mardi 22 avril 2008


La cathédrale d'Arras s'élève de toute sa hauteur, affichant sa façade baroque, collée à l'abbaye saint-Vaast.

lundi 21 avril 2008

dans les couloirs de l'Abbaye st-Vaast d'Arras

En entrant dans le vestibule du musée arrageois, l'ancienne girouette du beffroi de la cité atrébate, un lion de belle taille, accueille le visiteur.


L'imitation de la statuaire antique n'est pas toujours mauvaise chose quand l'on regarde cette belle romaine, pourtant bien récente au regard de la longue histoire de la statuaire...

Loin des canons esthétiques de l'époque, les formes de la belle sont éloignées des beautés callypiges que l'on croise dans les couloirs des salles de musées...


Qui n'aurait alors aimé voir la belle s'éveiller au jour dans un mouvement gracieux mettant ses formes généreuses en valeur?


Au centre d'une salle du musée d'Arras, un faune s'amuse avec sa coupe, jouant à l'échanson.


Moment de tendresse pour Hercule...

Saint-Michel, l'archange chef des milices célestes, n'en finit pas de terrasser le démon...

avec tout l'amour d'une mère

Pleine de compassion, les traits fins, l'attitude profondément pieuse de cette Vierge transcende le calme des couloirs de l'abbaye saint-Vaast d'Arras.




Vraisemblablement artésienne, cette descente de croix traduit une piété populaire réelle dans une région frappée au XVIe siècle par les querelles religieuses.

Une Vierge à l'enfant capte l'attention de celui qui déambule dans le cloître de saint-Vaast.




Et Marc-Aurèle, l'Empereur-philosophe veille sur la tranquillité des couloirs de l'abbaye saint-Vaast d'Arras.


Disparus longtemps parce que volés, les anges de Saudemont sont des pièces magnifiques qu'il faut prendre le temps d'admirer et dont la finesse de l'expression ne sont pas sans rappeler l'ange au sourire de la cathédrale de Reims.

Bien que de petite taille, cette mise au tombeau n'en est pas moins émouvante par la finesse des détails et l'expression des personnages qui la composent.

Certainement une des pièces maîtresses des collections antiques d'Arras, la statue de Mithra en porphyre rouge fut découverte presque par hasard. Arras possédait le seul temple d'Athis au nord de la Loire sur le sommet de la colline de Baudimont, avec de superbes fosses tauroboliques (comme à Lectoure). En travaillant sur le plan de masse des fouilles, l'archéologues Alain Jacques trouva bizarre de trouver des morceaux de porphyre rouge disséminés un peu partout sur le site et finalement, les assembla pour trouver la seule statue de Mithra, dieu oriental, en prophyre rouge de tout l'Empire, brisée lors des querelles iconoclastes du IVe siècle...

samedi 19 avril 2008

CALAIS Le plus grand voilier navigant en France fait escale jusqu’à demain.

Il se nomme Le Belem et affiche 34 mètres de haut pour 58 mètres de long, ce qui fait de lui un « petit grand voilier » si on le compare au Sedov, le plus grand du monde (110 mètres de long). Le Belem est en tout cas le plus grand vieux gréement navigant de France, classé monument historique en 1984. Amarré depuis hier au port de Calais, il n’y restera que très peu de temps. Juste assez pour permettre aux visiteurs qui auraient envie de monter à bord de le faire aujour- d’hui. Demain, le trois-mâts repartira déjà pour de nouvelles contrées, direction Fécamp avant une grande virée au Québec, prévue cet été. Il ne reviendra plus dans la région cette année.
in LA VOIX DU NORD édition régionale du 19 avril 2008

mercredi 16 avril 2008

vu comment c'est parti... Notre prochain Noël !


l'enfer de Dunkerque

Du haut du beffroi, la ville martyrisée par les bombes déroule son tapis de ruines soumises aux vent et à la désolation.

Et Trystram de contempler les ruines de la ville pour laquelle il a tant oeuvré.


Dans la ville fantôme, vidée et ruinée, les Allemands découvrent les quais abandonnés, les décombres de la cité portuaire et sont désormais chez eux. Le quai des Hollandais ne résonne plus que du bruit des bottes.


Le chasseur 9 et le Port de Beyrouth gisent abandonnés sur le sable dunkerquois, témoins de l'aprêté de la bataille de juin 40.

Le Devonia, superbe ferry à aubes, ne connaît pas la chance du Princess Elizabeth, il repose sur la plage de Dunkerque, encore armée de ses canons, vide d'occupants. Il en reste quelques traces car, quand la mer se retire, l'on peut encore voir le fond de sa coque emprisonnée par les sables...


Tout à leur victoire, les Allemands découvrent vite le gigantesque capharnaüm laissé par les troupes alliées sur la plage de Dunkerque une fois l'opération Dynamo terminée.

Triste fin pour le chasseur 9 laissé sur le sable, victime des assauts allemands contre les troupes qui cherchaient à quitter l'enfer de Dunkerque.


Tel un animal mortellement blessé, la carcasse déchirée de l'Adroit git sur le sable avec pour seuls compagnons les reliques de la débacle de juin 1940.


Dans la ville jetée à bas, seuls émergent des flots calmes les mats des bateaux de peche coulés par les avions allemands désireux de piéger les anglais sur les plages de Dunkerque.


