jeudi 31 juillet 2008

Les Pays-Bas Français et la Guerre de succession d'Espagne vus par Voltaire

Louis XIV, qui, dans ses prospérités passées, avait fait tant d’efforts pour le père, en fit autant pour le fils dans le temps même de ses revers. Huit vaisseaux de guerre, soixante et dix bâtiments de transport furent préparés à Dunkerque. (Mars 1708) Six mille hommes furent embarqués. Le comté de Gacé, depuis maréchal de Matignon, commandait les troupes. Le chevalier de Forbin Janson, l’un des plus grands hommes de mer, conduisait la flotte. La conjoncture paraissait favorable; il n’y avait en Écosse que trois mille hommes de troupes réglées. L’Angleterre était dégarnie. Ses soldats étaient occupés en Flandre sous le duc de Marlborough. Mais il fallait arriver; et les Anglais avaient en mer une flotte de prés de cinquante vaisseaux de guerre. Cette entreprise fut entièrement semblable à celle que nous avons vue, en 1744, en faveur du petit-fils de Jacques II. Elle fut prévenue par les Anglais. Des contretemps la dérangèrent. Le ministère de Londres eut même le temps de faire revenir douze bataillons de Flandre. On se saisit dans Édimbourg des hommes les plus suspects. Enfin la prétendant s’étant présenté aux côtes d’Écosse, et n’ayant point vu les signaux convenus, tout ce que put faire le chevalier de Forbin, ce fut de le ramener à Dunkerque. Il sauva la flotte; mais tout le fruit de l’entreprise fut perdu. Il n’y eut que Matignon qui y gagna. Ayant ouvert les ordres de la cour en pleine mer, il y vit les provisions de maréchal de France; récompense de ce qu’il voulut et qu’il ne put faire.

Quelques historiens ont supposé que la reine Anne était d’intelligence avec son frère. C’est une trop grande simplicité de penser qu’elle invitât son compétiteur à la venir détrôner. On a confondu les temps: on a cru qu’elle le favorisait alors, parce que depuis elle le regarda en secret comme son héritier. Mais qui peut jamais vouloir être chassé par son successeur?

Tandis que les affaires de la France devenaient de jour en jour plus mauvaises, le roi crut qu’en faisant paraître le duc de Bourgogne son petit-fils, à la tête des armées de Flandre, la présence de l’héritier présomptif de la couronne ranimerait l’émulation, qui commençait trop à se perdre. Ce prince, d’un esprit ferme et intrépide, était pieux, juste, et philosophe. Il était fait pour commander à des sages. Élève de Fénelon, archevêque de Cambrai, il aimait ses devoirs: il aimait les hommes; il voulait les rendre heureux. Instruit dans l’art de la guerre, il regardait cet art plutôt comme le fléau du genre humain et comme une nécessité malheureuse, que comme une source de véritable gloire. On opposa ce prince philosophe au duc de Marlborough: on lui donna pour l’aider le duc de Vendôme. Il arriva ce qu’on ne voit que trop souvent: le grand capitaine ne fut pas assez écouté, et le conseil du prince balança souvent les raisons du général. Il se forma deux partis; et dans l’armée des alliés il n’y en avait qu’un, celui de la cause commune. Le prince Eugène était alors sur le Rhin; mais toutes les fois qu’il fut avec Marlborough, ils n’eurent jamais qu’un sentiment.

Le duc de Bourgogne était supérieur en forces: la France, que l’Europe croyait épuisée, lui avait fourni une armée de près de cent mille hommes, et les alliés n’en avaient alors que quatre-vingt mille. Il avait encore l’avantage des négociations dans un pays si longtemps espagnol, fatigué de garnisons hollandaises, et où beaucoup de citoyens penchaient pour Philippe V. Des intelligences lui ouvrirent les portes de Gand et d’Ypres: mais les manoeuvres de guerre firent évanouir le fruit des manoeuvres de politique. La division, qui mettait de l’incertitude dans le conseil de guerre, fit que d’abord on marcha vers la Dandre et que deux heures après on rebroussa vers l’Escaut, à Oudenarde: ainsi on perdit du temps. On trouva le prince Eugène et Marlborough, qui n’en perdaient point, et qui étaient unis. (11 juillet 1708) On fut mis en déroute vers Oudenarde: ce n’était pas une grande bataille, mais ce fut une fatale retraite. Les fautes se multiplièrent. Les régiments allaient où ils pouvaient, sans recevoir aucun ordre. Il y eut même plus de quatre mille hommes qui furent pris en chemin, par l’armée ennemie, à quelques milles du champ de bataille.

L’armée, découragée, se retira sans ordre sous Gand, sous Tournai sous Ypres, et laissa tranquillement le prince Eugène, maître du terrain, assiéger Lille avec une armée moins nombreuse.

Mettre le siège devant une ville aussi grande et aussi fortifiée que Lille, sans être maître de Gand, sans pouvoir tirer ses convois que d’Ostende, sans les pouvoir conduire que par une chaussée étroite, au hasard d’être à tout moment surpris, c’est ce que l’Europe appela une action téméraire, mais que la mésintelligence et l’esprit d’incertitude qui régnaient dans l’armée française rendirent excusable; c’est enfin ce que le succès justifia. Leurs grands convois, qui pouvaient être enlevés, ne le furent point. Les troupes qui les escortaient, et qui devaient être battues par un nombre supérieur, furent victorieuses. L’armée du duc de Bourgogne, qui pouvait attaquer les retranchements de l’armée ennemie, encore imparfaits, ne les attaqua pas. (23 octobre 1708) Lille fut prise, au grand étonnement de toute l’Europe, qui croyait le duc de Bourgogne plus en état d’assiéger Eugène et Marlborough, que ces généraux en état d’assiéger Lille. Le maréchal de Boufflers la défendit pendant près de quatre mois.

Les habitants s’accoutumèrent tellement au fracas du canon et à toutes les horreurs qui suivent un siège, qu’on donnait dans la ville des spectacles aussi fréquentés qu’en temps de paix, et qu’une bombe qui tomba près de la salle de la comédie n’interrompit point le spectacle.

Le maréchal de Boufflers avait mis si bon ordre à tout, que les habitants de cette grande ville étaient tranquilles sur la foi de ses fatigues. Sa défense lui mérita l’estime des ennemis, les coeurs des citoyens, et les récompenses du roi. Les historiens, ou plutôt les écrivains de Hollande, qui ont affecté de le blâmer, auraient dû se souvenir que quand on contredit la voix publique, il faut avoir été témoin, et témoin éclairé, ou prouver ce qu’on avance(1).

Cependant l’armée qui avait regardé faire le siège de Lille se fondait peu à peu; elle laissa prendre ensuite Gand, Bruges, et tous ses postes l’un après l’autre. Peu de campagnes furent aussi fatales. Les officiers attachés au duc de Vendôme reprochaient toutes ces fautes au conseil du duc de Bourgogne, et ce conseil rejetait tout sur le duc de Vendôme. Les esprits s’aigrissaient par le malheur(2). Un courtisan du duc de Bourgogne dit un jour au duc de Vendôme: « Voilà ce que c’est que de n’aller jamais à la messe; aussi vous voyez quelles sont nos disgrâces. — Croyez-vous, lui répondit le duc de Vendôme, que Marlborough y aille plus souvent que moi? » Les succès rapides des alliés enflaient le coeur de l’empereur Joseph. Despotique dans l’empire, maître de Landau, il voyait le chemin de Paris presque ouvert par la prise de Lille. Déjà même un parti hollandais avait eu la hardiesse de pénétrer de Courtrai jusqu’auprès de Versailles, et avait enlevé, sur le pont de Sèvres, le premier écuyer du roi, croyant se saisir de la personne du dauphin, père du duc de Bourgogne(3). La terreur était dans Paris.
* * *
Note_1 Telle est l’histoire qu’un libraire, nommé Van Duren fit écrire par le jésuite La Motte, réfugié en Hollande sous le nom de La Hode, continuée par La Martinière; le tout sur prétendus Mémoires d un comte de…, secrétaire d’État. Les Mémoires de Mme de Maintenon, encore plus remplis de mensonges, disent, tome IV, page 119, que les assiégeants jetaient dans la ville des billets conçus en ces termes: « Rassurez-vous, Français, la Maintenon ne sera pas votre reine; nous ne lèverons pas le siège. On croira, ajoute-t-il, que Louis, dans la ferveur du plaisir que lui donnait la certitude d’une victoire inattendue, offrit ou promit le trône à Mme de Maintenon. » Comment, dans la ferveur de l’impertinence, peut-on mettre sur le papier ces nouvelles et ces discours des halle? Comment cet insensé a-t-il pu pousser l’effronterie jusqu’à dire que le duc de Bourgogne trahit le roi son grand-père, et fit prendre Lille par le prince Eugène, de peur que Mme de Maintenon ne fût déclarée reine?
Note_2 On peut voir les détails de cette campagne dans les Mémoires de Berwick: mais il faut les lire avec précaution. Berwick était dans l’armée, mais humilié de servir sous Vendôme, et presque toujours d’un avis contraire au sien. Vendôme, fatigué des contradictions qu’il éprouvait, semblait avoir perdu, pendant cette campagne, son activité et ses talents. Louis XIV envoya deux fois Chamillart à l’armée comme un arbitre entre les généraux.
Durant le siège de Lille, Marlborough écrivit au maréchal de Berwick son neveu, pour qu’il proposât à Louis XIV d’entamer une négociation pour la paix avec les députés de Hollande, le prince Eugène et lui. On crut à la cour que cette proposition était la suite des inquiétudes de Marlborough sur le succès du siège de Lille, et on obligea le duc de Berwick à faire une réponse négative. Marlborough aimait beaucoup la gloire et l’argent, et il pouvait alors désirer la paix comme le meilleur moyen de mettre sa fortune en sûreté, et d’ajouter une autre espèce de gloire à sa réputation militaire, qui ne pouvait plus croître. Bientôt après il s’opposa de toutes ses forces à cette paix qu’il avait désirée, parce que la guerre lui était devenu nécessaire pour soutenir son crédit dans sa patrie.
Note_3 Ce furent des officiers au service de Hollande qui firent ce coup hardi. Presque tous étaient des Français que la révocation fatale de l’édit de Nantes avait forcés de choisir une nouvelle patrie; ils prirent la chaise du marquis de Beringhen pour celle du dauphin, parce qu’elle avait l’écusson de France. L’ayant enlevé, ils le firent monter à cheval; mais comme il était âgé et infirme, ils eurent la politesse en chemin de lui chercher eux-mêmes une chaise de poste. Cela consuma du temps. Les pages de roi coururent après eux, le premier écuyer fut délivré; et ceux qui l’avaient enlevé furent prisonniers eux-mêmes; quelques minutes plus tard ils auraient pris le dauphin, qui arrivait après Beringhen avec un seul garde.
Voltaire, le Siècle de Louis XIV, chapitre XXI

