Nord de la France

de la revue 'l'Illustration', no. 3816, 22 avril 1916

Sur le Front de l'Ouest

Une nuit, dans une ville du Nord occupée par les Anglais, comme je regagnais mon logis le long des rues désertes et qu'aucune lanterne n'éclairait, un rayon de lampe électrique de poche jaillit soudain dans mes yeux et, en anglais, un être invisible me demanda la faveur de coopérer à l'interrogatoire d'un personnage suspect qu'on avait vu entrer à cette heure tardive (21 h. 30!) dans trois estaminets successifs. Je suivis l'ombre, détective militaire auquel s'étaient adjoints trois polieemen sortis je ne sais d'où. Le suspect n'était qu'un brave employé de la gare qui, son service terminé, venait apporter à domicile les lettres d'avis annonçant aux propriétaires des estaminets l'arrivée de paniers d'oeufs ou d'autres denrées périssables, et qui touchait des intéressés, pour cette prompte notification, une rémunération reconnaissante.

La police britannique en territoire français est d'une minutie et d'une rigueur qui ne plaisent qu'à moitié aux indépendants forcenés que sont les Français, passionnés de passe-droits, de bons tours joués à l'autorité quelle qu'elle soit. La femme qui, au mépris des ordres du généralissime, se déguise en laitière pour aller retrouver son mari dans la zone interdite des armées, a malgré tout, la: sympathie des officiers même les plus rigoureux en matière de discipline. C'est un trait de notre caractère, une preuve de sa faiblesse et de son charme. Nos alliés n'ont point cet abandon. Ils sont impitoyables. Leur sévérité s'explique d'ailleurs par le fait qu'étrangers au pays, n'en comprenant qu'insuffisamment la langue, ils ne pourraient appliquer, sans, danger une politique nuancée. Les résultats sont d'ailleurs excellents. L'espionnage allemand a renoncé à ses tentatives dans la zone anglaise. Si quelques Français, citoyens hautement honorables, ont eu à souffrir d'une suspicion imméritée de la .part des Anglais, ils s'en consoleront certainement en songeant aux difficultés et à l'importance de la tâche. Mieux vaut quelques erreurs, certes déplorables, qu'une timidité courtoise, dont nos ennemis profiteraient. Ceux d'entre les civils qui, malgré vingt et un mois d'expériences, n'ont pas encore «réalisé» que nous sommes en guerre et ne voient, avec un extraordinaire égoïsme, que leur agrément et leur intérêt personnels, sans songer le moins du monde aux souffrances héroïques des hommes qui sont aux tranchées, lancent facilement l'anathème contre « l'occupation anglaise ». Ils la voudraient plus discrète. C'est une mentalité d'hôteliers de villes d'eaux pour lesquels l'Anglais doit, par définition, être le client d'exploitation fructueuse. Le sans-gêne de certains insulaires est égalé par la rapacité de certains négociants qui, dans ces villes du Nord français occupées par nos alliés, n'ont pas hésité à marquer de prix de guerre (c'est-à-dire propres à déchaîner la guerre contre leur impudence !) tout ce dont les soldats de S. M. George V pouvaient avoir besoin. La conséquence en a été parfaitement simple: l'Intendance anglaise a créé des coopératives qui luttent contre le commerce local. Les protestations ont été véhémentes, mais on ne saurait donner raison à jdes profiteurs qui oublient trop aisément le sort terrible des départements envahis, et ne savent point se contenter de bénéfices que pourraient leur envier tous ceux que la guerre a privés de leur emploi et éloignés de leurs affaires.

Si quelque reproche peut être adressé, en une analyse véridique de la situation, à certaines fractions du corps expéditionnaire anglais, c'est au sujet de leur trop grande liberté dans l'accommodation des domiciles privés à leur confort personnel.

L'architecture provinciale française n'a pas eu, dans le courant du siècle dernier, un souci dominant de l'hydrothérapie si chère aux Anglo-Saxons. Le tub matinal, excellent pour la peau et le libre jeu des muscles, est néfaste aux fauteuils de velours frappé et aux tapis de ton fragile. La chaleur de certains plats autant que la graisse qui en peut déborder sont funestes au poli des acajous et des ébènes. Certaines négligences de ce genre étonnent de la part d'un peuple dont l'amour du home est proverbial; mais, à la vérité, on ne peut s'attendre à trouver sur un million et demi d'hommes un million et demi exactement de gentlemen. Il y a un pourcentage fatal d'individus d'éducation moins raffinée et, quelle que soit la troupe qu'on se trouve appelé à loger, même française, il faut prévoir des mécomptes...

Les globe-trotters qui ont visité le centre africain ont toujours remarqué la différence entre l'installation d'un officier ou d'un administrateur anglais et celle d'un Français de situation analogue. Notre compatriote, insouciant et conciliant, se contentera d'une vieille caisse en guise de table et estimera qu'une bougie fichée dans un goulot de bouteille suffit comme moyen d'éclairage. L'Anglais traînera une multitude de bagages et son abri temporaire verra des rocking-chairs propices aux siestes les plus douces.

La guerre européenne n'a point modifié ce contraste. L'Anglais a besoin de ses aises. Le Français en a un moindre souci. L'égoïsme de certaines gens est la cause principale des conflits. Demandez à nos propres officiers si partout l'accueil qui leur fut réservé garde dans leur souvenir l'auréole des hospitalités fraternelles? Avec quelles mines fut reçu leur billet de logement. Les bonnes chambres ne furent-elles pas quelquefois précipitamment fermées et la mansarde glaciale offerte? Désireux de ne gêner personne, humbles et discrets, nos officiers acceptèrent sans protester l'insuffisant asile que quelques mauvais Français leur donnaient. Que dire de la rapacité de telle vieille rentière, habitant confortablement Paris et qui, ayant 9 officiers logés dans sa villa d'été située dans la zone des armées et touchant de ce fait 270 francs par mois (prix supérieur à la valeur locative de l'immeuble en temps de paix), réclamait 45 francs de plus par mois pour l'usage de la salle à manger et de la cuisine?

La grandeur tragique du temps présent n'a pas galvanisé toutes les âmes. La cupidité crispe - encore les poitrines étroites. Si quelques êtres inférieurs ont une telle attitude à l'égard de leurs propres compatriotes, il est aisé d'imaginer le profit qu'ils ont cherché à tirer des Anglais, et de deviner que leur hospitalité ne fut pas précisément écossaise. Nos alliés n'y sont pas allés par quatre chemins; ils se sont installés sans tenir compte des grognements de leurs hôtes. C'est ainsi que s'est créée la légende, trop facilement et trop légèrement généralisée, de l'absolu sans-gêne de l'occupation britannique. Elle ne repose que sur des cas isolés, survenus dans des circonstances strictement localisées, et dont le procès est facile à instruire.

Cette occupation s'est révélée admirable dans son organisation et sa méthode. La présence d'une troupe, surtout étrangère, dans une agglomération de quelque importance est une source fatale de difficultés. Il faut une discipline extrêmement sévère et une répartition très nette de l'autorité. Les Anglais ont immédiatement doté les villes françaises, que l'ordre de bataille a placées dans leur secteur, d'une prévôté et d'une police urbaine dont on ne saurait méconnaître les mérites et les bienfaits. Cette surveillance d'ensemble a permis la création et le fonctionnement de multiples rouages complémentaires de la vie du corps expéditionnaire. J'ai déjà parlé des coopératives. Ne faut-il pas dire un mot des spectacles (music-hall et cinéma) organisés pour la troupe? Dans une certaine ville, il n'en existe pas moins de trois. La représentation commence à 0 heiîres et finit à 8 h. 30. Le prix d'entrée est de 20 centimes pour les hommes et 50 centimes pour les officiers et le programme est renouvelé tous les soirs. Chansonnettes et scènes comiques, féeries humoristiques, romances sentimentales et patriotiques, derniers films français et anglais attirent vers ces salles (soit le grand théâtre de la localité, soit un local assez vaste pour être approprié à cet usage) un nombre considérable de soldats. Toutes les semaines une représentation gratuite est réservée aux enfants français, qui ne comprennent pas grand'chose aux paroles, mais rient de bon eœur aux pitreries caractéristiques des comiques anglais.

Les bénéfices réalisés servent à l'entretien du matériel et aident au fonctionnement des recreation-rooms, sorte de «foyers du soldat», où ils trouvent un asile aux heures de liberté, ils y puuvenj écrire, lire, jouer aux échecs, aux dames, aux dominos et consommer d'honnêtes rafraîchissements (thé, café, chocolat, bière). Il faut évidemment la haute paye du soldat anglais pour lui permettre ces dépenses, mais l'autorité militaire, par ce souci de bien-être et de distraction, maintient un contrôle discret et utile sur la troupe, empêche les loug'ues stations des soldats désœuvrés dans les estaminets et entretient leur moral.

Ce moral est d'ailleurs excellent. Les Anglais ne sont pas fatigués de la lutte; ils donnent, au contraire, l'impression de la commencer seulement. Ils ont été d'abord mus par le point d'honneur, puis est venue la phase de la réalisation du danger. Aujourd'hui, ils sentent que l'avenir du monde et celui des libertés de l'Angleterre sont en jeu. Ils sont décidés à jouer et ils joueront la partie jusqu'au bout.

Le mouvement national des enrôlements volontaires, bien qu'il ait fini par se ralentir, restera une des plus belles pages de leur histoire. Les dilettanti les plus raffinés n'ont pas hésité à mettre la main à la pâte. Il n'en est pas d'exemple plus typique que le bataillon, des Artists' Rifles, recruté uniquement parmi les, artistes. C'est l'esprit du club appliqué aux choses de la guerre. Sa création remonte à 1800, et au tableau d'honneur de ceux qui portèrent son uniforme figurent des noms aussi célèbres que lord Leighton, sir John E. Millais, sir E. D. Poynter, Val Prinsep, sir John Forbes Kobertson, etc. C'est une sorte de bataillon d'élite dans lequel le général eu chef puise des cadres à raison de cent officiers par mois.

L'Allemagne avait prévu beaucoup de choses, mais son jugement, faute de psychologie, se trouva souvent en défaut. Elle n'avait jamais cru à une grande armée anglaise, en raison de l'apparente impossibilité de lui créer des cadres. Les millions d'hommes levés par lord Kitchener ont pourtant des sous-officiers et des officiers. L'aristocratie anglaise n'a pas été sourde à l'appel du devoir. Il y a chez nos alliés un esprit semblable à celui (qui anime notre jeunesse pensante et qui a fait de nos officiers de réserve un des éléments inattendus et décisifs de la victoire. L'officier de réserve allemand combat avec une résignation farouche, par soumission à un système; il n'y a pas place en son cœur pour aucune des idées généreuses qui donnent à ses adversaires un constant réconfort. J'ai passé plus d'un an parmi les troupes anglaisés et fréquenté beaucoup d'officiers: l'impression dominante est celle d'une résolution implacable et d'une gaieté saine. C'est vraiment un très grand peuple! Il apporte à l'œuvre commune l'appui d'une organisation méthodique dont la perfection explique certaines lenteurs, la force d'hommes d'une musculature remarquable, jeunes et décidés. On comprend que le militarisme allemand ait fait à l'Angleterre la faveur d'une haine de premier choix.