Avec la marée haute, le port dunkerquois voit recommencer le ballet des navires chargés de produits vitaux pour la bonne marche de ses usines.


Un peu de vent, quelques rayons de soleil il n'en faut pas plus pour se décider à arpenter le sable dunkerquois...

dimanche 13 avril 2008


Et voilà la seule présence qui vient profiter du tumulte des vages qui meurent violemment sur les roches au pied de la falaise du Blanc-Nez.

Les embrassades de la mer et des roches au pied du cap Blanc Nez font de beaux enfants : des galets de toutes les couleurs, si parfaitement polis, qu'ils font la joie des enfants.

Parfois, la mer prend des airs de cascades en se jouant des pièges de la côte.


Rien de moins que le ressac qui n'arrive même pas à faire trembler les rochers.


Et la mer, sans cesse, vient contester à la terre sa seule présence.

samedi 12 avril 2008


Comme au pied du Blanc-Nez, la côte d'Opale garde les stigmates d'un mur sans utilité, vestige d'une guerre depuis longtemps terminée.


Le soleil et l'eau jouent au pied des falaises de craie marneuse du Blanc-nez...


Et la Manche aux vagues avides, vient frapper la falaise, grignotant chaque jour un peu plus la côte dont elle arrache des pans entiers.


Entre les blanches falaises du Blanc-Nez et les albes côtes anglaises, les ferries glissent lentement sur l'onde calme.


Au cap Blanc-nez, la terre prend fin brutalement.


curieux mois d'avril où la neige saupoudre les collines d'Artois, leur donnant de faix airs de montagnes hivernales.

dimanche 6 avril 2008

réminiscences lilloises


Idéale pour une pause dans les doux soirs d'été, la place du concert est toujours sous la haute bienveillance du Maire André, héros lillois au même titre que le Capitaine Ovigneur.


Depuis longtemps détruit, le Pont Napoléon enjambait le canal de dérivation de la Deûle qui détacha définitivement la citadelle de la ville à partir de 1750. Portant les noms des batailles de l'Empire, il permettait de passer facilement le canal. La municipalité serait bien inspirée de le restaurer, lui rendre son lustre tant les lieux sont encore charmants à certaines heures de la journée.


Certainement la plus célèbre figure lilloise; la dentellière de Desrousseaux et son "petit quinquin", aussi connu que l'ami Bidasse, originaire de la ville d'Arras, chef-lieu du Pas-de-Calais !

Haut lieu de promenades à la belle époque, le Parc Vauban est toujours prisé des Lillois, profitant des allées bordées de belles frondaisons.

curieuse destinée du magnifique hôtel de l'Intendance de Flandre Gallicante à Lille. parmi les plus beaux exemples du goût français, il fut avant la Grande Guerre le siège du Grand Quartier Général et est occupé aujourd'hui par l'évêché de Lille, fondé en 1913.

de là-haut tout là-haut


A Lens, un stade en rouge et or, avec des supporters qui savent se tenir, qui viennent pour la fête, qui la célébrent en famille. Certainement un des meilleurs club pour la qualité de ses supporters, bien loin des ignominies parisiennes, qui communie dans la joie, les chants et les cris (sans contestation, l'auteur de ces pages peut d'autant plus se permettre de le dire parce qu'il n'aime pas le foot)...
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avec l'aimable autorisation de M. Philippe Frutier
voir son livre "Le Nord-Pas-de-Calais à tire d'aile" dans les messages du 28 décembre 2007
http://5962tiredaile.canalblog.com/


Sur les falaises d'Escalles, face à l'Angleterre, des vestiges du Mur de l'Atlantique ponctuent la côte.
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avec l'aimable autorisation de M. Philippe Frutier
voir son livre "Le Nord-Pas-de-Calais à tire d'aile" dans les messages du 28 décembre 2007
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A Dunkerque, les maraîchers de Rosendaël dessinent de curieuses formes géométriques avec leurs serres et leurs champs bien délimités.
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avec l'aimable autorisation de M. Philippe Frutier
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A Duisans, les crop-marks révèlent un fanum gallo-romain, temple rural typique des nations gauloises, aujourd'hui perdu dans les champs et dont ne subsiste plus qu'un fantôme révélé par la végétation.
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avec l'aimable autorisation de M. Philippe Frutier
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A Arras, la "belle intutile" continue de veiller sur les habitants de la ville mais le régiment qui l'occupe - le 601e RCR - semble menacé par les restructurations de la Défense. Coup du sort pour le Quartier Turenne qui pourrait malheureusement se vider, mettant fin à trois siècles de tradition.
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avec l'aimable autorisation de M. Philippe Frutier
voir son livre "Le Nord-Pas-de-Calais à tire d'aile" dans les messages du 28 décembre 2007
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géométrie simple des quartiers ouvriers d'Armentières où, comme pour parer au froid et aux coups de la vie, les maisons se pressent les unes contre les autres pour mieux se protéger des vicissitudes de la v ie.
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avec l'aimable autorisation de M. Philippe Frutier
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jeudi 3 avril 2008

Gorges Motte et les «vingt mille de Radinghem»