petite précision sur le site du mois d'août

Chers amis lecteurs d'Histoires du Nord,
Vous l'avez certainement remarqué mais le site d'aout n'est pas dans notre région. Etonnant pour un fils des Brumes septentrionales, plutôt versé dans la dive bouteille de cervoise, d'indiquer le site d'un viticulteur gardois mais - j'avoue - un historien ne peut pas se passer de vivre telle expérience.
J'ai déjà goûté le Mulsum, un petit rouge sympa agrémenté d'épices et de miel, un arrière-goût d'hydromel assez charmant, reste encore deux sortes à tester... Et bien sûr de vous tenir au courant de cette expérience oenologique...
Aussi, je ne puis que vous recommander d'aller faire un tour dans ce mas qui reconstitue, en sus de fouilles archéologiques, des caves et des vignes à la romaine, travaille le vin en suivant les recettes des auteurs anciens... Bref, vous pouvez commander en toute confiance et déguster - bien entendu - en toute modération... Tout comme les condiments produits de même façon...

Pourquoi céder à la facilité en roulant en Harley quand on peut se donner des sensations en moto russe de l'ancienne Armée rouge?

Invité perpétuel du port de Dunkerque, il prend tout même un peu de place quand il rend ses visites.

Le soleil matinal filtré par les pinacles de Saint-Eloi semblent tirer la dépouille du cénotaphe dunkerquois de son sommeil et de l'indifférence des passants trop habitués à déambuler devant elle.

Les premières lueurs du jour jouent avec la blancheur de la pierre sur le cénotaphe dunkerquois...

Pierres ferrigineuses, briques de sables et d'argile, tuiles de clyte et torchis, les maisons anciennes sont désormais pieusement conservées et rénovées après des années de destructions, vouées qu'elles étaient au sacrifice sur l'autel du modernisme à l'image de cette belle représentante des maisons du siècle dernier sur les pentes du Mont des Cats.

Parce que l'on trouve de moins en moins d'ouvriers capables de monter un toit de chaume, parce qu'il faut entretenir régulièrement les colombages, les fermes et maisons anciennes disparaissent au profit des toitures de tuiles vernissées... Encore heureux que certaines résistent en se cachant bien, se nichant au creux des chemins, sous le couvert des arbres, comme autant de trésors méconnus qui entendent à le rester...

Tranquillité des vertes campagnes à Ledringhem où les seules hauteurs sont les cimes encombrées des arbres et le clocher de la Hallekerke.

archétypale hallekerke de Flandre intérieure, l'église de Ledringhem offre au regard ses murs de briques où la construction est scandée par les runes antiques...

Déluge de couleurs au port de Wambrechies, on est loin des bateaux gris de la Royale...

Murs blanchis et tuiles de clyte rouges, les volets peints grands ouverts sur un jardin de curé, voilà une des dernières représentantes des petites maisons des campagnes flamandes qui se niche à Oost-Cappel.

du mois d'août 2008

En ce mois d’août 2008 le ciel se met au diapason de la saison et nous offre un festival remarquable qui pourrait cependant nous amener pas mal de perturbations. Il faut en effet rappeler que les perturbations météorologiques que nous constatons sont presque toujours en lien avec les changements de lune et les nœuds lunaires. Et ces perturbations sont plus ou moins importantes, dans les trois ou quatre jours autour de ces nœuds lunaires selon qu’ils coïncident avec la pleine lune ou la nouvelle lune. Tous les spécialistes qui observent le cycle de la lune l’écrivent. Les calendriers lunaires édités par des organismes sérieux le relèvent. J’ai pour ma part noté, depuis de nombreuses années que le temps était gris, mou ou qu’il y avait brumes ou brouillards à chaque nœud lunaire. Cela s’est encore produit au nœud lunaire du 20 juillet dernier où nous avons noté, ici dans le Midi, un temps gris et orageux suivi de trois jours de Mistral. Seule notre météo nationale et télévisée persiste à nous commenter la photo satellite sans explication. Or ce mois d’août 2008 est marqué par deux nouvelles lunes et trois nœuds lunaires, ce qui fait parler des treize lunes de 2008. (Voir sur ce sujet ma chronique de juillet dernier) Regardons cela de plus près avec les fêtes et dictons correspondants et avec ce qui s’est passé à ces mêmes dates à des périodes antérieures, sans pouvoir dire cependant où ça va tomber ! Soyons bien clairs. Je ne prétends pas faire de la prévision météo !

Le 1er du mois se produit une éclipse de soleil, qui pourra être observée partiellement en France. Elle sera surtout observable au Nord et Nord-Ouest de notre pays. Le sud-ouest et la côte méditerranéenne à l’exception de Nice, seront privés du spectacle. L’observation devrait être très bonne en Bretagne vers Quimper et en Normandie. Elle débutera à Paris à 8h 42mn (TU) et sera à son maximum à 9h21 pour se terminer à 10h00. Il s’agira d’une éclipse de première partie de journée, propice à l’obtention d’images photographiques avec un bon télescope sur pied. Attention à «l’aveuglante lumière de Paris au mois d’août» chantée par Charles Aznavour. En 1961, un pareil phénomène avait amené notre «Patron» d’alors de publier une mise en garde dont voici quelques extraits.
«Une éclipse de soleil, totale dans le Sud de la France et partielle dans les autres régions, sera visible dans la matinée du 15 Février 1961. En raison de la rareté du phénomène, il ne pourrait manquer d’être l’objet d’une grande curiosité. Il est du devoir des chefs de service de prendre conscience des dangers d’une telle observation. On sait en effet que le cristallin, faisant office de loupe, concentre les rayons du soleil sur la rétine qui se trouve brûlée sans douleur en 2 ou 3 minutes.
Il convient de savoir aussi que les rayons infrarouges invisibles traversent les verres teintés qui sont un danger réel en réduisant l’éblouissement et par conséquent en permettant des observations plus longues qui entraînent des irradiations plus intenses de la rétine. Les sujets jeunes ayant une bonne vue et des yeux foncés sont plus sensibles encore que les sujets âgés, myopes, ou ayant des yeux clairs. Il est donc très important que le personnel du Secours Catholique connaisse les précautions qu’il convient de prendre : d’une part : ne regarder les éclipses qu’à travers des verres très sombres. D’autre part : ne le faire que d’une manière très brève. 1 ° ) En ce qui concerne les verres : N’utiliser que du verre recouvert abondamment de noir de fumée, en le plaçant au-dessus d’une simple bougie allumée. (et notre patron qui ne manquait pas d’humour d’ajouter) Il faut placer le côté noirci vers le soleil, le côté nu étant devant l’œil. Les lunettes de soleil ne protègent absolument pas. 2° ) En ce qui concerne la durée, ne faire faire que des observations courtes, de 5 à 10 secondes au maximum : elles peuvent toutefois être répétées après un arrêt d’environ trois minutes. Interdire formellement de faire des observations à l’œil nu. On remarquera que même en prenant ces dispositions, on doit avoir le temps de faire des observations, puisque l’ombre de la lune atteindra le soleil à 6h.10, en couvrira le maximum à 8h.20 et le quittera à 10h.30. "
Ce texte est signé de Jean Rodhain. Etonnante circulaire ! Heureux temps où l’on savait motiver les cadres sur leurs responsabilités et le personnel en général, en invitant les uns et les autres à s’ouvrir à d’autres choses qu’à leur simple environnement de travail. Invitation à «perdre» son temps pour s’ouvrir au monde et aux autres, et à l’environnement, dans un contexte non pollué par des idées de rendements ou de récupérations !
Je rappelle qu’il y a éclipse de soleil, lorsque l’ombre de la lune forme à la surface de la terre une tâche de 270km. Nous ne serons qu’en partie touchés par cette tâche en ce début de mois. Et le 16 août il y aura une éclipse totale de lune, c'est-à-dire que la terre placée entre la lune et le soleil, empêchera la lumière du soleil d’éclairer la face que la lune présente toujours à nos regards.
Jadis on pensait que les éclipses, qu’elles soient de lune ou de soleil, avaient une influence sur le temps, néfaste bien entendu, et toute manifestation de ce genre, engendrait peurs et craintes de tous genres : « Averse suivra bientôt éclipse de soleil ou de lune ; l’une et l’autre portent du froid, jamais fortune !»
Il y a quand même une explication à cette mauvaise réputation qu’ont les éclipses vis-à-vis du temps, puisque les éclipses se situant toujours à un nœud lunaire, sont toujours des moments d’importantes perturbations météorologiques.
1er août c’est la fête de saint Pierre aux liens, l’apôtre Pierre enfermé et lié de chaines dans la prison Mamertine à Rome. «S’il pleut le jour de saint Pierre la vinée se réduit d’un tiers». Les prévisions ne sont guère plus favorables pour le «regain» : «S’il pleut à la Pierre-aux-liens, comptez peu sur les regains». Et encore moins sur les noisettes : «S’il pleut à saint Pierre aux liens, les noisettes ne vaudront rien».