R. P.

Dans la zone anglaise

de la revue 'l'Illustration' No. 3787, 2 octobre 1915

Les Anglais en France

Le Policeman

Pour entrer à Ypres, par la route de Poperinghe, on joue à cache-cache avec les shrapnels allemands. Ils affectionnent le coude de la route devant l'hospice d'aliénés (une attraction instinctive évidemment), et sans relâche fauchent les branches des platanes ou déchaussent des pavés. Il doit y avoir quelque part un commandant de batterie allemande, qui, ayant une fois pour toutes réglé son tir sur ce point, continue et continuera jusqu'à ce que ses pièces n'en veuillent plus et aient besoin d'être renvoyées à Essen.

C'est une caractéristique allemande que cette obstination dans l'inutile.

Je connais des villages où, depuis des semaines, il n'y a plus un être humain et qui reçoivent quotidiennement du 210. On sait l'heure de cet arrosage que l'on observe de loin avec un sourire. Il y a même dans l'un de ces villages une prétentieuse maison bourgeoise dont le propriétaire avait orné la façade et les côtés de statuettes de terre cuite du plus pur style commercial. Les obusiers boches ont eu raison d'Apollon, de Pomone, de Thalie, avec une vraisemblable facilité. Il n'y a plus qu'une approximative Melpomène qui ose railler leur fureur. Chaque fois que je passe par là, en dehors des heures réglementaires (celles du bombardement systématique), j'ai un coup d'oeil amical pour la vaillante muse et pour le rosier du curé, un adorable arbuste de "rosés thé" dont j'ai suivi de semaine en semaine l'épanouissement derrière la grille verrouillée. Nul n'a touché à ces tiges lourdes depuis le jour du départ, quand l'ecclésiastique, que l'on devine un brave homme paisible aux soins qu'il apportait à son jardin, a suivi ses ouailles, épouvantées à juste titre du déluge d'acier qui tombait sur leurs toits. Le village est désert, le cabaret de «l'Homme d'argent» a sa porte et ses fenêtres défoncées comme par quelque géant ivre et furieux, la modeste mairie a versé sur la chaussée toute sa paperasserie administrative, la boutique de l'épicière, la chère petite boutique provinciale où, dans la vitrine poussiéreuse, se décoloraient des sucreries et pâlissaient des étiquettes de chicorée, n'est plus qu'un monceau de verreries brisées et de papiers maculés par la pluie qui tombe au travers du toit défoncé. Il n'y a plus personne. Ce n'est pas tout à fait exact: il y a le policeman anglais. Il a une double mission: veiller sur le village abandonné, empêcher les maraudeurs de cambrioler les maisons que les obus ont temporairement épargnées et assurer la circulation des voitures (quand il en passe, et ce n'est pas souvent!) avec la maîtrise qui a fait la réputation de la force publique londonienne. Il est au tournant où deux voitures, allant en sens inverse, pourraient se rencontrer. Les marmites le préoccupent beaucoup moins que cette parfaite organisation du trafic. Et c'est un curieux symbole que ce petit village dévasté des Flandres où tout ce que les hommes ont édifié a été détruit par d'autres hommes, où seule l'indestructible beauté de la nature s'épanouit, et sur lequel veille un homme débonnaire dont la conservation de l'ordre est tout le souci.

Ypres, qui est dans la zone anglaise, jouit d'une égale surveillance dans sa désolation. Les avions allemands, qui ont survolé et continuent de survoler les ruines comme des charognards, ont dû rendre compte de l'état actuel de la ville. Nulle troupe ne saurait cantonner dans ces décombres et pourtant, de la forêt d'Houthulst, les obusiers lourds allemands s'acharnent sur les Halles, sur la Cathédrale, sur toute la ville. Les pierres de taille ont achevé d'écraser M. Vandenpeereboom, descellé de son socle de bienfaiteur municipal et d'illustration locale. Il y a quelques mois, il gisait dans, la poussière, le nez cassé; aujourd'hui, les débris de ce marbre moderne se confondent avec les fines ciselures médiévales et les plombs tordus des vitraux, restes lamentables d'un délicieux et paisible passé. Les rues sont désertes. Je dirais même que c'est une cité de silence, car le bruit du canon, ses détonations métalliques, vibrantes quand c'est un coup au départ, ou épaisses et lourdes quand l'obus arrive et éclate, ne peut pas être classé dans les bruits de la vie. Une voix, un chant, un roulement de charrette, une porte qui s'ouvrirait, rompraient cette angoisse du silence que le fracas du canon ne diminue pas. Alors, on est heureux de rencontrer le policeman anglais qui a échangé sa redingote bleue, son casque de feutre pour l'uniforme khaki avec, comme seul signe distinctif, le brassard noir aux lettres rouges « M. P. ». Il représente une idée, celle qui est la force historique de l'Angleterre: la volonté réfléchie d'ordre qui impose la patience, qui protège et maintient ce que l'humanité a mis des siècles à péniblement établir. Même dans le désastre, il surgit pour sauver ce qui reste, préparer le renouveau après l'horrible cauchemar. Et l'on comprend la rage du bandit allemand contre cette nation calme, mais inflexible, dont le policeman pesant, bienveillant pour les faibles, indulgent aux simples tapageurs mais terrible contre les malfaiteurs, est la si frappante image.

Sur la Route
La route bordée de peupliers file toute droite jusqu'au prochain village. Une de ces bourgades au nom flamand qui est maintenant devenu familier à tant de soldats et à tant de civils. Ces petits villages des Flandres étaient sans histoire, ils sommeillaient dans la béatitude des terres grasses. Les autos les traversaient à vive allure appelées par Ostende trépidante ou Bruges en rêverie. La vie y était calme et paisible, les brasseries locales fournissaient les nombreux estaminets d'une bière aigrelette, agréable aux fumeurs de pipe. Les pâturages humides et le houblon assuraient la richesse. Il semblait que rien ne dût jamais attirer l'attention sur ces localités minuscules. Et la guerre est venue et l'on connaît maintenant Pervyse et Ramscappelle, Reninghelst, Bixschoote, Bœsinghe, Elverdinghe, Vlamertinghe, Langemarck. La souffrance a assuré la gloire des unes, d'autres ont eu droit à cette renommée par leur situation stratégique, par leur qualité soudainement venue de centre de ravitaillement ou de quartier général de brigade, de division, voire de corps d'armée. Chaque maison, ou ce qui reste de chaque maison, a sa vie propre. On peut parler du château de Hooge à la moitié de l'armée anglaise comme du Cabaret rouge de Souchez à toute l'armée française du Nord. C'est une Belgique et une France septentrionales ignorées qui deviendront de grands et pieux pays de pèlerinages et réserveront, à ceux qu'aucun douloureux souvenir de cœur n'attirera vers ces terres basses, d'adorables surprises. Et il y a là, cachées dans la verdure des châteaux romantiques que les obus n'ont pas su trouver, des demeures de seigneurs modestes qui n'étalaient point une joie d'exister et doublaient d'une ceinture d'eau dormante leur volontaire recueillement. La guerre a violé presque tous ces asiles. Les cartes d'état-major découvrent ce que masquent les rideaux d'arbres les plus touffus. Les camions automobiles ont écrasé la brique rouge sur d'étroits chemins que ne foulaient, il y a un an, qu'un tilbury léger ramenant les invités débarqués à la proche station du «vicinal». Les Anglais se sont installés. Ils ont pris possession du château comme du village, comme de la route. La route est le domaine où le caractère national s'affirme de la façon la plus visible. Je ne sais pas combien de milliers de camions nos alliés ont fait venir d'Angleterre et d'Amérique. S'il n'y avait pas les routes, les grandes routes dont on a encore élargi et durci les bas côtés, on ne saurait où tous les mettre. Toutes les grand'places de tous les villages de Flandre ne suffiraient pas à les garer. Mais il y a les routes, et les camions (les lorries) y sont rois. Ces convois sont si nombreux, arrêtés ou en mouvement, que les aviateurs allemands, volant à une altitude moyenne de 2.500 à 3.000 mètres, respectueux des canons spéciaux, doivent avoir, quand un souci d'indiscrétion les démange, quelque difficulté à s'y reconnaître et à juger, d'après les convois anglais, les faits et gestes de l'armée du maréchal French. Ces convois sont des magasins roulants qui regorgent d'estimables choses: de la savoureuse Dundee Marmalade, de la viande congelée d'Australie, des caisses de tabac de Virginie, des meules de Chester et d'excellents obus d'un peu partout.

Tout cela est confié à des messieurs en bras de chemise, le bas des manches roulé jusqu'au-dessus du coude, ce qui est certainement la tenue favorite de tous les sujets de Sa Majesté, dans quelque coin de l'Empire britannique qu'on les rencontre. Et ces messieurs astiquent à en user le métal des moteurs ou la tôle de la carrosserie, comme s'il devait y avoir tous les jours le passage de Sir W. Maxwell, quartier-maître général, ou du lieutenant général Sir G. T. N. Mac Ready, adjutlant général, dont le nom ne souffre pas l'imprévoyance. Le camion-forge tremble de toute l'activité de ses machines- outils. Un gentleman qui n'a plus rien à nettoyer dans sa voiture fume sa pipe et lit Tit-Bits. Un autre poursuit sa manie de frotter en faisant passer du rosé au carmin la peau de son cou et de sa poitrine dont la mousse de savon ne peut cacher la violente coloration. Et cette petite scène de vie industrielle et familiale est placée sous la protection d'un tommy, baïonnette au canon. Quand passe un détachement en armes, le tommy protecteur se réchauffe par un peu de maniement d'armes, et les gentlemen en bras de chemise saluent les passants de l'armée combattante avec une cordialité qui n'est égalée que par les réponses. Il n'y a pas dans l'armée anglaise de jalousies, de mauvaises humeurs provoquées par l'embuscade. Tout le monde étant volontaire, chacun s'est engagé pour la tâche dont il se sentait capable. Le gentleman qui fait reluire le tube à eau comme s'il devait figurer demain au Motor Show de l'Olympia a cette vocation-là. Il estime en toute conscience qu'en y apportant un zèle ininterrompu pendant des mois, n'importe où, aussi bien dans les environs de Rouen qu'à 2 kilomètres d'Ypres, il est un aussi parfait fils du Royaume-Uni que le camarade des Black Watch qui a fait la retraite de Mons, les batailles de la Marne, de l'Aisne et de l'Yser. Et le camarade des Black watch est du même avis. La formule anglaise The right man in the right place est une sorte de banalité, comme sont d'ailleurs la plupart des choses trop belles. L'armée anglaise a tout de même réussi à se faire une magnifique réalité. Chaque homme est fier de ce qu'il fait, si dépourvue de gloire héroïque que soit sa fonction. Quand la guerre sera finie et qu'il rentrera en Angleterre sans Victoria Cross, personne ne songera à lui en faire grief et lui-même n'aura pas l'éternelle morsure de conscience. Il ne cherchera pas à ramasser une croix oubliée dans une antichambre pour faire tout de même figure de héros. Il avait la charge d'une ambulance, d'une cuisine, d'un dépôt de remonte, d'un magasin à chaussures; il a géré son affaire en impeccable businessman. C'était tout ce que son pays lui avait demandé. Et c'est ainsi que l'avant fait bon ménage avec l'arrière.