Dans un ouvrage paru au sortir de la Grande Guerre, le livre «Les vingt mille de Radinghem» est un témoignage poignant d’un Roubaisien, Georges Motte, qui obéissant à l’ordre d’octobre 1914 d’évacuer Roubaix avec les hommes valides se retrouve en pleine tourmente. Avec ses compagnons d’infortune partis comme lui rallier Gravelines, il est fait prisonnier par les Uhlans et entame une longue captivité.
Pris à Radinghem, il est dirigé sur Carvin puis Douai où un train l’emmène à Meersburg, près du lac de Constance. Sa captivité le mène aussi au château de Celle, à quelques kilomètres de Hanovre. Entre son arrestation et son retour à Roubaix par la Belgique occupée, il dresse des tableaux aussi effroyables qu’humains en décrivant ses conditions de détention, ses compagnons de captivité tant soldats que civils, le quotidien du prisonnier, les différentes nationalités qu’il côtoie, les bassesses comme les gestes grandioses…

Nous livrons donc au lecteur les premières pages de son ouvrage relatant sa fuite à travers les Weppes jusqu’à son arrivée entre une escorte prussienne à Carvin, première étape de sa longue détention qui le tient éloignée de son foyer jusqu’à la fin de 1915…




I. L’ordre d’évacuation

Reportons-nous au vendredi 9 octobre 1914, quand à une heure, parvint à la mairie de Roubaix l’ordre d’évacuation pour tous les hommes valides. Il fallait, sur l’instant, les Allemands approchant, quitter Roubaix et se diriger sur Gravelines selon un itinéraire qui nous serait communiqué à Lille. L’ordre, tout imprévu qu’il fût, n’avait rien de surprenant à première vue, même visant les non-mobilisables. A quoi bon, en effet, s’exposer à être emmené en Allemagne en captivité, comme tant d’autres d’Amiens, de Cambrai, de Valenciennes ? Ne valait-il pas mieux s’écarter pendant quelques jours, pour revenir une fois le flot passé, reprendre ses occupations. Nous ignorions tout de la situation réelle, nous ignorions que déjà le dimanche 4, quand on avait fait évacuer les autos (pourquoi pas les hommes en même temps ?) vers Saint-Omer, certaines de ces autos avaient essuyé des feux de la part des Allemands ; que depuis, Lille était déjà presque encerclé, et que nous allions de façon presque certaine, nous jeter dans la gueule du loup, en essayant de passer par le Nord.
Bref, mis au courant par l’agitation de la rue, de la nouvelle qui vient d’arriver, je me précipite à la Mairie où tout le monde semble avoir perdu la tête, pour avoir une confirmation : l’ordre est formel, tous les hommes valides sans exception doivent partir. Je n’hésite pas, mais je relève d’une maladie qui m’a tenu quinze jours au lit, et je n’aurai même pas la force, je pense, d’aller à Lille à pied. L’usage de la bicyclette m’est encore défendu par le docteur, il faut donc que je trouve place sur un véhicule quelconque. J’ai bientôt de la chance, en faisant mes achats de provisions de bouche pour la route, de rencontrer un aimable fournisseur qui consent à me prendre en supplément sur sa carriole.
Une heure après avoir été avisé de l’ordre de départ, mon petit bagage est fait, mes adieux à ma famille terminés et je monte en famille.




II. L’évacuation sur Lille

Notre voiture s’ébranle au milieu d’une agitation et d’une cohue bien difficiles à décrire. Toute la population est dans la rue, presque tous les hommes s’en vont, et femmes et enfants se pressent autour d’eux pour des adieux émouvants.
Chacun s’est muni d’un léger sac ou d’une petite valise ; la plupart s’en vont à pied, un assez grand nombre en bicyclette, enfin des voitures de tout genre, charrettes garnies de bancs, grands camions d’usines garnis de chaises, sur lesquels s’entassent parfois vingt ou trente voyageurs, tous les véhicules qui n’ont pas été réquisitionnés sont aujourd’hui mobilisés et prennent de la direction de Lille.
Le véhicule sur lequel j’ai trouvé place est une modeste charrette à deux roues où nous trouvons six voyageurs tassés les uns contre les autres.
Nous nous trouvons englobés dans une colonne interminable dont l’écoulement devait durer jusqu’à la nuit.
Le parcours jusqu’à Lille est assez lent à cause de l’encombrement des routes, si bien que nous n’arrivons à Lille qu’à l’obscurité tombante. Hésitant encore si nous allons continuer notre voyage dès le soir, nous voyons alors des groupes revenir vers la grande place de Lille, disant que les autorités ont fait fermer la porte de Béthune par laquelle nous devions nous engager, puis aussi que des Uhlans ont été aperçus aux environs. Bref, il ne paraît pas prudent de cheminer la nuit.
Nous allons donc chercher un logement où nous pouvons, ce qui n’est pas commode car la ville est encombrée de fuyards. Je trouve à me loger à l’hôtel de l’Europe où je prends le dernier repas confortable avant bien des mois et où pour la dernière fois aussi je couche dans un lit.
Le samedi matin, dans l’obscurité, par un temps sombre et triste, dans le brouillard glacial, notre groupe se reforme sur la grande place de Lille. Nous nous dirigeons d’abord vers la Préfecture pour savoir si l’ordre d’évacuation reste maintenu et de recevoir, s’il y a lieu, de nouvelles instructions. Bientôt la foule est nombreuse autour du monument où nous cherchons en vain à qui parler. Nous perdons dans cette attente des moments qui auraient été bien précieux, comme on le verra plus loin. Enfin paraît M. Delesalle, maire de Lille et bientôt de bouche en bouche, est communiqué le nouvel itinéraire : il faut marcher vers l’ouest sur Laventie, nous dit-on, puis de là, remonter au Nord sur Gravelines. Fâcheux conseil, car si nous avions pris au plus court, droit sur Armentières, nous passions dans l’espace libre entre les deux pinces qui allait se refermer.
Enfin, nous voilà en route, il est 7 heures. Nous grelottons de froid sous le brouillard qui tombe, quand, d’une maison près de laquelle nous faisons un arrêt, on nous apporte charitablement une couverture qui est la bienvenue.
Nous traversons Loos, puis Haubourdin, où nous déjeunons rapidement comme nous pouvons, nous étant procuré, non sans peine, un pain entier et de la bière.
A 8 heures ½ nous marchons sur Erquehem-le-Sec ; alors engagés sur une étroite route de campagne, tout à coup, nous voyons apparaître des soldats et rangeons aussitôt la voiture dans un champ pour les laisser défiler. En tête se présentent les artilleurs du 47e, je crois, avec deux canons, puis des fantassins des 7e et 8e territoriaux. Quelques compagnies paraissent absolument harassées. Derrière elles des chasseurs à cheval, ceux de l’active, et bien alertes, puis enfin quelques goumiers montés sur de petits chevaux arabes fringants richement harnachés. Cela faisait au total 2.700 hommes qui allaient pendant deux jours arrêter l’armée allemande en marche sur Lille.