Le 1er août 1875 il faisait une chaleur torride dans les Landes avec 39°, 34° en Bretagne et 33° en région parisienne.

Le 2 août c’est le premier des trois nœuds lunaires de ce mois (trois, l’exception liée au soi-disant treize lunes!). Le 2 août 1971 de violents orages avaient causé la mort de 10 personnes à Paris et Auxerre.
La nouvelle lune se produit ce même jour à 10h13 mn le 8 elle sera à son premier quartier à 20h20mn.

Le 8 août pour saint Justin «A saint Justin est à graines le plantain». Ce jour là en 1923, on a enregistré 44° à Toulouse. Dire qu’il a fallu attendre 2003 pour qu’on s’aperçoive qu’il pouvait faire très chaud en ces périodes !

Le 10, notre belle amie sera à son apogée, c'est-à-dire au point le plus éloigné de nous à 404.556 km de la terre.
Ce jour on fête saint Laurent d’où le nom de «Laurentides» ou de «larmes de saint Laurent» donné aux fameuses Perséides. « A la saint Laurent on le sait, on voit les étoiles filer». Comme chaque année à la même période des Perséides on organise un peu partout la Nuit des Etoiles. La 18e cette année.
«S’il pleut à la saint Laurent, la pluie est bien à temps (=attendue)» Ces pluies de début août sont excellentes pour les truffes, pour les olives et pour le vin : «Pluio d’aous douno d’ooulivo eme de mous». «Quand il pleut au mois d’août les truffes sont au bout» ; « Oou mes d’aous, lou rasin pren soun gous, oou mes de settembre es bouen à prendre» Le raisin prend du goût en août et il est bon à cueillir en septembre.
On dit aussi «Saint Laurent, la pluie d’une main, le tison dans l’autre» c'est-à-dire que la pluie de la saint Laurent ne calmera pas la canicule.
Le 10 août 1998 on a enregistré un déluge dans le Midi. Le Languedoc le Roussillon et la Provence sont sous les eaux ! Il est tombé ce même jour 81 mm d’eau à Rouen en 1983, 88 mm sur Bordeaux en 1992 et 110 mm à Besançon en 1995 ! Le 10 août 1951, «Paris Presse-L’Intransigeant» titre : «Joli mois d’août ; record de pluie battu !» et il publie une photo prise à Bois-Plage, sur l’Ile de Ré, en soulignant qu’elle symbolise bien notre fâcheux mois d’août.

Le 16 août une éclipse partielle de lune, sera visible en France entre 19h36 et 21h10. Ce sera la pleine lune et le nœud lunaire. A ne pas rater car c’est la dernière éclipse partielle avant sept ans, c'est-à-dire le 28 septembre 2015. Cette fois la zone d’observation la plus propice sera le Sud et le Sud-Est de la France. Cette éclipse survenant très tôt (début à 18h23 TU) devrait donner un beau spectacle dans un crépuscule plus ou moins lumineux selon les endroits, voire juste au moment du lever de la lune. C’est en Corse qu’on pourra en faire la meilleure observation.
Le 16 août c’est la saint Roch, un des saints les plus populaires en France. C’est un jour «pronostic» : «Saint Roch annonce le temps de l’automne». «A la saint Roch la grande chaleur prépare du vin la couleur» dit-on en Charente. C’est le moment de préparer les labours et la reprise des travaux des champs «Après saint Roch, aiguise ton soc». On dit chez nous «Passat lou qinze d’agoust, pas pus de dourmido ni maï de goustarous». Après le 15 août, plus de sieste et plus de goûter. Au travail ! Notre Dame d’août en effet «arrange ou défait tout». «A nousto Damo d’avous, caouquo que vooou, après que poou». A Notre Dame d’août foule son blé qui veut, après qui peut.
Je rappelle que le mot «sieste» vient de «sixte» la sixième heure de la journée, selon la façon des romains de diviser la journée, moment aussi de la prière des moines qui appellent ce moment «sexte». Moment de prière que l’on retrouve aussi chez les musulmans.
En 1947, on note ce jour que la canicule persiste depuis la mi-juillet. C’est l’été le plus chaud du siècle… Qui a parlé de l’exceptionnel 2003 ?

Le dernier quartier de lune se produira le 23.
Le 23 août on fête sainte Rose de Lima, première sainte du «Nouveau monde». «La nuit d’août trompe les sages et les fous». En 1925 ce jour-là, une tempête balaye la Bretagne et une tornade ravage la région de Blois. Il tombe 86 mm d’eau sur Marseille le 23 août 1984.

Notre satellite passera à son périgée le 26, très proche de nous puisqu’elle sera à seulement 368.698 km de la terre. C’est ce 26 août la fête de saint Privat, un des premiers évêques du Gévaudan. On dit en Picardie : «A saint Privat, pour les labours, donne du jarret à ton cheval». En 1976, après plusieurs mois de sécheresse, il pleut enfin dans le Nord de la France.

Le 29 il y a un nœud lunaire. C’est la sainte Sabine «A la sainte Sabine, tout mal s’affine !» En 1961, à cette date l’eau potable faisait défaut dans de nombreuses régions.
La nouvelle lune qui marquera le nouveau mois lunaire sera le 30 août. C’est la deuxième nouvelle lune du mois, ce qui fait que l’année 2008 compte treize nouvelles lunes, mais pas treize lunaisons ni treize pleines lunes ! On relira sur ce sujet la chronique de juillet 2008.

Le 30 août c’est la fête du patron des jardiniers et des cochers, et par extension des chauffeurs de taxi, saint Fiacre. «À la Saint-Fiacre, soleil ardent, pour huit jours encore, du beau temps» en attendant les pluies de septembre autour du 9… comme c’est arrivé plusieurs fois ! en 2002 mais aussi en 1958..
En 1979, le 30 août le cyclone «David» ravage la Martinique.

Je soulignerai pour ce mois d’août, que depuis un travail fait à la demande d’un Premier Ministre de notre République, un rapport de 1990, recommande la prononciation «u» ( en API = alphabet phonétique international) c'est-à-dire «ou», sans le «t» final. Nous dans le Midi on dit alors : - pardon à mes amis ! - «prononcé à la parisienne !»,ou encore avec « l’accent pointu ». Par contre on ne tolère pas ni «a-ut» ( a-out), ni «a-u» ( a-ou). Le «a» disparait donc aussi dans la prononciation. De plus le texte des recommandations recommande la graphie : «aout» sans l’accent. Un comble !
Pourquoi donc supprimer dans la prononciation le «a» et le «t» et l’accent circonflexe - (en vieux français on écrivait «aoust») - qui nous rappellent l’origine étymologique du nom de ce mois et l’empereur Auguste. Notre calendrier doit tant aux Romains ! et puis une consonne c’est bien quelque chose qui doit «sonner» dans la prononciation, et un accent circonflexe indique bien l’amuïssement ( = fait de rendre muet selon le Robert) du «s», une autre consonne ! Si on supprime les consonnes et si on ne garde que les voyelles nous allons avoir une prononciation sans charpente. Et sans charpente on sait ce qui arrive !
Tout se perd ! Il parait pourtant que c’est ainsi qu’août se prononce depuis le XVIe siècle à cause de la répugnance que le français a pour l’hiatus. La Fontaine écrit «oût», Madame de Sévigné écrit «out». Voltaire, dans l’avertissement de Zaïre dit qu’août se prononce «oût». La prononciation «a-ou» réapparait à partir du XIXe siècle chez les orateurs démocrates et chez les poètes comme Sainte Beuve, Victor Hugo ou Henri de Régnier. Mais le rapport de 1990 a tranché, sans se poser la question de la prononciation des mots dérivés tels « aoûtat » donné à cette larve d’acarien qui nous démange tant si nous n’y penons pas garde, et le qualificatif «aoûtien» dont on qualifie tant de vacanciers ? Va-t-on dire un «outat» ? et un «outien» ? L’Académie, parait-il n’y voit rien de choquant. N’en déplaise à ces prestigieuses références, moi je trouve cela ridicule ! Heureusement il y a les Espagnols avec «Agosto» et les Anglais avec «August» pour sauver la mise et garder la mémoire de l’origine de ce mois.

Sauvons notre mois d’Août de crainte qu’il ne se fâche et que profitant des deux rendez-vous du soleil avec la lune, il nous bombarde d’orages et d’autres alertes «orange» ou d’appel à la vigilance, comme il l’a souvent fait dans le passé, et comme la «télémétéo» commence à nous l’annoncer, et souhaitons qu’il fasse encore beau puisque nous sommes encore en ce mois si bien nommé de «Thermidor» le révolutionnaire, se partageant avec juillet son compère une bonne part de «Canicule».

A Diou sias !
Jean Mignot le 30 juillet 2008

La chance d'avoir un omniprésident !

