le feuilleton de la citadelle de Lille continue
Quelques articles de presse pour qui n'aurait pas suivi...
La citadelle privée de classement au patrimoine mondial par l’armée
Le 5 janvier, le Réseau des sites majeurs Vauban (RSMV) était choisi par la France comme candidat à l’inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Parmi les quatorze réalisations retenues, la « Reine des citadelles » fait figure de grande absente. Le fautif ? Le ministère de la Défense, selon le Réseau Vauban
PAR JULIEN LÉCUYER
lille@lavoixdunord.fr
S’il y a une chose sur laquelle tout le monde s’accorde, c’est bien l’absurdité de l’absence de la citadelle de Lille sur la liste transmise à l’UNESCO. Pierre Courmont, de l’association Sauvons le site de la citadelle, se dit « mortifié », tandis que l’association Renaissance du Lille ancien parle de « non-sens patrimonial, comme si l’on décidait d’inscrire (...) l’oeuvre de Gustave Eiffel sans y inclure sa célèbre tour ».
Comment la « Reine des citadelles » a-t-elle perdu sa place aux côtés des forteresses de Besançon, Bazoches ou bien encore Arras ? Les Verts évoquent une brouille entre réseaux (le RSMV et le réseau Septentrion, voir ci-dessous), Alain Monferrand, président du Réseau Vauban, tient une explication bien plus simple : le veto posé par le ministère de la Défense.
« Ne pas voir la "Reine des citadelles" parmi les quatorze sites sélectionnés, alors que c’est un exemple merveilleux et quasi intact de l’art de Vauban, c’était un crève-coeur », souligne Alain Monferrand.Lille avait évidemment été proposée aux experts et aux historiens, sans aucune réserve de leur part.
C’est bien du côté de l’armée que le bât aurait blessé.Il est vrai que le ministère de la Défense travaille depuis quelques années à l’implantation du quartier général du Corps de réaction rapide dans la forteresse. Il n’était pas question pour la Grande Muette de voir son dossier retoqué par les quatorze nations parties prenantes pour cause d’incompatibilité avec la démarche d’inscription à l’UNESCO. En outre, avec l’arrivée d’un commandement de l’OTAN, la citadelle devient un site sensible pour l’armée.
« L’UNESCO refuse ces propositions, note Alain Monferrand. C’est d’ailleurs pour cette raison que les Invalides ne sont pas classés et que l’armée a refusé qu’on inscrive sur la liste les fortifications de Bayonne, où stationnent les forces spéciales.» Refusée par deux fois, la citadelle reste sur le quai.
« Ça nous a dépassés complètement, soupire le président du Réseau Vauban, qui rejette les insinuations des Verts : « On aurait aimé davantage de villes du Nord, mais certaines, comme Le Quesnoy et Maubeuge, ont plus ou moins signifié qu’elles ne pouvaient pas nous rejoindre du fait de leur appartenance au réseau Septentrion. » La citadelle de Lille pourrait malgré tout profiter de l’engouement pour Vauban si d’aventure le dossier français était retenu par l’UNESCO. « Les experts se pencheront sur la façon dont nous dynamisons le réseau. C’est notre intérêt de servir de tête de pont aux 150 sites Vauban en France.
La Voix du Nord – édition Lille – 21-01-2007
Bernard Derosier :
« Nous serons prêts dans un an pour proposer la citadelle à l’UNESCO »
Bernard Derosier, président du conseil général du Nord qui mène le réseau Septentrion des villes bastionnées, se donne un an pour faire aboutir la candidature de la citadelle de Lille au patrimoine mondial de l’UNESCO.
« Pas frustré du tout », Bernard Derosier, président du conseil général du Nord, a accueilli avec une relative indifférence la nouvelle de la non-inscription de la citadelle de Lille sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO (notre édition de dimanche-lundi). Interrogé, hier, à la préfecture, l’élu a rappelé que la démarche du réseau Septentrion, créé il y a trois ans, visait, avant tout, à associer une vingtaine de villes sur des bases plus larges que celles de l’architecture Vauban et à défendre leur candidature à l’UNESCO.