III. La bataille de Radinghem

Nous venons de croiser les troupes se dirigeant sur Lille. A nos ovations, les cavaliers répondent en nous criant : Avancez, la route est libre. Pourtant nous n’avions pas encore quitté les derniers goumiers que nous voyons quelques flanc-gardes, sur un appel, se rassembler, galoper à travers les champs, puis se disperser et se dissimuler les uns derrière des buissons, les autres derrière des meules de paille pour observer avec soin l’horizon. Cette manœuvre n’est pas sans nous causer quelque inquiétude ; pourtant, après les paroles rassurantes que nous venons d’entendre, nous nous décidons à avancer sur un terrain que nos troupes viennent de quitter. Nous parcourons environ un kilomètre, nous classant peu à peu dans les premiers de la colonne des évacués.
Tout à coup, des cyclistes isolés, reviennent vers nous, pédalant à toute vitesse, et semblant saisis de panique. Impossible d’obtenir d’eux un renseignement au passage ; ils fuient aussi vite qu’ils le peuvent, parmi nos groupes de plus en plus serrés.
Nous continuons donc à avancer, maintenant presque seuls, car le gros de la colonne a rebroussé chemin pêle-mêle, après l’alerte donnée par les cyclistes. Nous sommes maintenant dans le village de Radinghem dont nous dépassons l’église. Une route vient couper perpendiculairement celle que nous suivons et nous approchons du carrefour, quand un cavalier allemand traverse ce carrefour au galop, venant de notre gauche et continue vers la droite. Nous comprenons avec terreur qu’il est trop tard, et que nous allons être cernés. A moins que ce cavalier n’annonce qu’une simple patrouille de reconnaissance, et qu’après le passage de celle-ci, si nous ne sommes pas vus, nous puissions encore nous échapper !
Essayons donc de nous cacher ! Précisément, nous sommes près d’une maison qui semble abandonnée, et, à côté de cette maison, dans une cour dont la porte est grande ouverte, se trouvent des hangars, écuries et remises, où nous pourrions nous dissimuler. Nous nous y jetons au trot de notre cheval, puis sautant à terre, nous claquons la porte d’entrée derrière nous, poussons la voiture dans un coin et nous nous cachons dans l’écurie, en silence. Le calme s’est fait autour de nous, et de tous les piétons qui suivaient nous n’entendons plus personne arriver ; tous ont dû prendre la fuite.
Soudain un coup de feu, puis un galop de cheval dans la rue. Puis le silence. Au bout de quelques minutes, je sors de ma cachette pour me rendre compte de la situation. Je jette un coup d’œil dans la propriété qui nous a servi de refuge ; elle est complètement abandonnée ; je m’avance prudemment dans le jardin, et à travers les haies de clôture, j’aperçois deux ou trois cavaliers allemands galopant à travers champs, et semblant chercher l’ennemi soudain évanoui.
A nouveau quelques coups de feu isolés à proximité, puis, tout à coup, le crépitement si caractéristique des mitrailleuses se fait entendre à quelques cent mètres de l’endroit où nous sommes. Je m’attends à ce que les Allemands qui doivent s’être approchés de nous ripostent et nous prennent entre deux feux.
Le danger, toutefois nous l’avons vu presque aussitôt après, n’était pas pour nous car l’action s’est déroulée sur notre gauche, mais beaucoup de nos compagnons furent dans la situation que j’avais redoutée pour nous-mêmes. Surprise en tête par l’arrivée des cavaliers allemands, ne pouvant reculer, la foule se porta vers les troupes françaises mais n’eut pas le temps de s’abriter derrière elles. La panique se mit parmi elles ; hommes, femmes, enfants, se réfugièrent en masses dans les maisons environnantes ; mais la plus grande partie, au moment où les mitrailleuses commencèrent à parler, bientôt suivies par la canonnade, n’eut d’autre ressource que de se terrer dans les fossés de la route, ou même dans les champs de betteraves ou de choux, en proie à la plus compréhensible des terreurs, au milieu des balles qui venaient de tous les côtés.
Après quelques minutes de canonnade et de fusillade, nous sommes un peu rassurés pour notre existence en constatant que nous ne sommes pas dans le rayon de l’action. Nous n’entendons près de nous que le galop des cavaliers isolés qui passaient sur la route sans ralentir, et peu à peu nous reprenons un léger espoir de pouvoir échapper, si, après la bataille qui semble cesser, les Allemands reculent, ou même si suivant la colonne française, ils s’éloignent de nous. Vain espoir ! Tout d’un coup, au lieu d’un bruit de galop, nous entendons le trot moins pressé d’un cheval que son cavalier arrête à maintes reprises, sans doute pour inspecter les environs. Ce cavalier stoppe malheureusement juste à notre porte, et se hissant sur ses étriers, il aperçoit dans la cour une voiture abandonnée.
Aussitôt, à ses cris de triomphe, aux coups de lance qu’il donne dans la porte, nous comprenons qu’il n’y a plus rien à faire. Nous nous montrons. La porte ouverte, il nous chasse sur la grand’route, nous donne l’ordre d’attendre et, premier soin, va inspecter nos valises sur la voiture. Ma valise, contenant quelques conserves appétissantes, et du linge neuf, a l’honneur d’être attachée à sa selle. Un autre honneur m’était encore réservé par mon vainqueur, qui, voulant avoir fait un prisonnier de marque, me demanda dans son « baragouin » si j’étais le « bourgmestre », après quoi, il me pria, aimablement du reste, de lui offrir un cigare, et se saisit de mon étui, en voyant qu’il était bien garni.