- Nicolas Sarkozy peut encercler ses ennemis. Tout seul.
- Quand Nicolas Sarkozy pisse face au vent, le vent change de direction.
- Nicolas Sarkozy peut claquer une porte fermée...
- Nicolas Sarkozy a déjà compté jusqu'à l'infini. Deux fois..
- Certaines personnes portent un pyjama Superman. Superman porte un pyjama Nicolas Sarkozy.
- Jésus Christ est né en 1955 avant Nicolas Sarkozy.
- Nicolas Sarkozy ne porte pas de montre. Il décide de l'heure qu'il est.
- Nicolas Sarkozy peut diviser par zéro.
- Dieu a dit: que la lumière soit ! Et Nicolas Sarkozy répondit : On dit s'il vous plaît.
- La seule chose qui arrive à la cheville de Nicolas Sarkozy... C'est sa chaussette.
- Quand Google ne trouve pas quelque chose, il demande à Nicolas Sarkozy.
- Nicolas Sarkozy fait pleurer les oignons
- Les Suisses ne sont pas neutres, ils attendent de savoir de quel coté Nicolas Sarkozy se situe.
- Pour certains hommes le testicule gauche est plus large que le testicule droit, chez Nicolas Sarkozy, chaque testicule est plus large que l'autre.
- Nicolas Sarkozy sait parler le braille.
- Il n'y a pas de théorie de l'évolution. Juste une liste d'espèces que Nicolas Sarkozy autorise à survivre.
- Nicolas Sarkozy et Superman ont fait un bras de fer, le perdant devait mettre son slip par dessus son pantalon.
- Un jour, au restaurant, Nicolas Sarkozy a commandé un steak. Et le steak a obéi.
- Nicolas Sarkozy a un jour avalé un paquet entier de somnifères. Il a cligné des yeux.
- Nicolas Sarkozy mesure son pouls sur l'échelle de Richter.
- Nicolas Sarkozy connaît la dernière décimale de Pi.- Nicolas Sarkozy peut taguer le mur du son
- Quand la tartine de Nicolas Sarkozy tombe, la confiture change de côté.
- Dieu voulait créer l'univers en 10 jours. Nicolas Sarkozy lui en a donné 6.
- Nicolas Sarkozy est capable de laisser un message avant le bip sonore.
- Jésus a marché sur l'eau, mais Nicolas Sarkozy a marché sur Jésus.
- Une larme de Nicolas Sarkozy peut guérir du cancer, malheureusement Nicolas Sarkozy ne pleure pas.
- Quand Nicolas Sarkozy passe devant un miroir, il n'y a pas de reflet : il n'y a qu'un seul Nicolas Sarkozy.
- Si Nicolas Sarkozy dort avec une lampe allumée, ce n'est pas parce qu'il a peur du noir mais parce que le noir a peur de lui.
- Le calendrier de Nicolas Sarkozy passe du 31 Mars au 2 avril. Personne ne fait de blague à Nicolas Sarkozy.

mercredi 30 juillet 2008

souvenir...

Décapitée, vandalisée, la statue de La Grifoulle qui ornait le parc du Fort Louis à Coudekerque-Branche ne peut plus qu'offrir au promeneur les stigmates de la bêtise profonde et sans bornes.

Autant vous la montrer du temps de sa splendeur.

Et le ciel de Flandre montre ses nuances au dessus de Steenwerck...

Le combat de la LICRA pour que Dunkerque «reconnaisse son passé»

Privée de la salle Jean-Bart de la mairie dont elle pensait pouvoir disposer, la LICRA avait dû annuler son exposition interactive du 31 mai «Dunkerque au temps des marchands d'esclaves». Seule une présentation à bord du «Duchesse-Anne» du 19 au 24 mai a eu lieu pour 180 élèves de CM2.
PAR BENJAMIN CORMIER
dunkerque@lavoixdunord.fr
Bordeaux, Nantes ont été des ports négriers. Mais sait-on que Dunkerque, grand port de course du XVIIe siècle, a pratiqué la traite pendant près de 80 ans, ce qui en fait le neuvième port négrier de France ?
La LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) de Dunkerque, qui poursuit son action engagée en mars avec la création d'un fonds documentaire offert à 27 établissements scolaires sur les thèmes de l'esclavage et de la Shoah, compte bien faire aboutir un jour son projet d'exposition. Claudine Germé, missionnée pour cette démarche, regrette que celle prévue le 31 mai ait été «annulée faute de salle libre à la mairie». «Il est déjà difficile de mobiliser et de faire travailler en synergie plusieurs associations, mais si en plus on y greffe des problèmes logistiques extérieurs, on sape à mon avis la confiance dans le pouvoir et le fonctionnement de la démocratie participative locale et on risque fort de décourager toute initiative
Pour la LICRA, il importaitque Dunkerque célèbre aussi le 160e anniversaire de l'abolition française de l'esclavage et de la traite des Noirs. «Ce travail de mémoire est un travail citoyen qui permet à la collectivité et aux individus de rappeler les enjeux de la devise républicaine», ajoute Claudine Germé.
Des faits.
- De 1713 à 1792, 44 expéditions ont été armées pour acheter des esclaves en Afrique et les revendre dans les îles contre du sucre ou du coton, par exemple. «Plus que les chiffres ou les dates, rappelle Claudine Germé, qui a abondamment consulté les archives disponibles à Dunkerque sur cette question, ce qui compte, c'est la réalité de ce commerce au sein de la cité, qui reflète aussi la société de cette époque. Dunkerque n'a été ni un grand ni un petit port négrier, pourtant avec le départ de La Diligente pour la Guinée, il avait probablement tenté l'aventure en 1684, quatre ans avant le premier départ nantais.» Comme partout, il s'agit alors d'un commerce, aléatoire, qui peut échouer ou rapporter gros. Entre la pêche ou la course, les notables y placent une partie de leurs capitaux, participent à l'armement de négriers non dunkerquois et nouent de solides relations d'affaire avec les autres ports ou les îles à sucre. Selon les archives municipales ou le centre de documentation du Musée portuaire, ouverts à tous, on apprend ainsi que pendant trois ans, Emmery-fils financera la fille d'un planteur martiniquais qui deviendra impératrice : «Joséphine de Beauharnais, future femme de Napoléon Ier qui n'oubliera pas Emmery, maire de Dunkerque, raconte Claudine Germé. Des Dunkerquois sont aussi planteurs, tel Dominique Lemaire, oncle de Fockedey et témoin de l'insurrection des esclaves à Saint-Domingue, ou Joseph Deswaen, qui léguera une partie de sa fortune à l'hôpital général de Dunkerque en y laissant une "négritte" (jeune négresse) avant de mourir en 1753
Des racines ancestrales.-
L'exposition de la LICRA, si elle voit le jour, s'attachera à (re)dire que l'esclavage remonte à -3 500 ans avant J-C et qu'aux origines, il n'était pas lié à la couleur de la peau, mais aux guerres. «Les prisonniers de guerre sont alors asservis au lieu d'être tués», note Claudine Germé. La traite, le vrai commerce, débute au VIIe siècle pour les musulmans.
Comme ils n'ont pas le droit d'asservir leurs coreligionnaires, ils s'approvisionnent indifféremment en Blancs ou en Noirs en Europe ou en Afrique. Ainsi, même des Dunkerquois tombent entre leurs mains. Certains, comme le capitaine Robin en 1740, sont parfois rachetés grâce au tronc des esclaves de l'église Saint-Éloi. En Europe, il faut attendre le XVe siècle pour que débute le commerce des Noirs. Avec la traite, l'esclavage devient clairement racial et raciste, les esclavagistes devant justifier et légitimer ce trafic que des voix commencent déjà à condamner. » •

* * *
La présence d'esclaves à Dunkerque
Il n'existe officiellement plus d'esclaves en France depuis l'édit royal du 3 juillet 1315 dans lequel Louis X affirme que « selon le droit de nature, chacun doit naître franc (...) le sol de France affranchit l'esclave qui le touche ». En 1716, 1738, 1777, l'interdiction est répétée.

Ces rappels témoignent de ce que les colons, les capitaines ou la noblesse de cours reviennent en France avec leurs domestiques, esclaves de compagnie ou à former. «Dunkerque n'échappe pas à la règle bien qu'il n'existe pas de population noire», souligne C.Germé. Le Code Noir de Colbert, de 1685, donne à l'esclave un statut d'objet en le définissant comme "un bien meuble". Toutefois, il fait obligation à leurs propriétaires de les baptiser selon le rite catholique.» On retrouve dans les registres paroissiaux dunkerquois le baptême d'un «nègre Morien» en 1711, de deux «nègres Congo» en 1738 et 1740 et d'un «Nègre de Guinée» en 1742, en dépit des interdictions royales.
Un reçu de 1752 qui fait référence à un «négrillon» ayant appartenu au sieur Agogué. Revenu des îles se faire soigner chez lui, ce dernier avait provoqué involontairement un attroupement de 200 personnes sur le port. Décédé au cours de la traversée, il avait emporté avec lui son «nègre» et une caissette pleine d'or. Le «nègre» s'étant fait conduire chez le parent de son maître, deux huissiers l'ont enlevé avec sa clé, l'or a disparu et le «nègre», que tout le monde savait innocent, a fini en prison.
En 1784, raconte aussi C. Germé, le frère du contre-amiral Vanstabel, capitaine du navire Dames Elisabeth et Victoire rapporte à son armateur Bonnaventure Tresca un souvenir de son voyage de traite : Malbroucq. « Joli petit nègre, seul même à son bord de son âge d'environ 9 ans, bien formé (...) je vous l'apporterai et espère que vous en serez satisfait», disent les archives. L'histoire ne le dit pas, mais Malbroucq débarque à Dunkerque en 1784, et après cela, on perd sa trace.
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Le neveu de Jean Bart
Parmi les neveux de Jean Bart (1650-1702), on trouve son presque homonyme Pierre-Jean Bart, lui aussi capitaine et corsaire. En 1749, ce neveu accepta le commandement d'un navire négrier dunkerquois de 120 tonneaux : «La Flore», armé par Pierre Tuggh.