Et je reviens à mes autos. Toutes les semaines, concours d'astiquage dans les différents convois. Ce jour-là tout est repeint, les cuivres brillent, il n'y a plus une goutte d'huile dans le carter, on peut toucher le moteur avec des gants blancs. Le vainqueur gagne 10 shillings, et l'Etat économise 50 guinées grâce à la conservation du matériel.

« Five o'Clock Tea »
Je ne sais pas si les territoriaux qui gardent les entrées et les sorties de la petite ville apprendront jamais l'anglais, mais ils finiront tout de même par connaître la prononciation anglaise du nom des localités belges des environs. Comme la pure prononciation belge est déjà fort différente de la française (tout arbitraire d'ailleurs), on devine les prodiges d'imagination qu'il faut déployer pour deviner la destination probable d'un traînard écossais qui s'efforce de rejoindre son unité ou d'un motocycliste du Royal Flying Corps cherchant un quartier général, une petite enveloppe couleur terre de Sienne à la main. Je suis bien persuadé que cinq fois sur dix, on dirige sur Oudersteene un brave homme qui souhaitait se rendre à Oudezeele et il y a tant de villages dont le nom finit en «Capelle» dans les pieuses Flandres que les meilleurs géographes, étrangers au pays, doivent être jugés avec indulgence s'ils commettent quelques confusions.

Mais il faut croire que l'armée anglaise a des dons particuliers d'orientation, car jamais je n'ai vu revenir, désemparée, une de ces victimes de la linguistique. Le soldat anglais est doux et complaisant. Il accepte avec une aimable philosophie les mésaventures. Sa joie déborde quand il s'aperçoit qu'on l'a compris ou qu'il a lui-même compris. Je n'oublierai jamais un grand diable de cavalier indien qui, un soir vers 11 heures, provoqua quelque émotion au quartier général du général F... où la patrouille l'avait amené. Le planton du général, le sergent de nuit, et le secrétaire dactylographe du 3e bureau faisaient cercle autour de lui, et, avec le concours des gendarmes du poste, s'efforçaient de lui faire expliquer les raisons de sa présence tardive dans les rues de notre petite résidence. En désespoir de cause on vint me chercher. Ce fut une amusanté séance de «pidgin english» grâce à laquelle je finis par découvrir qu'il était venu acheter pour quatre sous de papier à lettres. L'heure ne l'avait pas découragé, il avait quitté son cantonnement à 2 kilomètres de là et s'était rendu à la ville, persuadé qu'il y trouverait, comme à Lahore, un munshi encore éveillé dans son échoppe d'écrivain public. Sa foi fut récompensée, le secrétaire dactylographe du 3e bureau joua le rôle de munshi. On referma sa longue main brune sur les deux pièces d'un penny qu'il nous tendait, et il s'en fut dans la nuit après avoir porté sa main droite à la hauteur de son cœur, de ses lèvres et de son front. J'ai vu ainsi défiler des échantillons de toutes les formations britanniques, y compris l'imperturbable "poivrot" au visage illuminé de soleil et de bière qui affirme être à jeun depuis l'avant-veille, "yes, sir!", et arrive à ramasser sa casquette sans perdre l'équilibre, grâce à des contorsions d'excentrique de music-hall. Il y a chez tous ces hommes une bonhomie, une simplicité presque enfantine, une fraîcheur d'impressions qui attirent. Quand ils défilent, en formation de marche, la nuque tendue pour faire contrepoids à la pesanteur du sac, sifflant Annie Laurie, le refrain presque national écossais, l'illustre Tipperary ou la Marseillaise (car ils sifflent gentiment la Marseillaise en passant dans les villages français), on a l'impression d'une nation saine, généreuse, dont les hommes vont à la bataille avec le plus étourdissant sang-froid.

Les populations du Nord ont découvert les Anglais. Elles vivaient avec les vieilles légendes des journaux comiques: les grandes dents, la pipe et l'égoïsme. Elles ont bien retrouvé la pipe, ont en vain cherché à établir une statistique de mâchoires proéminentes (le sexe faible, atteint de soudaine myopie, a même fait cette enquête de très près), mais n'ont eu qu'à se louer de la générosité et de la discrétion anglaises. Il y a bien l'histoire du sous-préfet de X..., mais c'est une gentille histoire, comme celle de l'Américain de Caran d'Ache qui, ne trouvant plus de place dans un hôtel au moment de l'exposition universelle, proposait à l'hôtelier d'épouser sur l'heure sa fille, en priant de monter sa valise « dans notre chambre ». Il y avait donc un sous-préfet dans une ville du Nord, et ce sous-préfet habitait un hôtel de sous-préfecture situé dans l'artère principale de la localité. Les Anglais ayant loué différents immeubles dans cette rue estimèrent que l'hôtel de la sous-préfecture ferait très bien leur affaire pour centraliser leurs services et, avec un flegme parfait, proposèrent d'expulser le sous-préfet et de prendre à bail le palais sous-préfectoral. On devine la stupéfaction horrifiée du fonctionnaire du ministère de l'Intérieur. Il fallut expliquer au général anglais le mécanisme des institutions républicaines. N'est-ce pas une gentille histoire? Elle a même comme un sens supérieur. Il y a en effet des gens qui ont l'audace de penser que, dès l'instant où l'on fait la guerre, il ne doit plus y avoir qu'une préoccupation, celle d'accumuler tous les moyens propres à en apporter la conclusion, c'est-à-dire la victoire. Alors un Anglais a pensé que peut-être une sous-préfecture...? Mais cela, comme dit Kipling, c'est une autre histoire.

L'armée anglaise, en s'installant dans le Nord de la France, en a quelque peu modifié la vie, mais tout juste comme se transforme une station thermale suivant la majorité de sa clientèle. Les gamins crient maintenant le «Deli Mel» et le «Time» dans les rues; on trouve des cigarettes anglaises et du tabac au miel pour la pipe dans les bureaux habitués jusque-là à ne vendre que des «paquets de cinquante» et «des jaunes». Les passementières ont fait venir des cravates et des faux cols mous khaki. Les boutiques ont peu à peu transformé leurs devantures: petits sticks de rotin blond, cannes à manche de cuir cousu, mouchoirs «Union Jack», équipements de cuir fauve, et cela surprend dans notre pays, où le luxe et le confort des hommes avaient été si négligés au profit, d'ailleurs légitime, de nos compagnes. Enfin! voici que d'Angleterre, du royaume de l'élégance masculine, nous arrivent des objets utiles et plaisants. Il faut voir nos troupiers et nos officiers devant ces étalages. Ils rappellent les midinettes devant les bijoutiers de la rue de la Paix. C'est attendrissant. Mais le souvenir le plus charmant, c'est encore la crémière de C..., une brave femme qui ne vendait à l'ordinaire que du beurre, des œufs et du laitage, qui tenait à l'occasion quelques salades et. gardait une réserve de chocolat à cuire et de tablettes d'un sou pour écoliers et qui aujourd'hui a, sur sa porte, une grande pancarte que le fourrier d'une compagnie de chasseurs cyclistes, logé dans la maison, lui a dessinée en belle encre de Chine: Five o'clock tea. Et c'est tellement inattendu, dans cette petite localité à demi endormie des Flandres, que l'on s'arrête pour réfléchir un instant sur ce que cela représente dans l'histoire du monde.


La Nurse
Dans la péniche-hôpital qui dort au bord du canal, on lui a ménagé une cabine: elle l'a ornée, animée plutôt, comme toute femme anglaise, même quand elle ne reste qu'infiniment peu de temps quelque part, même quand c'est dans le train de 7 heures du soir «Calcutta-Bezvada-Tuticorin», anime son home provisoire.

Cela ne nécessite pas d'ailleurs un important matériel: un ou deux coussins à fleurettes tendres, ou vives quand c'est du chintz; une demi-douzaine de romans richement cartonnés; plusieurs magazines, un chapeau de paille, autour duquel s'enroule un pujeree, quelques photographies dans des cadres de cuir ou d'argent, nécessairement un flacon d'eau de lavande, enfin et surtout des fleurs.

Cela n'est pas la cellule monastique, le refuge austère d'une religieuse qui n'attend plus rien de la vie: c'est une chambrette aimable, souriante. Tout le jour, la nurse soigne les blessés, parmi l'horreur des plaies et l'angoisse des agonies. Elle ne croit pas nécessaire de porter la tristesse jusqu'en son personnel asile.

Et dans le train sanitaire ou l'hôpital de campagne vous retrouvez les aménagements de cette péniche. «Si vous voulez que les patients soient bien soignés, ayez souci du personnel.» Cela se traduit aussi par l'interjection anglaise: «cheer up!» qui veut dire une masse de choses: «remonte ton moral», «réjouis-toi», «ne te frappe pas». Alors on comprend des organisations qui paraissaient superflues comme les baraquements de la «Y.M.C.A.» (Young Men Christian Association) (union chrétienne de jeunes gens), uniquement destinés au personnel des ambulances, sorte de bungalows indiens qui servent de club, de salle de réunion et de lecture, de tea house aux infirmiers et aux nurses. On croirait, tant l'aspect en est souriant, que des gens vont descendre les marches de la véranda pour jouer au golf.

L'Angleterre se prépare à durer, puisque c'est une guerre d'usure. Alors pourquoi demander un effort terrible, épuisant, à des femmes et à des hommes qui, une fois épuisés, ne seront plus bons à rien! C'est un peu comme le moteur des lorries. Il vaut la peine de le repeindre toutes les semaines. C'est une économie.

Les nurses n'ont pas toutes cinquante ans et le teint fané, mais ne sont pas davantage de ravissantes actrices ou de captivantes jeunes filles dont la vue provoque des variations subites de température sanguine. Point de blouses échancrées ou de troublante liberté des bustes. Un uniforme gris pâle dont une bande vermillon égaie la pèlerine, un petit col blanc boutonné à la manière masculine disent le sérieux et l'impersonnalité de la tâche. Elles ont quelque chose d'immatériel et de froidement humain qui rassure ceux qui craignent toutes émotions, même l'émotion sublime de la religion. C'est la douceur, le doigté, la vigilance, qualités instinctives des femmes adaptées aux besoins sanitaires de l'armée, avec le même calme, le même souci de ne pas compter sur les prodiges de l'enthousiasme générateur de dévouements, mais de calculer avec les faiblesses de la nature humaine, ne pas espérer des saintes et avoir des femmes tout simplement.