IV. Première étape : de Radinghem à Carvin

Au bout de quelques minutes, notre Uhlan, après avoir pris dans nos sacs tout ce qui pouvait l’intéresser, nous pousse devant lui sur la route, la lance en arrêt. Nous rebroussons chemin vers Radinghem. Il est 10 heures du matin, et le soleil qui perce enfin le brouillard, nous permet de voir un spectacle émouvant.
De tous les points de l’horizon apparaissent des groupes de civils, hommes, femmes, enfants, pourchassés par des soldats allemands ; il en sort de toutes les routes, de tous les sentiers, de toutes les maisons. Partout se voient les traces de la panique qui s’est produite ; des bicyclettes abandonnées par vingtaines dans les fossés, contre les maisons, des valises de toutes dimensions abandonnées par les fuyards ; des cannes, des chapeaux sont semés de ci de là.
Les femmes et les enfants s’approchent des officiers, et essaient, mais en vain, de les apitoyer. Vite et brutalement, nous sommes massés puis mis en colonne par quatre, et houp ! au pas de gymnastique ! Il s’agit de mettre en sûreté le précieux butin ! Et, comme les Français ne sont peut-être pas loin, il n’y a pas une minute à perdre ; il faut faire de la vitesse. Nous marchons et nous courons tour à tour à travers champs.
A l’abri derrière une ferme, nous voyons un brillant état-major, un général, je crois, avec son porte-fanion, et ses officiers, dont l’un braque sur nous un gros revolver, en répétant à chaque instant : « Pas un mot ! Pas un geste ! » pendant qu’on nous fait entrer dans un chemin creux qui conduit dans une autre direction que celle suivie jusqu’alors.
Pendant une heure au moins, nous marchons à toute allure, principalement au pas de course, talonnés par nos gardiens, qui distribuent les coups de lance dans le dos à ceux qui ralentissent le pas.
Ce n’est qu’un peu plus tard, quand nous sommes arrivés à Fournes, localité occupée par les troupes allemandes, qu’il nous a permis de ralentir un peu notre allure essouflante. C’est là que nous avons eu la première impression d’une ville sous l’occupation allemande.
A l’entrée de la ville se trouve un château ; sous les arbres de l’allée, des soldats attablés buvaient le champagne au goulot ; la ville paraissait morte et déserte, tous volets fermés aux maisons et les habitants apeurés se cachaient. Un autre groupe de prisonniers venant d’une autre direction vient grossir notre colonne, et après quelques instants d’arrêt, nous reprenons notre marche.
Peu après Fournes, nous commençons à voir les traces de récents combats. Ce sont d’abord des cadavres de chevaux abandonnés et gisant sur la route, les membres raidis, des carcasses de bœufs qui avaient été dépecées et dont les os et la peau avaient été laissés sur place ; puis, plus loin, des meules de blé fumant, les unes réduites en un monceau de cendres, d’autres ayant conservé après l’incendie leur forme et presque leur volume ; plus loin ensuite des maisons aux toitures trouées puis d’autres incendiées dont il ne restait que les murs. A gauche de la route, un grand moulin à vent brûle encore et sur une grosse poutre en flammes, un soldat allemand, dans une énorme poêle, fait cuire une omelette de Gargantua.
Après trois heures de marche rapide, et un trajet que j’estime à 16 ou 18 kilomètres, nous sommes, semble-t-il, sortis des régions dangereuses pour les Allemands, car on nous autorise à nous arrêter un quart d’heure. Nous nous laissons tomber le long du chemin, et nous nous étendons sur les talus ; je me souviens qu’en sautant dans un fossé pour m’asseoir sur le talus, je découvris sous mes pieds une cuirasse française cachée sous un tas d’herbes.
Pendant ce repos si nécessaire, la plupart de mes compagnons commencèrent à toucher à leurs provisions de route, mais pour mon compte, dépouillé comme je l’ai dit des miennes, je ne pus que les regarder manger.
Notre marche, recommencée bientôt, devait encore pour ce premier jour durer quelques heures, sans incident heureusement, et un peu moins pressée qu’au début ; du reste, la fatigue commençait à être grande chez des gens aussi peu entraînés que nous l’étions généralement ; car, j’insiste sur ce point, notre foule ne comprenait alors que des hommes non mobilisés jusqu’alors, parce que débiles : ou trop jeunes ou trop vieux.