Le 1er mai 1750, il écrit de Saint-Domingue à son armateur : «J'ai eu une maladie mortelle provenant du chagrin de voir la traite si mauvaise, et ne pouvant faire autrement à cause des Anglais qui ont chassé tous les navires français de la côte».
Sur les 437 esclaves qu'il avait « traités » pendant huit mois et demi en Afrique, 108 sont morts pendant la traversée. Ordinairement, les «pertes» étaient de l'ordre de 15 %
in LA VOIX DU NORD, édition de Dunkerque du 30 juillet 2008

mardi 29 juillet 2008

Dover Patrol

Au sommet du Cap Blanc-Nez se dresse le monument de la Dover Patrol, tendu vers le ciel, à la rencontre de la mer et de la terre. Si la première piere fut posée par le mérachal Foch en 1920, il ne fut inauguré qu'en 1922 puis en 1962. La dédicace rappelle le sacrifice des marins alliés durant la Première guerre mondiale:


En mémoire perpétuelle de nos camarades français de la patrouille de Douvres
1914-1919
Ils sont morts afin que nous vivions.
Puissions nous être dignes de leur sacrifice
En témoignage de la glorieuse coopération
et de la franche camaraderie
des marines française et britannique pendant la Grande Guerre
Cette pierre fut poséepar la maréchal Foch OM GCB
Le 26 janvier 1920 et le monument fut inaugurépar monsieur Flaminius Raiberti
ministre de la Marine, le 20 juillet 1922

Un obélisque identique se dresse de l'autre côté du détroit sur les côtes anglaises à St Margaret-at-Cliffe. Les deux monuments commémorent l'action et les sacrifices des marins français et anglais qui surveillaient et défendaient le détroit, hautement stratégique, durant la grande guerre...

Le monument d'origine a été détruit par l'armée allemande au cours de la deuxième guerre mondiale et a été reconstruit et inauguré en 1962.
De juin à septembre 2007, le monument a bénéficié d'une restauration financée par le département du Pas-de-Calais dans le cadre de l'opération Grand Site (réaménagement du site des caps).

Le journal La France du Nord rapporte la pose de la première pierre dans son édition du mercredi 28 janvier 1920 :

Le maréchal Foch pose la première pierre du monument aux marins français et anglais morts pour la défense du détroit
Rien ne manqua à l’éclat de cette grandiose manifestation et l’accueil fait au généralissime des armées alliées fut d’un exceptionnel enthousiasme. Arrivé en gare à 6 heures 15 du matin, le maréchal Foch se rendit tout d’abord aux appartements retenus pour lui au terminus Hôtel, à 9 heures 40 le steamer Biarritz amenant les membres de la délégation anglaise faisait son entrée dans le port ; à 10 heures, le général Ditte, gouverneur de Calais, présente au maréchal Foch M. Duquenoy-Martel qui lui souhaite la bienvenue.
Le maréchal répond qu’il est très heureux de se retrouver à Calais qu’il a vu sous les bombardements et dont il a admiré l’héroïsme de la population. Après avoir passé en revue la compagnie d’honneur, le maréchal se rend dans la grand salon du terminus Hôtel où ont lieu les présentations. Après avoir reçu les compliments des députés et de M. Pagniez, président de la chambre de Commerce, le maréchal Foch répond : «Vous avez bien travaillé durant la guerre, continuez dans la paix. Tout ce que nous voulons nous l’aurons, mais à condition de travailler. Faire la guerre n’est rien en comparaison de faire la paix. Patrons et ouvriers doivent travailler. Il faut, suivant une expression locale, que tout le monde se trousse. Il faut que la France soit grande et prospère».

La cérémonie du Blanc-Nez
Midi. Le cortège arrive à l’endroit ou doit être élevé le monument. Le maréchal en pose la première pierre.

Les ovations à Calais
A 1 heure 30, un lunch offert au maréchal Foch par le comité anglais du monument avait lieu au Terminus Hôtel. Ce lunch avait réuni 150 convives. A la table d’honneur avait pris place, à la gauche du maréchal, M. Farley, le général La Capelle, le général Ditte, à sa droite Mme la générale Ditte et Lord Northbourne. Au champagne, M. Farley se lève et porte trois toasts : au président de la République, à sa majesté Georges V et au maréchal Foch. Répondant à MM. Farley et Lord Northbourne dont les discours furent chaleureusement applaudis, le maréchal Foch prononce un magnifique et réconfortant discours patriotique. Il dit sa joie de se trouver au milieu d’invités des deux grandes nations sœurs et rend un éclatant hommage à la marine anglaise, aux patrouilleurs chargés de la défense du détroit qui ont permis le ravitaillement de la France et de ses soldats. A ceux qui sont tombés pour la défense du détroit, j’apporte un hommage ému avec l’assurance que tous honoreront leur mémoire. Il termine en souhaitant l’union indissoluble des deux grandes nations : la France et l’Angleterre.Le maréchal est alors l’objet d’une formidable ovation. Le lunch terminé, les invités se lèvent et pendant que les autorités anglaises prennent congés pour regagner le Biarritz qui doit rejoindre Douvres, le cortège officiel se forme pour traverser la ville. A partir de ce moment, le maréchal devient l’hôte de l’administration municipale. Un long cortège formé de plusieurs landaus et de nombreuses automobiles traverse la ville. Le maréchal Foch, le comité anglais et les autorités françaises. Au champagne, M. Duquenoy-Marte, maire, prononça un discours ou il se fit l’interprète de la population calaisienne à l’égard du maréchal et de Mme Foch. Le maréchal répondit et leva son verre à la santé de sa majesté Georges V de la famille royale d’Abngleterre, de messieurs les membres du comité et à celle de leurs charmantes dames. A 20 heures 30, le maréchal assista à une soirée de gala, offerte en son honneur au théâtre municipal. Elle était organisée par l’œuvre de la fondation de la victoire, sous la présidence de Mme la maréchale Foch, Melle Roch et M. Alexandre de la Comédie française se firent chaudement applaudir dans Hernani, le drame de Victor Hugo.

Le journal La France du Nord rapporte l'inauguration du monument dans son édition du samedi 22 juillet 1922 :

M. Raiberti, ministre de la marine dans le Pas-de-Calais
L’inauguration du monument aux patrouilleurs de la Manche
Ainsi que nous l’avons annoncé c’est hier qu’à eu lieu au Cap Blanc-Nez, sous la présidence de M. Raiberti, ministre de la Marine, l’inauguration du monument élevé à la mémoire des marins de la défense du détroit, morts pour la France.Prenaient part à la cérémonie des marins français, 70 marins anglais, deux compagnies d’infanterie, des gendarmes à cheval.Parmi les personnes présentes : MM. Farjon, sénateur, Abrami et Boulanger, députés, Deroide, conseiller général, l’amiral Barthe, préfet maritime de Cherbourg, le vice amiral Keyne, représentant la marine britannique et organisateur de la défense sous-marine de Douvres où il rendit des services exceptionnels.A 4 heures et demie, le président du comité de Douvres prononça un discours, puis, M. Edwin Forley, remit le monument à la France.M. Raiberti prit ensuite la parole et prononça un éloquent discours dont voici les principaux passage :
«Pendant quatre ans de combats, d’incessantes alertes et de patrouilles continues, le Dover Patrol fit la police du détroit. Se chalutiers et ses dragueurs relevèrent plus de 2000 mines allemandes. A leur tour ils installèrent devant la côte de Belgique et du Pas-de-Calais de redoutables barrages de filets de mines. Quatre fois, en octobre 1916, en avril et mai 1917, en mars 1918, les torpilleurs allemands s’élancèrent de leur base pour détruire les chalutiers alliés et bombarder les villes anglaises et françaises de la côte. Chaque fois les torpilleurs anglais et français de la Dover Patrol, luttant côte à côte, les assaillirent et les mirent en fuite. Enfin, dans la nuit du 22 au 23 avril 1918, sous la vigoureuse conduite de l’amiral Keyes, la Dover Patrol, à laquelle s’étaient jointes quelques unités de la grande flotte, tentait et réalisait la prodigieuse opération de l’embouteillement de Zeebrugge. Elle enfermait prisonniers 23 torpilleurs allemands et 12 sous-marins qui ne devaient plus en sortir. Elle assurait ainsi jusqu’à la fin de la guerre la presque complète sécurité du détroit. Le 10 mai 1918, avec une audace qui n’avait d’égale que la ténacité britannique, la Dover Patrol réalisait dans des conditions plus difficiles encore la même prodigieuse opération sur Ostende et si elle ne la réussissait pas complètement, elle barrait au trois quart la sortie de ce port. Un double monument a été élevé à Douvres et à Calais, pour célébrer la mémoire des marins anglais et français, et attester à tout jamais, à la face des hommes, de la mer et du ciel, leur héroïsme. Au nom de la marine française, je remercie le comité de Douvres de la pieuse pensée qu’il a eu en les élevant. Inclinons nous avec respect devant la grande leçon des hauts faits qu’ils rappellent et jurons, par les mânes héroïques des marins de la Dover Patrol que berce la tombe mouvante des eaux de la mer, et par la gloire de ses survivants, jurons qu’aussi longtemps qu’entre la Grande-Bretagne et la France durera le pont mouvant des flots qui les réunissent, aussi longtemps qu’en face l’une de l’autre s’élèveront les falaises de Douvres et de Calais, comme la double face d’un même bloc de pierre qu’auraient séparé les révolutions du globe et qu’à ressoudé aujourd’hui la fraternelle volonté des deux nations ; aussi longtemps que durera dans la mémoire des hommes les exploits de la Dover Patrol, durera l’amitié franco anglaise parce qu’elle ne résulte pas seulement de l’identité des intérêts, mais parce qu’elle est faite d’un même idéal de liberté et de justice et qu’elle est scellée par la sang des martyrs dans la profondeur des tombes et dans la profondeur des flots». Le ministre découvrit alors le monument, tandis que els bugles anglais sonnaient le «last post» et que retentissait la Marseillaise. A cinq heures et demie a eu lieu une réception au théâtre de Calais, à laquelle assistaient un grand nombre de notabilités qui, ainsi que les délégués de sociétés, furent présentés à M. Raiberti et reçus avec la plus entière affabilité. Après quoi, un important discours fut prononcé par M. Croin, adjoint au maire de Calais actuellement malade. Le ministre lui répondit par une patriotique allocution et le cortège quittant le théâtre municipal prit le chemin du port où des détails furent donnés au représentant du gouvernement sur les travaux exécutés et ceux en vue.