La petite cabine fleurie n'exclut pas le courage devant la mort et l'acceptation héroïque de la destinée. A Pervyse, il a fallu déménager de force les deux nurses anglaises qui s'obstinaient à soigner les blessés belges dans une maison voisine de l'église. Elles ne partirent que lorsqu'il n'y eut plus que trois murs sur quatre à leur ambulance. Et, dans le cellier où elles s'installèrent, il y eut tout de même quelques fleurs.

R. P.

Les héros de l'Yser à Paris

de la revue ‘La France Illustrée’ N 2142 de 18 décembre 1915
par H.L.

Les dames aux poms-poms rouges

C'était une dette de reconnaissance que la France payait mercredi aux fusiliers marins, qui traversaient Paris, pour rejoindre leurs dépôts, et que la foule accueillait par ses acclamations.

Une émouvante revue eut lieu à neuf heures du matin, dans la caserne de la Pépinière. L'amiral Lacaze, ministre de la Marine, décora de la croix de guerre un grand nombre de ces braves, et, après avoir félicité tous les fusiliers marins de leur héroïsme, il donna l'accolade à leur commandant, l'amiral Ronarc'h.

A 10 heures, une messe à laquelle assistèrent les soldats que le ministre venait de passer en revue et d'entretenir familièrement, fut célébrée à l'église Saint-Augustin, à la mémoire des officiers et des soldats de la brigade des fusiliers marins morts au champ d'honneur.

Au premier rang des assistants se trouvaient l'amiral Ronarc'h, les capitaines de vaisseau l'aillet et Delage, une foule d'officiers, de marias et de parents de soldats tués sur les champs de bataille de l'Yser.

L'officiant était l'aumônier du bataillon des fusiliers marins, l'abbé Touchard, qui avait reçu des mains de l'amiral Lacaze, dans la cour de la Pépinière, la Croix de guerre si dignement gagnée depuis le début de la campagne. La messe était servie par deux officiers, un lieutenant de vaisseau blessé et un commissaire de la marine.

L'absoute fut donnée sur le pavillon tricolore qui servit à couvrir les corps des fusiliers marins, devant les lignes de l'Yser.

M. l'aumônier Touchard prononça, en chaire, une allocution patriotique.

Les fusiliers marins se répandirent ensuite dans Paris où la foule les fêta, les acclama et même leur jeta des fleurs.

Le lendemain matin, ils repartaient et se rendaient aux gares, le sac au dos et la longue miche de pain sur le sac.

Ces soldats qui passaient ainsi, alertes et gais, simples et bons enfants, — Paris ni la France ne s'y sont pas trompés, dans leurs acclamations, — ce sont des soldats d'épopée.
Et, toujours modestes et humbles, ces héros vont reprendre dans les ports de France la vie laborieuse et hasardeuse qui élève, au péril de la mer, les familles peuplées d'enfants, gloire de nos côtes et espoir de l'avenir.
C. B.


A la Gloire des Héroiques Fusiliers Marins!
Un des leurs par la bravoure et par le cœur.

Quand, pour compléter le beau livre de Dixmude, de Charles Le Goffic, on écrira le Livre d'Or de la brigade des fusiliers marins, de cette brigade héroïque qui vient d'être dissoute, parce que le service à la mer réclame tous ses hommes, que de noms connus et inconnus se presseront sous la plume de celui qui essaiera de faire revivre l'héroïsme de ces victimes du Devoir, de ces martyrs de la religion de l'Honneur!

Ces noms, pourra-t-on même les donner tous? Il en est, du moins, qui ne devront pas être omis, car s'il n'est pas besoin de savoir comment s'appelait chacun de ceux qui écrivirent les pages immortelles de la défense de la Belgique, et qui sont restés sur cet immense champ de mort et de gloire, il en est certains, qui, symbilisant particulièrement toute la beauté, toute la générosité des sacrifices, toute la grandeur des actes de dévouement restés inconnus, méritent, par cela même et pour cela même, de sortir de l'ombre qui enveloppe leur vaillance, afin que la lumière faite sur eux rejaillisse sur la collectivité de leurs frères ignorés.

De ce nombre est Maurice Faivre, dont tous ceux qui l'ont connu et qui l'ont aimé porteront ce témoignage qu'il fut aussi courageux que modeste, aussi gai que sérieux dans l'accomplissement du devoir, aussi plein de belle énergie que de sensibilité délicate, aussi épris de l'action militaire que de l'apostolat de la bonté.
Libéré de son engagement dans les Équipages de la flotte, qu'il avait contracté avec l'intention d'entrer, en souvenir de son père, dans le Commissariat de la Marine, une fois ses études de droit terminées, Maurice Faivre reprit avec joie, à la mobilisation, le col bleu de matelot dont il était si fier, et qu'il portait si crânement.

Il ne tarda pas à être versé dans la brigade des fusiliers marins qui était appelée à voler au secours de la malheureuse Belgique. Sa place était marquée d'avance parmi les terribles demoiselles au pompon rouge, parmi ces futurs élus de la gloire, que le généralissime et le ministre de la marine ont si justement glorifiés, à leur retour du front.

Quand il partit, quelque chose de plein et de fécond, dilatait son cœur. Un sang joyeux et fier battait dans ses veines. Sa belle humeur, sa gaietérayonnaientde ses yeux et de ses gestes mêmes. Et sur la route d'Anvers, dans une de ses premières lettres à sa mère, de ces lettres où devait s'épancher désormais toute la tendresse dont son cœur surabondait pour elle et qui jaillissait toujours de ces premiers mots: «Maman chérie!» pour mieux rassurer celle qui cachait, en les dévorant, ses angoisses maternelles, il dessinait un petit marin portant sur sa poitrine une énorme croix d'honneur, avec au-dessous cette légende: «Maurice s'en va-t-en guerre. Voilà comme il r'viendra!»

Pour bien marquer son état d'esprit et celui de ses camarades sous le feu, il écrira un peu plus tard: «On entend le canon sans discontinuer; cela nous rend tous pompette!»

Cette gaieté de Maurice Faivre, qui est notre plus jolie forme de courage à nous Français, et qui fera l'admiration de ses chefs, elle sera inlassable pendant toute la campagne. Elle résistera aussi bien à ce qui endolorit la chair qu'à ce qui assombrit l'âme, aux marches harassantes dans la boue et dans la neige, aux morsures du froid, aux ébranlements physiques que provoquent les explosions des obus, «qui vous secouent dans la tranchée comme sur un bateau», aux déluges de pluie qui «transforment la paille, vous servant de lit, en un fumier glacial», à l'atroce invasion de la vermine qui soulève le cœur de dégoût, au spectacle effroyable des cadavres restant des jours entiers inensevelis, à la hantise du souvenir des champs de carnage et des cris déchirants des blessés qui, longtemps après, retentissent encore, la nuit, à vos oreilles.

A certains jours peut-être l'excès de la souffrance physique et morale laissera échapper, dans les lettres de ce vaillant, une sorte d'appel secret et douloureux? la tendresse maternelle. Mais comme il sera passager cet appel, et comme bientôt reprendra le ton enjoué de sa correspondance, pour assurer sa mère de sa sérénité!

De Loo, presqu'au lendemain des journées de Dixmude, Maurice écrira qu'il a passé une après-midi à jouer du piano chez l'instituteur: «J'ai eu le plaisir d'entendre sa tille — de 14 ans vieille, comme dit le général French — jouer en artiste du Chopin et du Grieg, avec au loin, à l'horizon, quelques obus donnant l'accord.»

Et ceci, le jour du mardi gras: «L'uniforme fait fureur; on croirait à la guerre. Tout le monde est déguisé en militaire. Les Boches nous lancent des confetti; mais nous, nous les faisons danser.»

Quand le printemps revient, son âme poétique oublie plus que jamais les horreurs de la guerre: «Il fait beau, le ciel nous protège, et le soleil est notre invité.» Et un jour, en allant au feu, il trouva le temps de cueillir ces impressions si joliment nuancées: «Les dunes sont mauves sous le soleil couchant, et le calme est... précurseur de l'orage... Des champs couverts de fleurs de colza sous le blanc des shrapnells, avec les tètes à pompons rouges courant dans les fleurs... nous étions tous fleuris, en arrivant après une heure de course aux tranchées de réserve... Ici, toute la tendresse de votre Mau, et la fleur cueillie au vol, et qui était à mon bonnet.»

De la vaillance de Maurice Faivre et de son sang-froid, je ne citerai que ce trait entre tant d'autres. Dans une attaque, sa compagnie est décimée par l'ennemi. Officiers et gradés sont tués ou blessés. Il reste bientôt seul avec quelques camarades qui s'abritent derrière une haie. En courant, il va demander du renfort, et revient aussitôt prendre le commandement de ses compagnons. Mais bientôt, ils ne sont plus que deux, les Boches arrivent en rampant. Alors, pour donner l'iîlusion du nombre, Maurice et son camarade tirent des feux de salve, en courant à toute vitesse derrière la haie, les Boches s'arrêtent et rebroussent chemin. Une escouade de renfort arrive enfin: les deux héros restaient maîtres de la place et étaient sauvés. Un petit marin, qui racontera plus tard cette scène à la mère de Maurice, trouvera, pour lui marquer toute son admiration pour son fils, ces mots naïfs et simples: «Ah! il est glorieux, allez., madame!»

Si Maurice Faivre se plaisait dans l'intimité de ses chefs, où son éducation, son instruction et son entrain juvénile n'avaient pas tardé à le faire entrer, il n'en restait pas moins étroitement mêlé à la vie de ses camarades, éprouvant une véritable joie à se rapprocher des simples, et surtout de ceux dont il devinait la détresse morale, cherchant par tous les moyens à leur venir en aide, provoquant pour cela leurs confidences, partageant avec eux tous les envois maternels: «Mes paquets - écrit-il à sa mère — font la joie de l'escouade, et vos lettres, celle de votre fils.»

Nommé quartier-maitre fourrier sur le champ de bataille dans les premiers jours de janvier I9I5, en même temps qu'il était proposé pour la médaille militaire, décoré enfin de la Croix de guerre, après avoir affronté vingt fois la mort avec une magnifique insouciance, Maurice avait compris que celle-ci, si elle était offerte pour le plus parfait accomplissement du devoir, était l'acte suprême de la vie. Il le disait à son second père, dans une des visites si affectueuses que celui-ci lui faisait parfois au front, et qui étaient une de ses grandes joies. Il l'écrivait à un de ses amis, en ajoutant qu'il savait à présent le sens de la vie, et que, «cette lumière, qui désormais éclairait son chemin, s'appelait l’espoir en Dieu!» Le i3 octobre, au matin, dans une des rues de Nieuport, un éclat d'obus le frappait à la tempe, au moment où il rentrait des tranchées. Il mourut sur le coup. Son corps fut relevé et bénit par l'aumônier du régiment. Dieu, pour son beau courage, son exquise bonté, sa grande confiance en lui, lui épargnait non seulement les souffrances physiques de l'agonie, mais encore les cruels déchirements d'un coeur aussi aimant que le sien.