mardi 1 avril 2008

du mois d'avril 2008

Avril partage avec Février la particularité que l’étymologie de son nom fait référence à une action : «aprire» «ouvrir» alors que les autres mois puisent leurs origines soit dans le nom d’un dieu auquel ils sont consacrés ou dans leur numéro d’ordre dans le premier calendrier romain.
Avril, aprilis, était consacré à Cybèle, déesse de la terre et de la force reproductrice chez les Romains.
Certaines sources et non des moindres disent que le mois était consacré à Vénus ou Aphrodite, tels ces vers du célèbre Ovide :

«Que n’ose pas l’envie à Vénus :
Des jaloux vous disputent ce mois qui n’appartient qu’à vous ;
On veut, que du retour des beaux jours du printemps avril ait pris son nom !
Mais l’aimable immortelle revendique ses droits sur la saison nouvelle.
Vénus, âme puissante anime l’univers.
Son empire s’étend sur des êtres divers ;
Et de la terre aux cieux, sa ceinture féconde
De vie et de bonheur environne le monde»
Les Fastes d’Ovide.

Avril, c’est le mois du renouveau, du printemps qui se fait attendre, et le mois d’une intense activité agricole. Pendant de longs siècles il a ouvert le début de l’année. De fait depuis l’équinoxe de printemps, le 20 mars cette année, le soleil a franchi l’équateur céleste au « point vernal », ce qui marque la fin du cycle du zodiaque. De l’élément «eau» : les Poissons, nous sommes passés avec Avril dans un élément de «feu» avec le Bélier. Dans le rapprochement avec la sortie du signe des poissons, certains trouvent une explication aux fameux «poissons d’avril» Je préfère une explication plus «historique».
Lors d’un voyage organisé par Catherine de Médicis pour «asseoir» l’autorité royale de son jeune fils de 14 ans, Charles IX, on fit le constat d’une grande diversité dans les dates marquant le début de l’année. Le diocèse de Lyon, faisait débuter l’année à Noël, mais à Vienne, tout à côté, l’année commençait le 25 mars pour la fête chrétienne de l’Annonciation. Dans d’autres endroits le début de l’an était le 1er mars comme chez les Romains ; ailleurs c’était à Pâques. Comme la date de Pâques varie selon le calendrier lunaire, on imagine facilement la confusion que cette diversité pouvait engendrer. Pour être le plus clair possible dans la rédaction des actes d’état-civil, il fallait donner plusieurs références comme par exemple cet extrait de la généalogie des rois de France de Bouchet en 1506 : «Charles VII alla a trépas au chasteau d’Amboise le (samedi) 7 avril 1497 avant Pâques ( le 15 avril cette année-là), à compter l’année à la feste de Pasques ainsi qu’on le fait à Paris, et en 1498 à commencer à l’Annonciation de Nostre Dame ainsi qu’on le fait en Aquitaine» Vrai casse-tête pour les historiens !
La Cour qui s’était d’abord installée à Lyon dut fuir la ville à cause d’une épidémie de peste. Elle trouva refuge 50 km plus bas à Roussillon dans le beau château renaissance d’inspiration italienne, construit au XVI ème siècle pour le Cardinal François de Tournon ( 1489 – 1562), fameux diplomate et ministre au service de François Ier.( Ne pas confondre Roussillon en Dauphiné avec le petit village de Château-Roussillon près de Perpignan ! )
Pendant 29 jours, au milieu des fêtes et réjouissances, Catherine de Médicis et ses conseillers, notamment Michel de l’Hospital et Sébastien de l’Aubespine reformulèrent des articles de l’édit de Saint Germain, édit que le Parlement de Paris avait refusé d’enregistrer et qui déjà préconisait de dater les actes publics en faisant commencer l’année au 1er Janvier. Les édits tentaient de jeter les bases d’une administration moderne, mais tous limitaient le pouvoir des notables, des parlements et de l’église au bénéfice du Roi et de la centralisation. Il ne faut pas oublier que le pays venait de vivre la première guerre de religion.

C’est dans ce contexte, et de façon tout à fait accessoire, alors que tous les articles de l’édit concernent la justice et la police du Royaume, qu’on ajouta un article 39 qui établissait que désormais l’année commencerait le 1er Janvier : «Voulons et ordonnons qu’en tous actes, registres, instruments, contrats, ordonnances, édicts, tant patentes que missives, et toute escripture privé, l’année commence doresénavant et soit comptée du premier jour de ce mois de janvier.
Donné à Roussillon, le neufiesme jour d’aoust, l’an de grâce mil cinq cens soixante-quatre. Et de notre règne le quatrième. Ansi signé : » le Roy en son Conseil» Sébastin de l’Aubespine.»