lundi 28 juillet 2008

vol en radada


seule animation en centre de Dunkerque





moment de pause...



ecoeuré en colère

Tiens, hier, station TOTAL de la route de Furnes à Dunkerque, le gazole à 1€49 ... trois centimes de plus que le super sans plomb 98... Qu'on ne vienne pas nous dire que c'est la faute au baril trop cher, ou à la conjoncture internationale voire même la crise des subprimes... On se fout de nous, c'est tout! Finalement, même pendant les vacances, il n'y a rien de nouveau sous le soleil !

vendredi 25 juillet 2008

et l'on voudrait éradiquer ces oiseaux qui animent encore Dunkerque?







L'Armée britannique dans le Nord de la France

de la revue 'l'Illustration', no. 3816, 22 avril 1916

Sur le Front de l'Ouest

Une nuit, dans une ville du Nord occupée par les Anglais, comme je regagnais mon logis le long des rues désertes et qu'aucune lanterne n'éclairait, un rayon de lampe électrique de poche jaillit soudain dans mes yeux et, en anglais, un être invisible me demanda la faveur de coopérer à l'interrogatoire d'un personnage suspect qu'on avait vu entrer à cette heure tardive (21 h. 30!) dans trois estaminets successifs. Je suivis l'ombre, détective militaire auquel s'étaient adjoints trois polieemen sortis je ne sais d'où. Le suspect n'était qu'un brave employé de la gare qui, son service terminé, venait apporter à domicile les lettres d'avis annonçant aux propriétaires des estaminets l'arrivée de paniers d'oeufs ou d'autres denrées périssables, et qui touchait des intéressés, pour cette prompte notification, une rémunération reconnaissante.

La police britannique en territoire français est d'une minutie et d'une rigueur qui ne plaisent qu'à moitié aux indépendants forcenés que sont les Français, passionnés de passe-droits, de bons tours joués à l'autorité quelle qu'elle soit. La femme qui, au mépris des ordres du généralissime, se déguise en laitière pour aller retrouver son mari dans la zone interdite des armées, a malgré tout, la: sympathie des officiers même les plus rigoureux en matière de discipline. C'est un trait de notre caractère, une preuve de sa faiblesse et de son charme. Nos alliés n'ont point cet abandon. Ils sont impitoyables. Leur sévérité s'explique d'ailleurs par le fait qu'étrangers au pays, n'en comprenant qu'insuffisamment la langue, ils ne pourraient appliquer, sans, danger une politique nuancée. Les résultats sont d'ailleurs excellents. L'espionnage allemand a renoncé à ses tentatives dans la zone anglaise. Si quelques Français, citoyens hautement honorables, ont eu à souffrir d'une suspicion imméritée de la .part des Anglais, ils s'en consoleront certainement en songeant aux difficultés et à l'importance de la tâche. Mieux vaut quelques erreurs, certes déplorables, qu'une timidité courtoise, dont nos ennemis profiteraient. Ceux d'entre les civils qui, malgré vingt et un mois d'expériences, n'ont pas encore «réalisé» que nous sommes en guerre et ne voient, avec un extraordinaire égoïsme, que leur agrément et leur intérêt personnels, sans songer le moins du monde aux souffrances héroïques des hommes qui sont aux tranchées, lancent facilement l'anathème contre « l'occupation anglaise ». Ils la voudraient plus discrète. C'est une mentalité d'hôteliers de villes d'eaux pour lesquels l'Anglais doit, par définition, être le client d'exploitation fructueuse. Le sans-gêne de certains insulaires est égalé par la rapacité de certains négociants qui, dans ces villes du Nord français occupées par nos alliés, n'ont pas hésité à marquer de prix de guerre (c'est-à-dire propres à déchaîner la guerre contre leur impudence !) tout ce dont les soldats de S. M. George V pouvaient avoir besoin. La conséquence en a été parfaitement simple: l'Intendance anglaise a créé des coopératives qui luttent contre le commerce local. Les protestations ont été véhémentes, mais on ne saurait donner raison à jdes profiteurs qui oublient trop aisément le sort terrible des départements envahis, et ne savent point se contenter de bénéfices que pourraient leur envier tous ceux que la guerre a privés de leur emploi et éloignés de leurs affaires.

Si quelque reproche peut être adressé, en une analyse véridique de la situation, à certaines fractions du corps expéditionnaire anglais, c'est au sujet de leur trop grande liberté dans l'accommodation des domiciles privés à leur confort personnel.

L'architecture provinciale française n'a pas eu, dans le courant du siècle dernier, un souci dominant de l'hydrothérapie si chère aux Anglo-Saxons. Le tub matinal, excellent pour la peau et le libre jeu des muscles, est néfaste aux fauteuils de velours frappé et aux tapis de ton fragile. La chaleur de certains plats autant que la graisse qui en peut déborder sont funestes au poli des acajous et des ébènes. Certaines négligences de ce genre étonnent de la part d'un peuple dont l'amour du home est proverbial; mais, à la vérité, on ne peut s'attendre à trouver sur un million et demi d'hommes un million et demi exactement de gentlemen. Il y a un pourcentage fatal d'individus d'éducation moins raffinée et, quelle que soit la troupe qu'on se trouve appelé à loger, même française, il faut prévoir des mécomptes...

Les globe-trotters qui ont visité le centre africain ont toujours remarqué la différence entre l'installation d'un officier ou d'un administrateur anglais et celle d'un Français de situation analogue. Notre compatriote, insouciant et conciliant, se contentera d'une vieille caisse en guise de table et estimera qu'une bougie fichée dans un goulot de bouteille suffit comme moyen d'éclairage. L'Anglais traînera une multitude de bagages et son abri temporaire verra des rocking-chairs propices aux siestes les plus douces.

La guerre européenne n'a point modifié ce contraste. L'Anglais a besoin de ses aises. Le Français en a un moindre souci. L'égoïsme de certaines gens est la cause principale des conflits. Demandez à nos propres officiers si partout l'accueil qui leur fut réservé garde dans leur souvenir l'auréole des hospitalités fraternelles? Avec quelles mines fut reçu leur billet de logement. Les bonnes chambres ne furent-elles pas quelquefois précipitamment fermées et la mansarde glaciale offerte? Désireux de ne gêner personne, humbles et discrets, nos officiers acceptèrent sans protester l'insuffisant asile que quelques mauvais Français leur donnaient. Que dire de la rapacité de telle vieille rentière, habitant confortablement Paris et qui, ayant 9 officiers logés dans sa villa d'été située dans la zone des armées et touchant de ce fait 270 francs par mois (prix supérieur à la valeur locative de l'immeuble en temps de paix), réclamait 45 francs de plus par mois pour l'usage de la salle à manger et de la cuisine?

La grandeur tragique du temps présent n'a pas galvanisé toutes les âmes. La cupidité crispe - encore les poitrines étroites. Si quelques êtres inférieurs ont une telle attitude à l'égard de leurs propres compatriotes, il est aisé d'imaginer le profit qu'ils ont cherché à tirer des Anglais, et de deviner que leur hospitalité ne fut pas précisément écossaise. Nos alliés n'y sont pas allés par quatre chemins; ils se sont installés sans tenir compte des grognements de leurs hôtes. C'est ainsi que s'est créée la légende, trop facilement et trop légèrement généralisée, de l'absolu sans-gêne de l'occupation britannique. Elle ne repose que sur des cas isolés, survenus dans des circonstances strictement localisées, et dont le procès est facile à instruire.

