jeudi 18 janvier 2007

Patrimoine en voie d’extinction

C’est un monument dont on ne parle plus, peut-être parce qu’il fait réellement partie du paysage. A passer devant lui chaque jour, on le remarque même pas ! Une entrée colorée en forme de coquillage, deux lions couchés, des mosaïques multicolores et … une façade régulièrement taguée. De loin, on dirait même un squat. Pourtant, on ne compte pas les habitants de l’agglomération qui ont gardé un lien affectif fort avec cette piscine. C’est qu’ils sont nombreux à y avoir appris à nager mais ça remonte à loin maintenant…


Les guerres ont relativement épargné les bâtiments édifiés en 1896 par les architectes Gilquin, Boidin et Baert sur la commande du maire de Dunkerque Alfred Dumont. Associés depuis 1885, ils ont déjà construit nombre de villas à Malo et les bains publics de Lille. Ce ne sont pas alors des inconnus sur le littoral.
Albert Baert, franc-maçon lillois commence à être remarqué dans la région. Par la suite, on lui doit le temple maçonnique « la Lumière du Nord » de la rue Thiers à Lille inauguré en 1914, les bains publics de Roubaix en 1922 (devenus le musée d’art et d’industrie de « La Piscine »), de grands magasins et surtout la reconstruction de la ville d’Houplines après 1919. Avec ses confrères, il fait partie des architectes majeurs de la région.

Un bâtiment à la mode et utile
Les « Bains Jean Bart » sont résolument dans l’air du temps. L’Europe est submergée par la mode orientaliste. Partout se développe le style arabo-mauresque né en Angleterre. En France règne l’engouement des cafés et des Bains Turcs. Le choix de ce style à Dunkerque n’est pas incongru mais il est vrai qu’à l’époque, on parle encore assez peu d’architecture régionale ou régionaliste… et puis, il faut dépayser l’utilisateur : les mosaïques sont colorées, les arabesques compliquées. Les architectes reprennent les poncifs à la mode : arcs outrepassés pour les baies, des bulbes torsadés et des croissants surmontent les couvertures et cheminée est en forme de minaret décoré de briques polychromes en torsade. On est de l’autre côté de la Méditerranée. Les Bains publics prennent immédiatement des allures exotiques comme les établissements de bains que l’on construit à Biarritz, Vichy ou au Mont-Dore, Nice ou Cannes…

Plus que le décor, les Bains Dunkerquois se veulent utiles et avoir un rôle social. Le XIXe siècle est celui des hygiénistes. Les maisons dunkerquoises manquent de commodités ? Les habitants pourront y venir pour apprendre à nager, utiliser les bains publics pour se laver et même se servir du lavoir. Les conditions de vie évoluant, les bains connaissent de profondes transformations dans les années vingt.




Tragique destin
Vient la seconde guerre mondiale à la suite de laquelle il faut abattre le bulbe qui surmonte l’entrée, la cheminée et la chaufferie. Les hautes colonnes à pans coupés qui surmontent les balcons d’angle ne résistent pas non plus. Cela n’empêcha pourtant pas d’y accueillir le public jusque dans les années 60… Les bâtiments sont condamnés à la ruine : vandalisés, souillés, on ne prend même plus la peine de le regarder sauf que… partiellement inscrit aux Monuments Historiques depuis 1982, tous les architectes qui doivent entreprendre des travaux à proximité doivent prendre son existence en compte et modifier les plans en conséquence. Les « Bains Jean Bart » ne sont malgré tout plus l’ombre que d’eux-mêmes…


Que faire des Bains Dunkerquois ? Les abattre reviendrait à priver le Dunkerquois d’un beau souvenir de son patrimoine ? Les restaurer à l’identique ? En tout cas, dans l’état actuel, il est dommage de les laisser en l’état alors qu’ils sont une des premières bâtisses que l’on rencontre en entrant dans le centre-ville… et parfois un crève-cœur pour les amoureux du patrimoine.

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