« Septentrion vise à faire apparaître le passage entre villes fortifiées et villes actuelles », explique-t-il. Une démarche, selon lui, qui n’a pas subi de coup d’arrêt, malgré le dossier déposé par le Réseau des sites majeurs Vauban. « Nous continuons. De toute manière, nous n’étions pas prêts. Il reste au moins un an de travaux. » Et d’ajouter que le changement de ministre de la Défense pourrait servir son dossier.
Bernard Derosier réfute, par ailleurs, toute brouille entre réseaux. « Il y a des gens qui ont sauté sur l’occasion du tricentenaire de la mort de Vauban pour lancer leur réseau », dit-il. Bernard Derosier dédouane également la mairie de toute responsabilité. À la différence de l’association Sauvons le site de la citadelle qui maintient ses critiques contre l’hôtel de ville, accusé de ne pas s’être préoccupé suffisamment de la question.Le gouverneur militaire de Lille, le général de brigade Jean-Paul Monfort, s’étonnait quant à lui, hier, des raisons données par Alain Monferrand, président de l’association Vauban (et non, comme nous l’écrivions dimanche, du Réseau des sites majeurs Vauban) pour la non-inscription de la citadelle sur la liste du patrimoine mondial. Le général Jean-Paul Monfort dit attendre des informations du ministère*. • J. L. >
(*) Dans l’édition de dimanche-lundi, nous titrions « La citadelle privée de classement au patrimoine mondial par l’armée ». Pour être précis, c’est « par le ministère de la Défense » qu’il fallait entendre
La Voix du Nord - édition de Lille - 23-01-2007
EXPLICATIONS
La Défense confirme avoir refusé l’inscription de la citadelle de Lille au patrimoine mondial
Le ministère de la Défense a confirmé hier avoir refusé que la citadelle de Lille soit inscrite sur la liste de candidature au patrimoine mondial de l’UNESCO.On pensait que la confirmation viendrait de la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives, dont les experts avaient participé aux réunions de préparation de la liste soutenue par le Réseau des sites majeurs Vauban. C’est finalement de plus haut qu’est venue la nouvelle.
Hier, la Délégation de l’information et de la communication de la Défense (DICOD) a confirmé le témoignage d’Alain Monferrand, président de l’Association Vauban, que nous donnions dimanche.« Perturbateur » La citadelle de Lille a été refusée une première fois, par lettre officielle de la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie au maire de Besançon, président du Réseau Vauban, le 31 mai 2005. Refus réitéré lors des réunions d’experts le 15 décembre 2005 et le 31 mars 2006, du fait de l’implantation du quartier général du corps de réaction rapide de l’OTAN.
« En ce moment, justifie la DICOD, le quartier général monte en puissance. Nous sommes dans une phase sensible du fait de l’attente, fin mars, de la certification OTAN ». « Ça (l’inscription) pouvait être perturbateur », poursuit-on sans expliquer en détail la nature des perturbations.La DICOD ajoute cependant que « le ministère a proposé cinq sites » pour le classement : Mont-Louis, Mont-Dauphin, Briançon, Saint-Vaast-la-Hougue et surtout Arras qui, selon elle, présentait « le même type d’architecture Vauban de plaine » que la citadelle de Lille.
Il est peu probable qu’une seconde démarche du Réseau Septentrion, dans un an, puisse trouver une issue plus favorable. À plus long terme, le ministère est moins péremptoire : « Ça peut être réétudié. Il faut que toutes les parties prenantes soient d’accord. Si problème il y a, c’est pour la sécurité. La place est porteuse d’une sensibilité particulière. » Mais la DICOD maintient : « L’activité militaire n’est pas un frein. » On a connu preuve plus convaincante. • J. L
La Voix du Nord - édition de Lille - 24-01-2007
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