Cette occupation s'est révélée admirable dans son organisation et sa méthode. La présence d'une troupe, surtout étrangère, dans une agglomération de quelque importance est une source fatale de difficultés. Il faut une discipline extrêmement sévère et une répartition très nette de l'autorité. Les Anglais ont immédiatement doté les villes françaises, que l'ordre de bataille a placées dans leur secteur, d'une prévôté et d'une police urbaine dont on ne saurait méconnaître les mérites et les bienfaits. Cette surveillance d'ensemble a permis la création et le fonctionnement de multiples rouages complémentaires de la vie du corps expéditionnaire. J'ai déjà parlé des coopératives. Ne faut-il pas dire un mot des spectacles (music-hall et cinéma) organisés pour la troupe? Dans une certaine ville, il n'en existe pas moins de trois. La représentation commence à 0 heiîres et finit à 8 h. 30. Le prix d'entrée est de 20 centimes pour les hommes et 50 centimes pour les officiers et le programme est renouvelé tous les soirs. Chansonnettes et scènes comiques, féeries humoristiques, romances sentimentales et patriotiques, derniers films français et anglais attirent vers ces salles (soit le grand théâtre de la localité, soit un local assez vaste pour être approprié à cet usage) un nombre considérable de soldats. Toutes les semaines une représentation gratuite est réservée aux enfants français, qui ne comprennent pas grand'chose aux paroles, mais rient de bon eœur aux pitreries caractéristiques des comiques anglais.

Les bénéfices réalisés servent à l'entretien du matériel et aident au fonctionnement des recreation-rooms, sorte de «foyers du soldat», où ils trouvent un asile aux heures de liberté, ils y puuvenj écrire, lire, jouer aux échecs, aux dames, aux dominos et consommer d'honnêtes rafraîchissements (thé, café, chocolat, bière). Il faut évidemment la haute paye du soldat anglais pour lui permettre ces dépenses, mais l'autorité militaire, par ce souci de bien-être et de distraction, maintient un contrôle discret et utile sur la troupe, empêche les loug'ues stations des soldats désœuvrés dans les estaminets et entretient leur moral.

Ce moral est d'ailleurs excellent. Les Anglais ne sont pas fatigués de la lutte; ils donnent, au contraire, l'impression de la commencer seulement. Ils ont été d'abord mus par le point d'honneur, puis est venue la phase de la réalisation du danger. Aujourd'hui, ils sentent que l'avenir du monde et celui des libertés de l'Angleterre sont en jeu. Ils sont décidés à jouer et ils joueront la partie jusqu'au bout.

Le mouvement national des enrôlements volontaires, bien qu'il ait fini par se ralentir, restera une des plus belles pages de leur histoire. Les dilettanti les plus raffinés n'ont pas hésité à mettre la main à la pâte. Il n'en est pas d'exemple plus typique que le bataillon, des Artists' Rifles, recruté uniquement parmi les, artistes. C'est l'esprit du club appliqué aux choses de la guerre. Sa création remonte à 1800, et au tableau d'honneur de ceux qui portèrent son uniforme figurent des noms aussi célèbres que lord Leighton, sir John E. Millais, sir E. D. Poynter, Val Prinsep, sir John Forbes Kobertson, etc. C'est une sorte de bataillon d'élite dans lequel le général eu chef puise des cadres à raison de cent officiers par mois.

L'Allemagne avait prévu beaucoup de choses, mais son jugement, faute de psychologie, se trouva souvent en défaut. Elle n'avait jamais cru à une grande armée anglaise, en raison de l'apparente impossibilité de lui créer des cadres. Les millions d'hommes levés par lord Kitchener ont pourtant des sous-officiers et des officiers. L'aristocratie anglaise n'a pas été sourde à l'appel du devoir. Il y a chez nos alliés un esprit semblable à celui (qui anime notre jeunesse pensante et qui a fait de nos officiers de réserve un des éléments inattendus et décisifs de la victoire. L'officier de réserve allemand combat avec une résignation farouche, par soumission à un système; il n'y a pas place en son cœur pour aucune des idées généreuses qui donnent à ses adversaires un constant réconfort. J'ai passé plus d'un an parmi les troupes anglaisés et fréquenté beaucoup d'officiers: l'impression dominante est celle d'une résolution implacable et d'une gaieté saine. C'est vraiment un très grand peuple! Il apporte à l'œuvre commune l'appui d'une organisation méthodique dont la perfection explique certaines lenteurs, la force d'hommes d'une musculature remarquable, jeunes et décidés. On comprend que le militarisme allemand ait fait à l'Angleterre la faveur d'une haine de premier choix.

R. P.

Dans la zone anglaise

de la revue 'l'Illustration' No. 3787, 2 octobre 1915

Les Anglais en France

Le Policeman

Pour entrer à Ypres, par la route de Poperinghe, on joue à cache-cache avec les shrapnels allemands. Ils affectionnent le coude de la route devant l'hospice d'aliénés (une attraction instinctive évidemment), et sans relâche fauchent les branches des platanes ou déchaussent des pavés. Il doit y avoir quelque part un commandant de batterie allemande, qui, ayant une fois pour toutes réglé son tir sur ce point, continue et continuera jusqu'à ce que ses pièces n'en veuillent plus et aient besoin d'être renvoyées à Essen.

C'est une caractéristique allemande que cette obstination dans l'inutile.

Je connais des villages où, depuis des semaines, il n'y a plus un être humain et qui reçoivent quotidiennement du 210. On sait l'heure de cet arrosage que l'on observe de loin avec un sourire. Il y a même dans l'un de ces villages une prétentieuse maison bourgeoise dont le propriétaire avait orné la façade et les côtés de statuettes de terre cuite du plus pur style commercial. Les obusiers boches ont eu raison d'Apollon, de Pomone, de Thalie, avec une vraisemblable facilité. Il n'y a plus qu'une approximative Melpomène qui ose railler leur fureur. Chaque fois que je passe par là, en dehors des heures réglementaires (celles du bombardement systématique), j'ai un coup d'oeil amical pour la vaillante muse et pour le rosier du curé, un adorable arbuste de "rosés thé" dont j'ai suivi de semaine en semaine l'épanouissement derrière la grille verrouillée. Nul n'a touché à ces tiges lourdes depuis le jour du départ, quand l'ecclésiastique, que l'on devine un brave homme paisible aux soins qu'il apportait à son jardin, a suivi ses ouailles, épouvantées à juste titre du déluge d'acier qui tombait sur leurs toits. Le village est désert, le cabaret de «l'Homme d'argent» a sa porte et ses fenêtres défoncées comme par quelque géant ivre et furieux, la modeste mairie a versé sur la chaussée toute sa paperasserie administrative, la boutique de l'épicière, la chère petite boutique provinciale où, dans la vitrine poussiéreuse, se décoloraient des sucreries et pâlissaient des étiquettes de chicorée, n'est plus qu'un monceau de verreries brisées et de papiers maculés par la pluie qui tombe au travers du toit défoncé. Il n'y a plus personne. Ce n'est pas tout à fait exact: il y a le policeman anglais. Il a une double mission: veiller sur le village abandonné, empêcher les maraudeurs de cambrioler les maisons que les obus ont temporairement épargnées et assurer la circulation des voitures (quand il en passe, et ce n'est pas souvent!) avec la maîtrise qui a fait la réputation de la force publique londonienne. Il est au tournant où deux voitures, allant en sens inverse, pourraient se rencontrer. Les marmites le préoccupent beaucoup moins que cette parfaite organisation du trafic. Et c'est un curieux symbole que ce petit village dévasté des Flandres où tout ce que les hommes ont édifié a été détruit par d'autres hommes, où seule l'indestructible beauté de la nature s'épanouit, et sur lequel veille un homme débonnaire dont la conservation de l'ordre est tout le souci.

Ypres, qui est dans la zone anglaise, jouit d'une égale surveillance dans sa désolation. Les avions allemands, qui ont survolé et continuent de survoler les ruines comme des charognards, ont dû rendre compte de l'état actuel de la ville. Nulle troupe ne saurait cantonner dans ces décombres et pourtant, de la forêt d'Houthulst, les obusiers lourds allemands s'acharnent sur les Halles, sur la Cathédrale, sur toute la ville. Les pierres de taille ont achevé d'écraser M. Vandenpeereboom, descellé de son socle de bienfaiteur municipal et d'illustration locale. Il y a quelques mois, il gisait dans, la poussière, le nez cassé; aujourd'hui, les débris de ce marbre moderne se confondent avec les fines ciselures médiévales et les plombs tordus des vitraux, restes lamentables d'un délicieux et paisible passé. Les rues sont désertes. Je dirais même que c'est une cité de silence, car le bruit du canon, ses détonations métalliques, vibrantes quand c'est un coup au départ, ou épaisses et lourdes quand l'obus arrive et éclate, ne peut pas être classé dans les bruits de la vie. Une voix, un chant, un roulement de charrette, une porte qui s'ouvrirait, rompraient cette angoisse du silence que le fracas du canon ne diminue pas. Alors, on est heureux de rencontrer le policeman anglais qui a échangé sa redingote bleue, son casque de feutre pour l'uniforme khaki avec, comme seul signe distinctif, le brassard noir aux lettres rouges « M. P. ». Il représente une idée, celle qui est la force historique de l'Angleterre: la volonté réfléchie d'ordre qui impose la patience, qui protège et maintient ce que l'humanité a mis des siècles à péniblement établir. Même dans le désastre, il surgit pour sauver ce qui reste, préparer le renouveau après l'horrible cauchemar. Et l'on comprend la rage du bandit allemand contre cette nation calme, mais inflexible, dont le policeman pesant, bienveillant pour les faibles, indulgent aux simples tapageurs mais terrible contre les malfaiteurs, est la si frappante image.