Sa dernière pensée vola, comme un éclair, vers ceux dont il était la force rayonnante, vers Celle surtout que quelques jours auparavant il recommandait à l'une de ses cousines, en lui disant: «N'oublie pas que maman est tout ce qui m'est le plus cher, qu'elle sera horriblement malheureuse, si je tombe... Entourez-la toujours!»

Arrière-petit-fils du général Laidet, petit-fils du général Faivre, neveu du colonel Wilfrid Faivre, tombé lui aussi glorieusement à l'ennemi, et digne jusqu'au bout de sa noble lignée, Maurice Faivre repose maintenant dans le petit cimetière de Nieuport où il fut pieusement déposé, un soir, par ses camarades et ses chefs en larmes, où il eut l'enterrement de soldat qu'il pouvait souhaiter avec les obus allemands tombant autour de son cortège et illuminant par instants la ville plongée dans les ténèbres, où sa tombe est restée, jusqu'à leur départ, un lieu de pèlerinage pour tous ceux à qui il fut si secourable. On le ramènera, un jour, dans un coin de Bretagne qu'il affectionnait particulièrement. Là, viendront s'agenouiller et prier ceux qui, en le perdant ont touché subitement le fond de la douleur humaine, mais que le souvenir de sa bravoure, de sa générosité et de son sacrifice consolera, fortifiera et suivra fièrement dans la vie...

Pour moi, je puis bien le dire, en tombant au Champ d'honneur si jeune et déjà auréolé de toutes les vertus militaires et chrétiennes, Maurice Faivre, comme tant d'autres de ses frères d'armes, morts pour la patrie, à la fleur de l'âge, m'a fait songer à ce que Noël Péri a écrit si poétiquement du soldat japonais et de l'emblème de son âme, la fleur du cerisier: «Sous la caresse impérieuse du soleil de printemps, la fleur du cerisier sauvage, qui n'admet sur sa pure blancheur aucune teinte étrangère, brise son enveloppe, s'ouvre toute claire dans la lumière, écarte peu à peu ses pétales, en agrandit toujours davantage le cercle gracieux et d'un suprême effort vers encore plus de beauté, s'arrache de sa tige et tombe, laissant l'arbre déjà revêtu de sa parure d'été; elle tombe lentement, d'une chute de neige que le vent incline et adoucit... A terre, étoilant la poussière à laquelle elle va retourner, cette neige odorante reste encore belle et immaculée, à côté de la masse pourrissant déjà des fleurs pourtant si brillantes du camélia, tombées en même temps qu'elles. Le guerrier japonais en a fait le symbole de son idéal. Il voulait vivre une vie d'honneur, sans tache ni ombre, lui aussi, dût-elle en être abrégée; il voulait surtout tomber sans que rien ternît son nom, d'une chute éclatante et glorieuse, afin que son souvenir demeurât immaculé parmi les siens.»

N'est-ce pas là la vie voulue et vécue en si peu de jours par Maurice Faivre; et sa mère, comme toutes les mères des marins glorieusement tombés dans les plaines de l'Yser, qui conserveront cette image de leur fils enseveli dans les blancheurs d'un magnifique idéal blancheurs pleines de deuil sans doute, mais pleines aussi de résurrection, ne devront-elles pas sentir les flammes de leur sacrifice rayonner en se purifiant et en s'adoucissant? Je le souhaite et je l'espère.

H. L.

du nouveau sur les flots

Se promenant sur les quais dunkerquois, l'on découvre ce nouveau moyen de transport... Finalement, c'est peut-être moins dangereux de faire du vélo sur les bassins et les canaux qu'en ville...

lundi 21 juillet 2008

lecture de bord .. de mer


L'auteur de ces humbles lignes n'est pas sectaire... Dernier de la famille a passer sous les drapeaux grâce à la conscription mais premier à n'être pas marin et donc à échapper à l'inscription maritime chère à Louis XIV, je me suis retrouvé "déshérité"... Biffin, j'évitais donc d'apprendre les grades de la marine. Pour la biffe comme l'armée de l'air, les chevrons, sardines et autres barettes sont les mêmes à quelques variantes "locales" près. Aussi, lorsque présent au congrès national de l'ACORAM (voir le reportage photo), je me précipitais sur cet ouvrage de 177 pages couvert d'un beau bleu marine. "Tournures et parlures de la Marine" ouvre une perspective intéressante pour qui n'est pas de ces "bleus". L'ouvrage, fort plaisant, se lit bien, les propos sont alertes et agrémentés de moult dessins humoristiques. l'on y évoque les grands moments de la vie du marin, l'organisation à bord, les spécialités (que de métiers), les uniformes et après la question cruciale des tables et de la façon de réunir les gens autour des plats (loin des rasquettes des pousse-cailloux) , la journée des marins.
Bref, un excellent ouvrage de découverte qui permettent de regarder les gars de la marine qui passent la coupée quand ils font escale en nos havres d'ordinaire désertés par les bateaux gris..
à consommer donc sans modération.
Jacques Tupet & Max-Pierre Moulin, "tournures et parlures de la Marine", 2003, éditions du Gerfaut, Paris, Association Centrale des Officiers de Réserve de l'Armée de Mer,
ISBN 2-914-62026-6
177 pages

samedi 19 juillet 2008

'Ce que fut le Role de la "Lillerkriegszeitung”

de la revue "le Miroir" no. 304 de dimanche 21 septembre 1919

du Correspondant Spécial du "Miroir", à Lille
Albin Gouirand

Lille, comme Les Ardennes, eut sa "Gazette”

Quelques souvenirs sur Hœcker Paul Askar, son rédacteur en chef

Pendant les quatre années d'occupation, les Lillois eurent leur gazette à eux. qui n'avait rien de commun avec celle des Ardennes. Cette gazette avait pour titre: la Lillerkriegszeitung. Elle avait un tirage assez important et était très connue dans tout le Nord. C'était un organe de «bourrage de crane» à forte dose.

Cette feuille avait installé son siège dans les vastes et confortables locaux du principal journal de Lille: l’Echo du Nord. Il avait pour rédacteur en chef un hauptmann de réserve nommé Hoecker Paul Askar. Ce personnage était d'un sectarisme outrancier. Il exerçait son autorité en despote sur ses collaborateurs allemands. Je dis collaborateurs allemands, car, malgré ses investigations, il ne put trouver un concours parmi les Français restés captifs. Pourtant, il y avait, parmi ces Français captifs, un certain nombre de journalistes. Mais, ceux-ci, pour ne point être sollicités ou plutôt forcés à collaborer avec Hoecker Paul Askar ne donnèrent point leur véritable profession.

La Lillerkriegszeitung n'eut pas grand mal à s'organiser. Elle avait à sa disposition toutes les machines, tout l'outillage perfectionné de l’Echo du Nord. La feuille allemande recevait, naturellement, toutes les dépêches de l'agence Wolff. On sait comment cette agence s'entendait à farder la vérité.

Souvent, ce premier maquillage des nouvelles ne suffisait pas. A la rédaction de la Lillerkriegszeitung on se chargeait d'accentuer encore la note mensongère. C'était Hœcker qui donnait le ton.

Certes, ce maquillage insensé n'est point une fable. Il a été affirmé par des témoins, notamment par des soldats alsaciens qui, servant dans l'armée ennemie et se trouvant à Lille, furent employés à l'imprimerie.

Ce rédacteur en chef était une ligure curieuse quoique dépourvue d'originalité. Il affectait parfois un ton badin et bon enfant lorsqu'il parlait de ses projets d'après- guerre. Il continuerait, disait-il, ses fonctions à Lille même, et, dans son esprit, en vérité un peu simpliste, il imaginait que la Lillerkriegszeitung serait pour la région du Nord un puissant organe d'information. Or, ce qu'il y avait de plus comique, c'est que les soldats prenaient pour argent comptant toutes les sornettes contenues dans cette feuille: les avances de l'armée allemande étaient multipliées par dix; celles les armées françaises étaient réduites d'autant. En outre, le recul forcé des troupes allemandes était toujours qualifié de stratégique.

La lecture de cette gazette, me racontait un Lillois, qui vécut dans sa ville les quatre années de l'occupation, m'a valu de pouvoir passer quelques bons moments. J'ai souvent bien ri sous cape. Nous connaissions, en effet, parfois, par des postes de T. S. F. installés à l'insu des Allemands, les événements du front tels qu'ils se passaient. Leur compte rendu dans la Lillerkriegszeitung était follement amusant.

Rassurez-vous, me disait ce même Lillois, la feuille boche n'a pas fait ici beaucoup de mal. Personne ne mordait à l'hameçon de ses boniments. Ses exagérations étaient connues. Si ce journal avait été lu en France libre, on l'aurait considéré comme lourdement humoristique. Et, vraiment, pour nous, captifs, c'était un spectacle fort amusant que celui de voir tous ces soudards avaler sans sourciller, derrière leurs grosses lunettes rondes tous les canards que leur servait le hauptmann Hoecker.

Hoecker était, paraît-il, un journaliste baron. En tout cas, dans l'armée allemande, dont il était un vieux parmi les vieux, il avait, grade de capitaine. On lui avait donné la Croix de fer, Mais, comme son âge le laissait un peu décrépit, ou l'avait hissé à la fonction de rédacteur en chef de la Lillerkriegszeitung.

On dit de lui qu'il était brutal et tracassier et que sa mauvaise humeur s'exerçait surtout lorsque Wolff lui transmettait des nouvelles ayant simplement un caractère amorphe. Hœcker vivait confiné dans son journal. C'était un Teuton dans toute l'acception du mot. Il en avait la morgue et l'esprit lourd.

Certes, si ces lignes tombent sous 'es veux de mon indésirable confrère, il songera avec quelque amertume que son rôle n'a point servi à grand'chose et que les Lillois n'ont pas été dupes de ses exagérations.

Peut-être aussi, songeant au beau rêve qu'il avait fait de rester dans Lille, devenu allemand, le sire Hœcker méditera-t-il sur la fragilité de son projet mort-né!

Albin Gouirand

et nous restons dans la grisaille

De retour depuis quelques jours de Nîmes (où d'ailleurs il y a une belle colonie de flamands et de belges...), je constate que ma belle région n'est toujours pas sortie de la grisaille. On devrait payer moins d'impôts en compensation, mais en attendant, je vous offre quelques fleurs de là-bas, histoire de vous remonter le moral... fleurs de jardin que l'on pourrait voir ici si le soleil se prêtait un peu au jeu... espérons qu'août sera moins "pourri" pour regretter les vacances quand il faudra reprendre le travail.