Si on analyse bien cette décision on peut difficilement dire que le jeune Roi en assure la paternité, comme on le voit écrit partout. Il serait plus juste de dire que c’est une décision prise sous le règne de Charles IX qui opère ce changement très important. J’ai écrit dans une chronique de janvier que le choix de cette date est très arbitraire car il ne correspond pas à une échéance liée au cycle des saisons ou de la lune. Le calendrier républicain avait fait un autre choix, pour faire commencer l’année le jour de l’équinoxe, le 22 septembre.
L’édit de Roussillon enregistré dès cette année 1564 par le Parlement de Paris, fut appliqué petit à petit avec plus ou moins de bonheur et beaucoup de réticences. Dès qu’il faut changer les habitudes on sait bien nous les français combien c’est difficile d’évoluer ! La décision est appliquée à Paris en 1567, à Beauvais en 1580. Cela nous amène bien vite à la grande réforme grégorienne de 1582.

Pour donner une explication facile à nos «poissons d’avril» on se plait à raconter que le 1er avril 1565, c'est-à-dire celui qui suivait la décision de Roussillon, les habitants de certaines régions n’acceptèrent pas ce changement et continuèrent d’offrir des cadeaux farfelus de toutes sortes qui devinrent vite des farces, des blagues et des canulars. Selon les corps de métiers, on demandait aux apprentis les moins dégourdis, de ramener «la corde à lier le vent», «la passoire sans trou», «la clef des champs», «le bâton à un seul bout» ou de «l’huile de coude». Voici donc une hypothèse sur l’origine du poisson d’avril. On en trouve d’autres qui n’ont pas plus de fondement que celle-ci.
En Angleterre, le poisson d’avril se dit «april’s fool». C’est l’occasion de faire de nombreux gags. En Ecosse, c’est le traditionnel «hunt the gowk». Gowk c’est le coucou. On envoyait l’idiot du village porter un message ; celui qui le recevait envoyait le messager à une autre personne, et ainsi de suite jusqu’à ce que le messager finisse par ouvrir le message et lise ces mots «chasse le coucou un mile de plus !». Quand il revenait le soir, éreinté d’avoir couru pour rien toute la journée, les farceurs ayant organisé ce tour pendable, se réunissaient pour rire à ses dépens. La personne dupée était appelée «April gowk» «coucou d’avril». Chez nous on dit : «Ce n’est jamais avril si le coucou ne l’a pas dit !» ( Il n’a pas encore chanté dans notre région ! ), mais ce matin du 1er avril un couple de huppes est venu nous rendre visite dans le jardin. Chaque année leur fidélité est un signe pour les prochains beaux jours !

Les Ecossais avaient ainsi beaucoup de plaisir à envoyer des personnes faire des courses idiotes, comme d’aller chercher des «dents de poule» ou du «lait de pigeon» ! Le 2 avril chez eux se nomme «Taily day». Il s’agit de réussir à donner un cadeau à une personne de son choix tout en essayant de lui coller dans le dos un petit panneau où il est écrit «Donnez un coup de pied aux fesses».
En Belgique les enfants ( et même les plus grands !) attachent un poisson en papier dans le dos de leurs camarades, de leurs parents, de leurs professeurs..

En Allemagne, on dit «April april» ou «Aprilscherz» et ce, au moment de faire sa blague ou juste après pour faire comprendre que c’est juste une blague ! Nous pourrions poursuivre notre promenade !

Les dictionnaires consultés, indiquent tous le «poisson d’avril» au sens de plaisanterie, mais aucun ne parle de cadeau ou d’étrennes, encore moins de petit poisson accroché dans le dos ! Tous parlent de promenades et de démarches inutiles qu’on fait faire à quelqu’un pour se moquer de lui. Une forme de bizutage !
La lune et les proverbes nous laissent prévoir un temps d’avril 2008 plutôt maussade, gris et pluvieux, voire froid les deux ou trois jours qui suivront la nouvelle lune du 6 qui sera à ce moment la à son périgée. Et ce sera la fameuse lune rousse. Non pas une lune appelée ainsi à cause de sa couleur, mais parce que à cette période, quand le ciel est dégagé, le thermomètre indique facilement 19, 20, ou même 24° dans la journée ce qui fait que les petites pousses et les fruits en formation se gorgent de chaleur. Quand le soleil se couche, la terre qui met plus de temps à se réchauffer n’a pas encore de chaleur à restituer. Le froid se rétablit très vite. Progressivement une rosée froide recouvre les végétaux. Elle peut devenir glaciale au lever du jour. Le thermomètre indique alors des températures entre 4° ou 0° voire moins. Mais la température ressentie est bien plus basse ; C’est ce que commence à nous indiquer la météo nationale ; c’est le «wind chill» de nos stations météo modernes. Les jeunes pousses sont alors «brûlées» par ce froid, et prennent une apparence de roussi. Les embryons des fruits deviennent noirs. C’est l’effet de la lune rousse. Cette année sa lunaison commence le 6 avril et se terminera le 5 mai, juste quelques jours avant les trop célèbres saints de glace. Il ne faut pas oublier que ces saints de glace sont précédés en avril par les saints cavaliers car leur fête tombe juste après la pleine lune, au plus mauvais moment. Saint Georges le 23, saint marc le 25 avril.
Ces saints sont qualifiés de «gresleurs, geleurs et gasteurs de bourgeons» par Rabelais. Nos dictons disent : «Saint Georges et saint Marc sont répûtés saint grêleurs.» ou encore «Geourgeot, Marquot, Philippot, Crousot et Jeannot, sont cinq malins gaichenots (garçonnets) qui cassent souvent nos goubelots ( gobelets)»