Quand à la cigale, de toute façon, on la croisera bientôt sous nos latitudes avec le réchauffement climatique...




vendredi 18 juillet 2008

Apprendre à être poli avec ses collègues

Au moment où un certain gouvernement remet en cause les 35 heures (et va finir par y arriver), autant revoir les règles de politesse pour être poli avec les collègues, vu qu'on va forcément passer plus de temps avec eux (idem pour les profs, vu le nombre de postes supprimés - encore 700 au moins dans l'académie de Lille l'année prochaine, faudra faire des heures supplémentaires pour combler les trous)...


Ainsi...
On ne dira pas : Tu pues la transpiration
mais : Waooohhhh, t'as fait hyper vite pour venir

On ne dira pas : tu pues de la gueule
mais : tu veux un mentos?

On ne dira pas : il est degueulasse ton gâteau
mais : waooohhh, t'en as fait pour un régiment !

On ne dira pas : montre-moi ton cul, Beauté!
mais : Faudrait qu'on aille à la piscine un de ces quatre...

On ne dira pas : t'as des poils sous les bras
mais : tu dois être plus moquette que carrelage?

On ne dira pas : T'as pas un peu de cellulite?
mais : ça fait longtemps que t'as arrêté la danse?

On ne dira pas : ça fait une heure que je t'attends, merde !
mais : waooh, t'as vachement peaufiné ton maquillage

On ne dira pas à sa collègue : Beurk, t'as de la moustache
mais : t'as un côté félin

On ne dira pas : j'ai très envie de te sauter
mais : un resto, ça te dis?

On ne dira pas : je m'en fous de ce que tu racontes
mais : et alors, ça c'est terminé comment?

On ne dira pas à son collègue : c'est vrai que t'as une tite biloute?
mais : c'est quoi ton truc pour faire rire les filles?

On ne dira pas : putainnnn, j'ai une sacré envie de péter
mais : tu tiens combien en apnée?

On ne dira pas : t'es toujours aussi con !
mais : ce qui me fascine chez toi, c'est ta constance.

On ne dira pas : tiens, v'là l'autre conne!
mais : J'te fais pas la bise, j'ai la crève

On ne dira pas : elles sont merdiques tes blagues
mais : Ah, je ne sais pas comment tu fais pour les retenir

et surtout

On ne dira pas : t'as une tronche de balai à chiottes
mais : toi t'es quelqu'un qui va au fond des choses

On ne dira pas : c'est un gros cageot ta femme
mais : je suis sûr que t'es un gars hyper tolérant

On ne dira pas : tu me dois 100 balles, connard!
mais : c'était super le restau l'autre jour, hein !

On ne dira pas : t'as de plus en plus de rides
mais : Tu as l'air très détendue

On ne dira pas : t'as un physique repoussant
mais : je suis persuadé que l'amitié garçons/filles sans arrières pensées, ça peut exister

On ne dira pas : Elle est aussi moche que toi ta copine
mais : Vous vous êtes rencontrés dans une soirée à thème?

1789 : état militaire de l'Artois

Gouvernement Général
Gouverneur Général - M. le Duc de Guines.
Commandant en chef - M. le Comte de Rochambeau.
Commandant en chef - M. le Comte de Sommievre.
Lieutenant de Roi - M. le Duc de Guines.
Lieutenant de Roi - M. le Comte de Neuville.

Lieutenants des Maréchaux de France
M. le Comte de Harchies ,à Saint-Omer.
M. le Sergeant Disbergue, à Saint-Omer.
M. Pelet de Vindal, à Saint-Omer.
M. le Vasseur de Bambecque ,à Aire.
M. le Rique de Marquais, à Béthune.
M. d’Haudoire de Thievres, à Arras
M. le Vaillant Duchâtelet, à Arras.
M. de Belval, à Hesdin.
M. le Marquis de Mons-en-Baroeul, à Lens.
M. Gosson de Rionval , à Lens.
M. le Chevalier de Fiennes de Sautricourt, à Saint-Pol.
M. le Locher , à Hesdin.
M. le Chevalier de Hénnault, à Bapaume.

Gouvernements Particuliers.
Arras

le Marquis de Juigné, Gouverneur
Fénis de la Combe, Lieutenant de Roi
de Thieulaine, Major.

Citadelle
Marquis de Lamhert, Gouverneur
de Montgon, Lieutenant de Roi
Bayet de Vaugrenant, Major.

Saint-Omer
le Chevalier de Beauteville, Gouverneur
De Saint-Cernin, Lieutenant de Roi
Lafitte de Caupenne, Major.

Château Varlet
de Brule, Commandant.

Aire, Ville & Château
le Prince de Robecq, Gouverneur
Ramsault de Tortonval, Lieutenant de Roi
de Forget, Major.

Fort Saint-François d’Aire
Chevalier de Lannoy Beaurepaire,
de la Provenchere, Major.

Bapaume
le Duc de Liancourt, Gouverneur
de la Haye, Lieutenant de Roi
Chevalier de Vasservas, Major.

Hesdin
le Marquis d’Havrincourt, Gouverneur
Comte de Siougeat, Lieutenant de Roi
De Cacheleu, Major.

Béthune
le Chevalier de Maupeou, Gouverneur C
omte de Beaulaincourt, Lieutenant de Roi
de Bournet, Major.

Saint-Venant
Marquis de la Rocheaimon, Gouverneur
Chevalier de Colomé, Lieutenant de Roi
De Buegeot, Major.

1789 : état militaire des Flandres et du Hainaut

Gouvernement Général
Gouverneur Général - M. le Maréchal de Castries, Gouverneur particulier de Lille.
Commandant Général - M. le Prince de Robecq.
Commandant en second - M. de Boistel, dans la Flandre Maritime.M. le Comte d’Esterhazy, en Hainault.
Lieutenant-Général - M. le Comte de Luxembourg.
Lieutenant de Roi - M. Pottier Comte Desmaillis.
Lieutenant de Roi – M. Comte de Varennes.
Lieutenant de Roi – M. le Baron de Sart.


Lieutenants des Maréchaux de France.
M. de Sars, à Valenciennes.
M. le Baron du Bazus, à Valenciennes.
M. le Baron de Werchein, à Valenciennes.
M. le Comte de Baquehem, à Douay.
M. le Marquis de Marescaille, à Douay.
M. Imbert d’Ennevelin, à Lille.
M. le Vicomte de Cugnac, à Lille.
M. de Ramsault, au Quesnoy.
M. le Baron de Carondelet de Beaudegnies, à Landrecies & au Quesnoy.
M. Honoré du Locton, à Bouchain.
M. le Chevalier de Villavicencio, à Bouchain.
M. le Chevalier Bertin de Morancey, à Cambray.
M. Imbert de Cherling, à Cambray.
M. de Valicourt, à Cambray.
M. le Baron de Jacquier de Rosée, à Givet.
M. le Sergeant de Baienghem, à Cassel.
M. le Baron d’Arfeuil, à Comines.


Gouvernements Particuliers.
Lille

de Montrosier, Lieutenant de Roi
de Guillomont, Major.

Citadelle
le Comte de Vaudreuil, Gouverneur
Chevalier Dubose, Lieutenant de Roi
la Chauvignerie, Major.

Fort St. Sauveur
Chevalier de Diffe, Lieutenant de Roi
Baron de Mengin, A. M. C.

Bergues
Comte de Langeron, Gouverneur
de Salces, Lieutenant de Roi
de Villemontés, Major.

Fort Francois
de Vaugrand, Lieutenant de Roi.

Gravelines
Marquis de Pontecoulant, Gouverneur
De Durfort, Lieutenant de Roi
Drouart de Lezey, Major.

Douai
Marquis de Bouillé, Gouverneur
Baron de Tott, Lieutenant de Roi
De la Forgue, Major
Millot de Baubal, Aide-Major.

Fort de Scarpe
Comte de Turpin de Crissé, Gouverneur
Chevalier de Sariac, Major.

Dunkerque
de Boistel, Commandant
de Guichard, Major.

Fort Mardyck
Comte de Violaine, Major.

Valenciennes
Marquis de Jaucourt, Gouverneur
Chevalier de Raincourt, Lieutenant de Roi
de Ferrand, Major.

Citadelle
Deshaulles, Gouverneur
de Caumont, Major.

Maubeuge
Chevalier de la Roche Saint André, Lieutenant de Roi
de Chambarlhiac, Major.

Condé
le Duc de Croy, Gouverneur
Chevalier du Buat, Lieutenant de Roi
Chevalier de Beauregard, Major.

Avesnes
Comte de Verceil, Gouverneur
Cabrieres Descombies, Lieutenant de Roi
Gaussen du Mas, Major.

Landrecies
Vaubert de Genlis, Lieutenant de Roi
Danville, Major.

Bouchain
Comte de Durfort, Gouverneur
Lagrace de Blaton, Lieutenant de Roi
de Gaya, Major.

Philippeville
Comte de Jumilhac, Gouverneur
Chevalier de Franqueville, Lieutenant de Roi
Dutertre, Major.

Charlemont & les Deux Givets
Marquis de Montmort, Gouverneur
Chevalier de Jannel, Lieutenant de Roi
Chevalier de Lombard Desgardes, Major de Charlemont
Mansion de la Chabossiere, Major des deux Givets.

Commandant.
Mariembourg
de Marsac, Commandant.Porin de Bellesin, Major.

Le Quesnoy

Comte de Puységur, Gouverneur
Chevalier de Belesia, Lieutenant de Roi
de Poisson des Londes, Major.

Cambray
Duc de Coigny, Gouverneur
Desgaudieres, Lieutenant de Roi
de Gigord, Major.

Citadelle
de Grandmaison, Gouverneur
Fenis de Susanges, Lieutenant de Roi
Fraisans de Glatigny, Major.

jeudi 17 juillet 2008

Route des vacances... Prudence ! ! !


Le Noël des Bérets Verts à Gravelines

Parmi les Français qui ont pu quitter Dunkerque lors de l’opération Dynamo se trouvait Philippe Kieffer. Officier de Marine, il mis sur pied une compagnie de fusiliers-marins qu’il fit admettre à l’école des Commandos britanniques.
Gagnant en nombre, il put créer le 1er Bataillon de Fusiliers marins commandos en 194, rattaché au "4e Commando" britannique avec lequel il participa au Débarquement de Normandie le 6 juin 1944. Ce fut la seule troupe française engagée dans l’opération. Rudes gaillards que ces marins qui portent le mythique béret vert à l’anglaise, l’insigne sur la tempe gauche !



Comme toute force spéciale, les commandos français participèrent à de nombreuses missions sur les côtes occupées et certains de leurs hommes firent partie de l’opération «Jubilee» à Dieppe le 19 août 1942. Véritable désastre, cette opération avait valeur de test mais sur les 5.000 hommes engagés, 3.600 périrent ou furent faits prisonniers, 550 marins et 150 aviateurs disparurent.


Mais Dieppe n’est pas la seule opération des Commandos ! Régulièrement, ils se chargent de missions de renseignement sur le continent. Ils arrivaient près de la côte en vedette puis débarquaient sur des doris, remplissaient leur mission et repartaient de la même manière…
Durant la nuit de Noël 1943, un groupe emmené par Philippe Kieffer partit pour un raid entre Bray-Dunes et La Panne alors que d’autres commandos gagnaient la plage de Petit-Fort-Philippe.
Une fois la mission accomplie, il découvrirent que la doris était incapable de reprendre la mer. Il fallait nager 500 mètres pour rejoindre la vedette ! Deux d’entre eux dont le chef de mission, Pierre Wallerand, se noyèrent. Les survivants se divisèrent alors en deux groupes et s’enfoncèrent dans la campagne où, par chance, des habitants recueillirent un trio.
Néanmoins, même en sécurité à la ferme de M. Brébant, l’asile offert à Pourcelot, Navrault et Madec était des plus précaires dans un pays grouillant d’Allemands en alerte dès le lendemain. Il fallait quitter la grange pour le séchoir de chicorée abandonné face à la ferme et y attendre deux jours que M. Charlemagne les fasse franchir l’Aa en canot pour éviter le pont de Saint-Folquin. Arrivés à Audruicq, une filière d’évasion les pris en charge puis chacun prit le «maquis». Tous les hommes rejoignirent leur unité dès qu’elle posa le pied sur la terre française en juin 1944. L’autre groupe composé de Roger Carton et Robert Meunier avaient été pris. Le premier failli être fusillé par l’occupant, le second réussit à s’évader. Aucun ne faillit à sa mission !

Quant aux deux commandos noyés, ils n’auraient été retrouvés que le 31 décembre sur la plage de Petit-Fort-Philippe : Pierre Wallerand et J. Park reposent depuis en terre de France, pour la libération de laquelle ils oeuvraient…

Grande Guerre : Soldats mais … du feu !

La vie d’un pompier n’est pas facile, c’est déjà un des métiers les plus dangereux et les plus éprouvants en temps de paix, alors, en temps de guerre …


Avant guerre, ils étaient 7 officiers et 134 sous-officiers et sapeurs que l’on appelait au clairon ou par le tocsin. Pas de poste, pas de caserne. La situation est la même dans toutes les communes de l’agglomération. Pour l’organisation du camp retranché, ils mettent à disposition de la station-magasin une pompe à vapeur et une moto-pompe sous la responsabilité de pompiers militaires qui créent deux postes permanents.

Un corps à part entière
En janvier 1915, le commandant de la place décide de fusionner les corps civils et militaires et de les renforcer de soldats qui ont une expérience du métier dans le civil : Le « corps des sapeurs-pompiers militarisés du camp retranché de Dunkerque » est né, fort de 7 officiers et 173 hommes ! Le camp est divisé en secteurs où l’on trouve un poste permanent relié par téléphone à l’Etat-Major.


La pression des bombardements quasi quotidiens oblige à se doter de moyens sans cesse plus importants : en mars 1917, il faut gérer onze postes avec départ de moto-pompes et de pompes à bras, trois postes avec départ de pompes à vapeur et surtout deux postes dotés de bateaux-pompes. A cela s’ajoutent deux postes dotés de camions pour porter secours aux autres communes du camp retranché vite renforcés par un fourgon-pompe… ainsi que tout le matériel pour déblayer les décombres.



Sauver ou Périr
C’est qu’ils ne manquent pas d’ouvrage ! Non seulement ils doivent intervenir au premier appel en ville comme sur le port, où les dangers sont démultipliés avec le transit de munitions mais aussi à vingt kilomètres à la ronde. Pour faire face à toutes les situations, on leur adjoint des soldats choisis parmi les charpentiers, maçons, terrassiers, puisatiers pour intervenir dans les ruines. Leur expérience est telle que le Colonel commandant les pompiers de Paris vint les visiter fin 1917 pour examiner leur organisation. Son rapport est éloquent : «Les mesures prises pour protéger l’agglomération dunkerquoise sont remarquables et méritent d’être citées en exemple…» . D’ailleurs, le danger qui les guette est incessant car souvent les aviateurs allemands les prennent pour cible à la lueur des incendies nocturnes.

Comptant de nombreux morts et blessés dans leurs rangs, l’on n'oublie pas de récompenser les soldats du feu en décernant 3 croix de la Légion d’Honneur, 17 Médailles militaires, 15 Croix de guerre, 30 médailles d’honneur, 43 médailles des Sapeurs-pompiers et 19 témoignages de félicitations au rapport de place, parfois à titre posthume. Le corps tout entier fut cité à l’ordre du jour du Camp retranché le 9 septembre 1917. D’ailleurs, le drapeau des Sapeurs-pompiers de Dunkerque est l’un des rares décorés de la Croix de guerre car le commandement du camp retranché ne considérait comme troupes combattantes que la DCA, l’aviation, la Marine de guerre et les sapeurs-pompiers, belle preuve de reconnaissance !

C'est à lire... : Le Nord, terre de fortifications

La Flandre, le Hainaut, l’Artois et la Picardie offrent de nos jours un éventail de fortifications militaires que peu de régions de France peuvent égaler.

Terres de souffrance au carrefour des invasions, toutes les coalitions étrangères ont, au cours des siècles, fondu sur Paris par les vallées de l’Oise, de la Marne et de la Seine. Dès lors, on comprend les difficultés des souverains français à défendre ce territoire.Sans conteste, les ouvrages fortifiés témoignent des vicissitudes de l’Histoire.

Ils ont été construits afin de sauvegarder des intérêts politiques, économiques et parfois sociaux. Chaque fois conçus contre un certain type d’envahisseurs, ces édifices sont le reflet de leur temps et des évolutions successives de l’art de la guerre.

De la période gallo-romaine au mur de l’Atlantique, les systèmes défensifs s’imposent, se superposent et s’opposent dans un enchevêtrement de pouvoirs, de conquêtes et de traités de paix.

Ce livre nous invite donc à découvrir 2 000 ans d’architecture militaire dans le nord de la France, terre de fortifications.
ISBN/EAN : 9-78284910-801-7
Prix : 22 € -
Nombre de pages : 224 - Format : 156 x 235 mm

Les éditions Alan Sutton diffusent et distribuent leurs ouvrages à travers un réseau de librairies et de grandes enseignes présentes sur tout le territoire français.
Editions Alan Sutton
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BP 90600
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Vous pouvez aussi le faxer au numéro suivant : 02 47 40 66 01

Dès réception de la commande et du règlement, les éditions Alan Sutton vous feront le plaisir de vous adresser le(s) exemplaire(s) souhaité(s).
(frais de port : 1 à 3 livres: 4€90, de 4 à 9 livres : 7€65, franco de port à partir de 10 livres)

dimanche 6 juillet 2008

ouï-dire

J'ai cru comprendre que l'on voulait, à Dunkerque, éradiquer les goëlands qui vivent en ville... A plus ou moins longue échéance car l'on évoque le projet de stériliser les oeufs... Franchement, c'est une ville bâtie autour d'un port, au bord de la mer. Trouver des oiseaux marins, oh, quelle horreur ! Sincérement, comment peut-on savoir que l'on est dans une ville portuaire si l'on n'y trouve pas les oiseaux qui vont avec. C'est un peu comme ceux qui vivent à la campagne sans accepter le chant des coqs...

Du mois de juillet 2008

« Et je croys se je vous disoye
Les valeurs qui sont en mon fait
Qu’a grant peine creu je seroye,
Et si suis le moys de Juillet
Je suis joyeux e peu de plet
Pour tous biens faire tost meurir.
Si doit on bien de cueur parfait

En mon temps Jesucrist servir. »


Et je crois je vous disais
Les valeurs qui sont en mon fait
Qu’à grand peine je serais
Et si je suis le mois de Juillet
Je suis joueyx à peu de plet
Pour tous bien faire tôt mûrir
Si doit on bien de cœur parfait
En mon temps Jésus-Christ servir


De tous temps les hommes ont cherché à donner des références pour permettre de s’y retrouver dans le temps. C’est l’origine des calendriers.
On retrouve ainsi dès le 12ème siècle des livres à l’usage des clercs tels les psautiers et livres des heures, bréviaires ou missel et martyrologes. Ces livres débutent presque toujours par un calendrier qui indique les fêtes liturgiques. Ces livres n’étaient accessibles qu’aux clercs et dirigeants. Les seules références pour le peuple étaient les fêtes liturgiques, les fêtes carillonnées, d’ où l’importance des cloches, et plus régulièrement chaque jour, au clocher de nos églises, l’Angelus qui rythmait la vie des champs. On était alors avant l’invention de l’imprimerie, et avant l’invention des horloges qui «piquaient» les heures, telle l’horloge de la tour d’angle sur le boulevard du Palais à Paris, la plus vieille des horloges parisiennes, qui au Palais du Roi, indiquait l’heure «officielle».
C’est un peu la raison du développement des dictons sur le temps, liéés aux fêtes religieuses, inscrits encore dans nos mémoires collectives.

Guy ou Guiot Marchant, à Troyes, de 1491 à 1541 publia le compost des Bergers, dont je cite le couplet du calendrier sur Juillet. C’est un document pédagogique qui vise simplement à fournir des indications pour la vie quotidienne et les techniques agricoles et artisanales.
Il est édité pour «enseigner la science des bergers qui est science de l’âme, du corps, des astres, de la vie et de la mort
Ces livres sont en fait des compilations à usage pratique et moral destinés aux laïcs. Ils s’inspiraient d’ouvrages médiévaux, tels le «Livre des Propriétés des choses» de Barthélémy l’Anglais, des «Grandes danses Macabres» et des traités préparant les âmes au Jugement Dernier.
Ces publications ont recours à l’astrologie, aux signes du zodiaque, aux danses macabres ou autres représentations des enfers, aux représentations des activités agricoles ou artisanales pour chaque mois de l’année, toutes représentations que nous retrouvons gravées dans la pierre des portails et porches de nos cathédrales, ou dans les enluminures telles les riches heures du duc de Berry, toutes représentations destinées à guider l’homme vers son salut.
Ce sont les ancêtres de nos almanachs. Ces chroniques se situent dans une même démarche très proche: un rappel.