Philippot, Philippe, était le 1er mai et Crousot, c’est la fête qu’on appelait l’exaltation de la Sainte Croix, début mai, alors que Jeannot est la fête de Saint Jean devant la porte latine, c’est à dire le lieu où saint Jean aurait été martyrisé.
On dit pour saint Georges : «Pluie de saint Georges, coupe les cerises à la gorge !» ou encore : «S’il pleut à la saint Georges, de cent cerises restent quatorze». Et aussi : «S’il pleut à la saint Georgeau, n’y aura guignes ni bigarreaux». «S’il pleut le jour de la saint Marc, les guignes couvriront le parc» ou encore : «A la saint Marc s’il tombe de l’eau, il n’y aura pas de fruits à couteau» ; c’est à dire de fruits dont on enlève la peau avec un couteau pour les manger…
On dit que ces saints sont casseurs de gobelets ? Parce que le froid ou la grêle ces jours–là est néfaste pour la vigne, donc au vin, donc aux pichets et aux gobelets. On trouve encore : «Gelée de saint Georges, saint Marc, saint Robert, récolte à l’envers» ; ou pour la saint Robert le 29 avril : «La pluie de saint Robert, du bon vin emplira ton verre.»
Il n’est donc pas surprenant que les vignerons aient pris saint Marc comme saint Patron, bien avant le choix de saint Vincent, du moins dans nos régions méridionales. Cette fête qui est marquée par de grandes festivités, qui marquent le début de l’éclosion des bourgeons de la vigne, moments où ils sont fragiles et sensibles aux variations de la température. Raison de plus de chercher la protection d’un saint et rien de surprenant que les dictons fassent tous allusion aux gobelets pour boire le vin !
Ce jour de saint marc, vers l’an 600, le pape saint Grégoire le Grand, 64ème pape de l’église catholique, instaura une fête connue sous le nom de «litanies majeures», ou selon un rituel strictement le même que celui des «litanies mineures», c’est à dire des Rogations, ( les trois jours avant la fête de l’Ascension ), dans l’objectif de protéger la ville de Rome d’une épidémie de peste qui sévissait alors. On allait en procession dans les champs, au rythme de la mélodie des litanies des saints, invoquant leur protection sur les récoltes, et l’éloignement des famines et de la peste. Alors que les Rogations étaient des prières instaurées par un évêque de Vienne, à la suite d’un gel très important intervenu dans la vallée du Rhône et sur le Dauphiné. Petit clin d’œil à ceux qui nous disent que le gel de fin mars est exceptionnel. Vous avez lu ma chronique sur «li Vaquerieu» !

C’est au cours de la célébration de cette fête des Litanies Majeures qu’eut lieu, en 799, un attentat perpétré par des nobles romains, contre le Pape Léon III accusé de toutes sortes de vices, de crimes, de parjure, de fornication et d’adultère. On lui crève les yeux, on lui coupe la langue. Mais avec l’aide de quelques fidèles il arrive à s’échapper et il cherche refuge auprès de Charlemagne… Une affaire qui aurait fait grand bruit dans nos médias !
Je note seulement pour prendre quelques précautions qu’il a gelé le 6 avril 1911 un peu partout en France ; qu’il a neigé à Lille le 14 avril 1975 ; Neige et grêle à Bourges le 13 avril 1998 ; gelées en Alsace le 21 avril 1938 et moins 11° en Limagne en 1991…mais aussi sécheresse en 1933 en fin avril, chaleur estivale en 1939 et en 1949 … et bien d’autres exemples pourraient être donnés.

La sagesse paysanne nous dit : «On n’est pas sorti de l’hiver, qu’avril n’ait montré son derrière» et encore : «l’hiver n’est jamais achevé que la lune d’avril ne nous ait houspillés». Alors s’il faut redoubler de prudence et ne pas se découvrir d’un fil, en langue de pays d’oc : «o mès d’obriéou, quittès pas eu piéou» ( une peau !) nous regarderons les bienfaits qu’une bonne pluie peut apporter. On l’attend et ce n’est pas nouveau comme en attestent les proverbes tels : «pluie d’avril emplit le fenil»
«Abrieou a trento, se ploouvie trent’un, farié maou en degun» Avril a trente jours, s’il pleuvait trente et un jours cela ne ferait mal à personne.
«Cy finissent les dits et notables enseignements tout au long et sans rien requérir, mis en lumière par votre serviteur, touchant les origines et curiosité d’avril. Si d’aventure, le lecteur parvenu bénévolement jusqu’à l’explicit, maugrée tant soit peu sur l’insuffisance, incertitude et vanité du présent poisson scientifico-littéraire, l’auteur très humblement, lui recorde qu’icelui ne pouvait être autre chose que poisson d’avril» Théodore de Jolimont 1843

A Diou sias !
Jean Mignot le 1er avril 2008