Juillet nous invite à cela, puisque il fut ainsi nommé, en souvenir de la famille de Jules César, la gens Julia, perdant ainsi son nom de Quintilis qu’il gardait du premier calendrier romain, le cinquième des mois de l’année qui commençait alors au mois de Mars.
Les évènements se précipitent en cette année 44 avant JC. Jules César, est au sommet du pouvoir. Il a pris pour maîtresse la jeune reine d’Egypte, Cléopâtre VII, qui lui a donné un fils Césarion. Général devenu premier consul, débarrassé de ses collègues du Triumvirat Pompée et de Crassus, Jules César tente une OPA sur la république. Au cours de la fête des Lupercales, Marc-Antoine le grand général adulé par la foule, pose sur la tête de son ami Jules, le diadème des rois grecs. La foule proteste. Jules César enlève lui-même la couronne de sa tête. Mais il continue son dessein et tente de se faire nommer roi pour la partie orientale de l’empire romain. Une séance est prévue au lieu-dit «le portique de Pompée». Sa femme Calpurnie, tente de l’alerter du danger. Qu’à cela ne tienne, il se rend devant les sénateurs qui se sont donné le mot pour arrêter sa course vers le pouvoir absolu. Au signal du sénateur Tullius Cimbre qui l’empoigne par sa toge, les conjurés se précipitent et frappent Jules César de 23 coups de poignard. Parmi eux se trouve Brutus, le fils de sa maîtresse Servilia, ( et peut-être de lui-même !). En le voyant, il lui lance, en grec – la langue de l’élite romaine : «kai su teknon» ce que les chroniqueurs ont traduit par un mot de dépit : «tu quoque fili» ( toi aussi mon fils) . Ce pourrait être au contraire une malédiction à l’adresse d’un traitre : «qu’il t’arrive à toi aussi le même sort !». Les historiens restent divisés sur ce point. La dessus, Jules César se couvre de sa toge et cesse d’espérer. Les comploteurs s’enfuient. Le corps de Jules César est ramené à sa demeure par trois esclaves. Les assassins songent à jeter le cadavre dans le Tibre, mais le peuple par un curieux retour des choses, sans doute manipulé par quelque orateur de ses partisans, se révolte et selon la tradition, demande que son corps soit incinéré en place publique. Ce sera fait le 20 mars avec un bûcher si haut que les chroniqueurs nous disent qu’il mit le feu aux maisons d’alentour.

Jules César, malgré sa fin tragique et prématurée, il a 55 ans et n’a été au pouvoir que cinq années à peine, nous laisse les mots Kaiser et Tsar qui sont des déformations de son nom pour désigner les souverains en allemand ou en russe. Le mot César lui-même est souvent employé comme synonyme d’empereur alors que lui-même Jules César n’eut jamais ce titre.

Marc-Antoine, pour tenter de reprendre le pouvoir fit décider par le même Sénat qui avait arrêté si brutalement la course du dictateur, de rebaptiser le cinquième mois Julius, qui devient notre mois de Juillet.
Il est vrai que depuis quelques mois, Jules César, sans doute en contact avec les savants qui se pressaient à Alexandrie, au moment de la campagne d’Egypte, avait chargé le fameux Sosigène, avec quelques autres savants, d’établir le nouveau calendrier, plus adapté à la course du soleil et aux saisons. C’est le calendrier «Julien» qui venait d’être appliqué au moment de ces évènements et qui devait rester en vigueur jusqu’au XVI ème siècle.
Octave, petit-neveu de Jules entreprit de venger son oncle et se fit nommer empereur. Il prit alors le nom d’Auguste, et le Sénat, par flatterie, fit rebaptiser le sixième mois du calendrier, Augustus, Août.
Jules César qui vient de nous révéler son vrai visage avec le si beau buste trouvé dans les eaux du Rhône, au niveau d’Arles, au large de Trinquetaille, méritait bien cette longue digression. Car tout ceci c’est bien l’histoire de notre mois de Juillet.

Juillet nous amène en principe les grandes chaleurs, tandis que finit le 19 du mois le Messidor du calendrier républicain et que s’ouvre Thermidor, si bien nommé à cause de sa correspondance avec la période de canicule.

La chaleur est en effet le résultat de l’accumulation de la température à la surface de la terre, et elle augmente donc, même après le 21 juin alors que la hauteur de la courbe du soleil au dessus de nos têtes a commencé à diminuer, et que les jours deviennent plus courts de 58 minutes au cours du mois.

Les jours les plus chauds se situent autour du 15 juillet, et non au solstice d’été. C’est pendant cette période que la belle étoile Sirius se lève et se couche en même temps que le soleil. Les croyances populaires attribuaient à la présence de cette étoile les chaleurs vives de juillet. Comme Sirius fait partie de la constellation du Chien, en latin canis, on a fait de ces jours le mot canicule, mot qu’on emploie improprement pour d’autres périodes de chaleur que celle de juillet.

D’ailleurs le soleil risque de nous jouer un drôle de tour. En effet, si la canicule tombe actuellement en juillet, le soleil ne se retrouve pas exactement à la même place d’une année sur l’autre. Il prend du retard chaque année. Le décalage est tel que dans quelques milliers d’années, nos petits-enfants accuseront peut-être la canicule de ramener sur la terre les froids le plus rigoureux de l’hiver !

Il faut dire aussi qu’en juillet, le soleil entre dans la constellation du Cancer, l’écrevisse. Arrivé le 21 juin au plus haut de sa course, il commence, à partir de ce moment à rétrograder, à redescendre, à marcher à reculons : de là le nom d’écrevisse donné à la constellation dans laquelle le soleil entrait il y a deux mille ans, au moment du solstice.
En juillet, comme en juin, les travailleurs des champs redoutent l’abondance des pluies et manifestent leurs craintes au rythme des dictons dont en voici quelques uns :
«Quand il pleut à la saint Calais, il pleut quarante jours après ( tiens donc.. il n’y a pas que Saint Médard !). ou encore : «Pluie que saint Calais amène durera au moins six semaines.».
Saint Calais est fêté le 1er juillet en même temps que saint Thierry, plus connu. Il est vrai que c’est plus facilement porté de s’appeler Thierry que Calais !

La nouvelle lune se produit cette année le 3, d’où les changements de temps et les vagues orageuses qui traversent notre pays et qui correspondent peu ou prou aux dictons liés aux saints célébrés ces jours-là : «Lorsqu’il pleut à la saint Donatien ( le 3) , c’est la pluie pour le mois qui nous vient» et pour le 4, à la saint Rachet, on dit en Bourgogne «Quand il pleut à la saint Rachet, où tu vas aux vignes, moins y es». S’il pleut , le vigneron n’a rien faire dans les vignes sauf à attendre le beau temps en buvant du Montracher, un des meilleurs vins blancs de Bourgogne.
On trouve aussi ces deux bons conseils : «A saint Anatole ( le 3) confiture dans la casserole» ce qui cette année sera bien contrarié par une mauvaise récolte des fruits qui après les gels de début avril et la pluie de mai ont «coulé» ; et «Pour la sainte Berthe ( le 4 juillet ) se cueille l’amande verte ; si elle n’est pleine que de lait, il faut laisser mûrir le blé.»

Le 6 juillet «Pour la sainte Colombe, le ramier quitte sa colombe» dit-on en Picardie. Condamnée à être brûlée vive à Sens en 274, Colombe fut sauvée des flammes par une pluie diluvienne qui éteignit le brasier.
Ce 6 juillet c’est aussi la saint Tranquilin : «Orage du jour de Saint Tranquille, trouve le moissonneur agile ; mais si la pluie devait durer, elle le ferait bientôt jurer» Cela se passe d’explication !

La pleine lune qui se produira le 18 juillet va nous amener, outre la canicule, certainement des orages : «Entre Saint Victor –le 21 juillet- et saint Roch – le 16 août, des orages les grands chocs» comme on dit en Gascogne.
Le 22 juillet «pour la sainte Madeleine la noix est pleine». Si vous n’avez pas fait votre vin de noix ce sera trop tard car la noix sera trop formée.

Nous entrerons alors dans la période propice pour l’observation des étoiles filantes dont les fameuses Perséides, associées à la comète Swift-Tuttle, découverte en 1862 et nous pourrons le faire jusqu’au 22 août, avec un maximum prévu pour le 12 août prochain.
Nous invoquerons, le 25, saint Christophe protecteur des automobilistes et Saint Jacques le Majeur, celui de Compostelle, qu’on invoque entre autres choses, pour guérir les rhumatismes. «Si saint Jacques est serein, l’hiver sera dur et chagrin», ce que confirme un autre dicton : «Le vingt cinq sans pluie, hiver rigoureux» On serait donc tenté de souhaiter qu’il pleuve ce jour-là et de toutes façons «Pluie du matin n’arrête pas le pèlerin» de saint Jacques, ça va de soi ! Sainte Marthe, patronne des servantes est invoquée comme patron des cuisinières. Soulignons cette évolution. Le mois se terminera par la saint germain d’Auxerre, le 31. «S’il pleut à la saint Germain, c’est comme s’il pleuvait du vin» ; ou «Pourvu qu’à la saint germain le Bon Dieu ne soit pas parrain» c'est-à-dire ne fasse pas pleuvoir sur la terre des «dragées» que sont les grêlons ! Or nous serons à la veille d’une nouvelle lune, et le périgée étant le 29, la fin du mois risque d’être orageuse.

Je ne peux terminer cette chronique sans parler des «treize lunes». On dit n’importe quoi à ce sujet ! S’il y a eu treize pleines lunes en 2007, il n’y a eu que 12 nouvelles lunes. En 2008 il y a treize nouvelles lunes mais seulement 12 pleines lunes et un tout petit peu plus que douze lunaisons.
Une lunaison - mois lunaire- est l’intervalle entre deux nouvelles lunes consécutives, ou l’intervalle entre lequel la lune se retrouve au même endroit pour un observateur terrestre (sachant que la terre a elle-même tourné). Elle est d’une durée de 29 jours, 12 heures, 44 minutes et 2 secondes en moyenne (=29,53). Si on multiplie 12 (mois ou lunaisons) par 29,53 (jours) on obtient 354 (jours). Or une année comporte 365,25 jours. 365,25 – 354 = 11,25. Il faut donc que la première pleine lune ait lieu au plus tard le 11 janvier pour qu’il y ait 13 lunes dans l’année.
D’autre part : 29,53 divisé par 11,25 = 2,62. Les années de 13 lunes reviennent donc en moyenne tous les 2,62 ans. Qu’on se le dise ! Les trois dernières années de treize lunes ont été 2007, 2004 (2 lunes en juillet) et 2001 (2 lunes en novembre). En 2004, comme il a fait plutôt beau personne n’a parlé des treize lunes ! Restons sérieux, mais par contre notons que les changements de temps se situent bien à la nouvelle lune, comme ce mois-ci le 3 juillet, ou à la pleine lune notamment quand celle-ci est proche de la terre au périgée de sa courbe. Bien sûr s’il y a treize lunes ça augmente la probabilité de changement d’une fois de plus. Mais treize lunes ça n’a jamais été synonyme de mauvais temps. C’est purement une fantaisie, liée aux superstitions autour du chiffre treize. Ca donne un sujet de conversation, sans aucun fondement scientifique. Nos anciens ne s’y sont pas trompés, eux qui n’ont composé aucun dicton sur ce sujet !

D’où l’importance, comme Monsieur Jourdain, de bien connaître le calendrier, pour savoir quand il y a de la lune ou quand il n’y en a pas ! A Diou sias !
Jean Mignot le 6 juillet 2008 en la fête de Saint Tranquilin