Sur la Route
La route bordée de peupliers file toute droite jusqu'au prochain village. Une de ces bourgades au nom flamand qui est maintenant devenu familier à tant de soldats et à tant de civils. Ces petits villages des Flandres étaient sans histoire, ils sommeillaient dans la béatitude des terres grasses. Les autos les traversaient à vive allure appelées par Ostende trépidante ou Bruges en rêverie. La vie y était calme et paisible, les brasseries locales fournissaient les nombreux estaminets d'une bière aigrelette, agréable aux fumeurs de pipe. Les pâturages humides et le houblon assuraient la richesse. Il semblait que rien ne dût jamais attirer l'attention sur ces localités minuscules. Et la guerre est venue et l'on connaît maintenant Pervyse et Ramscappelle, Reninghelst, Bixschoote, Bœsinghe, Elverdinghe, Vlamertinghe, Langemarck. La souffrance a assuré la gloire des unes, d'autres ont eu droit à cette renommée par leur situation stratégique, par leur qualité soudainement venue de centre de ravitaillement ou de quartier général de brigade, de division, voire de corps d'armée. Chaque maison, ou ce qui reste de chaque maison, a sa vie propre. On peut parler du château de Hooge à la moitié de l'armée anglaise comme du Cabaret rouge de Souchez à toute l'armée française du Nord. C'est une Belgique et une France septentrionales ignorées qui deviendront de grands et pieux pays de pèlerinages et réserveront, à ceux qu'aucun douloureux souvenir de cœur n'attirera vers ces terres basses, d'adorables surprises. Et il y a là, cachées dans la verdure des châteaux romantiques que les obus n'ont pas su trouver, des demeures de seigneurs modestes qui n'étalaient point une joie d'exister et doublaient d'une ceinture d'eau dormante leur volontaire recueillement. La guerre a violé presque tous ces asiles. Les cartes d'état-major découvrent ce que masquent les rideaux d'arbres les plus touffus. Les camions automobiles ont écrasé la brique rouge sur d'étroits chemins que ne foulaient, il y a un an, qu'un tilbury léger ramenant les invités débarqués à la proche station du «vicinal». Les Anglais se sont installés. Ils ont pris possession du château comme du village, comme de la route. La route est le domaine où le caractère national s'affirme de la façon la plus visible. Je ne sais pas combien de milliers de camions nos alliés ont fait venir d'Angleterre et d'Amérique. S'il n'y avait pas les routes, les grandes routes dont on a encore élargi et durci les bas côtés, on ne saurait où tous les mettre. Toutes les grand'places de tous les villages de Flandre ne suffiraient pas à les garer. Mais il y a les routes, et les camions (les lorries) y sont rois. Ces convois sont si nombreux, arrêtés ou en mouvement, que les aviateurs allemands, volant à une altitude moyenne de 2.500 à 3.000 mètres, respectueux des canons spéciaux, doivent avoir, quand un souci d'indiscrétion les démange, quelque difficulté à s'y reconnaître et à juger, d'après les convois anglais, les faits et gestes de l'armée du maréchal French. Ces convois sont des magasins roulants qui regorgent d'estimables choses: de la savoureuse Dundee Marmalade, de la viande congelée d'Australie, des caisses de tabac de Virginie, des meules de Chester et d'excellents obus d'un peu partout.

Tout cela est confié à des messieurs en bras de chemise, le bas des manches roulé jusqu'au-dessus du coude, ce qui est certainement la tenue favorite de tous les sujets de Sa Majesté, dans quelque coin de l'Empire britannique qu'on les rencontre. Et ces messieurs astiquent à en user le métal des moteurs ou la tôle de la carrosserie, comme s'il devait y avoir tous les jours le passage de Sir W. Maxwell, quartier-maître général, ou du lieutenant général Sir G. T. N. Mac Ready, adjutlant général, dont le nom ne souffre pas l'imprévoyance. Le camion-forge tremble de toute l'activité de ses machines- outils. Un gentleman qui n'a plus rien à nettoyer dans sa voiture fume sa pipe et lit Tit-Bits. Un autre poursuit sa manie de frotter en faisant passer du rosé au carmin la peau de son cou et de sa poitrine dont la mousse de savon ne peut cacher la violente coloration. Et cette petite scène de vie industrielle et familiale est placée sous la protection d'un tommy, baïonnette au canon. Quand passe un détachement en armes, le tommy protecteur se réchauffe par un peu de maniement d'armes, et les gentlemen en bras de chemise saluent les passants de l'armée combattante avec une cordialité qui n'est égalée que par les réponses. Il n'y a pas dans l'armée anglaise de jalousies, de mauvaises humeurs provoquées par l'embuscade. Tout le monde étant volontaire, chacun s'est engagé pour la tâche dont il se sentait capable. Le gentleman qui fait reluire le tube à eau comme s'il devait figurer demain au Motor Show de l'Olympia a cette vocation-là. Il estime en toute conscience qu'en y apportant un zèle ininterrompu pendant des mois, n'importe où, aussi bien dans les environs de Rouen qu'à 2 kilomètres d'Ypres, il est un aussi parfait fils du Royaume-Uni que le camarade des Black Watch qui a fait la retraite de Mons, les batailles de la Marne, de l'Aisne et de l'Yser. Et le camarade des Black watch est du même avis. La formule anglaise The right man in the right place est une sorte de banalité, comme sont d'ailleurs la plupart des choses trop belles. L'armée anglaise a tout de même réussi à se faire une magnifique réalité. Chaque homme est fier de ce qu'il fait, si dépourvue de gloire héroïque que soit sa fonction. Quand la guerre sera finie et qu'il rentrera en Angleterre sans Victoria Cross, personne ne songera à lui en faire grief et lui-même n'aura pas l'éternelle morsure de conscience. Il ne cherchera pas à ramasser une croix oubliée dans une antichambre pour faire tout de même figure de héros. Il avait la charge d'une ambulance, d'une cuisine, d'un dépôt de remonte, d'un magasin à chaussures; il a géré son affaire en impeccable businessman. C'était tout ce que son pays lui avait demandé. Et c'est ainsi que l'avant fait bon ménage avec l'arrière.

Et je reviens à mes autos. Toutes les semaines, concours d'astiquage dans les différents convois. Ce jour-là tout est repeint, les cuivres brillent, il n'y a plus une goutte d'huile dans le carter, on peut toucher le moteur avec des gants blancs. Le vainqueur gagne 10 shillings, et l'Etat économise 50 guinées grâce à la conservation du matériel.

« Five o'Clock Tea »
Je ne sais pas si les territoriaux qui gardent les entrées et les sorties de la petite ville apprendront jamais l'anglais, mais ils finiront tout de même par connaître la prononciation anglaise du nom des localités belges des environs. Comme la pure prononciation belge est déjà fort différente de la française (tout arbitraire d'ailleurs), on devine les prodiges d'imagination qu'il faut déployer pour deviner la destination probable d'un traînard écossais qui s'efforce de rejoindre son unité ou d'un motocycliste du Royal Flying Corps cherchant un quartier général, une petite enveloppe couleur terre de Sienne à la main. Je suis bien persuadé que cinq fois sur dix, on dirige sur Oudersteene un brave homme qui souhaitait se rendre à Oudezeele et il y a tant de villages dont le nom finit en «Capelle» dans les pieuses Flandres que les meilleurs géographes, étrangers au pays, doivent être jugés avec indulgence s'ils commettent quelques confusions.

Mais il faut croire que l'armée anglaise a des dons particuliers d'orientation, car jamais je n'ai vu revenir, désemparée, une de ces victimes de la linguistique. Le soldat anglais est doux et complaisant. Il accepte avec une aimable philosophie les mésaventures. Sa joie déborde quand il s'aperçoit qu'on l'a compris ou qu'il a lui-même compris. Je n'oublierai jamais un grand diable de cavalier indien qui, un soir vers 11 heures, provoqua quelque émotion au quartier général du général F... où la patrouille l'avait amené. Le planton du général, le sergent de nuit, et le secrétaire dactylographe du 3e bureau faisaient cercle autour de lui, et, avec le concours des gendarmes du poste, s'efforçaient de lui faire expliquer les raisons de sa présence tardive dans les rues de notre petite résidence. En désespoir de cause on vint me chercher. Ce fut une amusanté séance de «pidgin english» grâce à laquelle je finis par découvrir qu'il était venu acheter pour quatre sous de papier à lettres. L'heure ne l'avait pas découragé, il avait quitté son cantonnement à 2 kilomètres de là et s'était rendu à la ville, persuadé qu'il y trouverait, comme à Lahore, un munshi encore éveillé dans son échoppe d'écrivain public. Sa foi fut récompensée, le secrétaire dactylographe du 3e bureau joua le rôle de munshi. On referma sa longue main brune sur les deux pièces d'un penny qu'il nous tendait, et il s'en fut dans la nuit après avoir porté sa main droite à la hauteur de son cœur, de ses lèvres et de son front. J'ai vu ainsi défiler des échantillons de toutes les formations britanniques, y compris l'imperturbable "poivrot" au visage illuminé de soleil et de bière qui affirme être à jeun depuis l'avant-veille, "yes, sir!", et arrive à ramasser sa casquette sans perdre l'équilibre, grâce à des contorsions d'excentrique de music-hall. Il y a chez tous ces hommes une bonhomie, une simplicité presque enfantine, une fraîcheur d'impressions qui attirent. Quand ils défilent, en formation de marche, la nuque tendue pour faire contrepoids à la pesanteur du sac, sifflant Annie Laurie, le refrain presque national écossais, l'illustre Tipperary ou la Marseillaise (car ils sifflent gentiment la Marseillaise en passant dans les villages français), on a l'impression d'une nation saine, généreuse, dont les hommes vont à la bataille avec le plus étourdissant sang-froid.

Les populations du Nord ont découvert les Anglais. Elles vivaient avec les vieilles légendes des journaux comiques: les grandes dents, la pipe et l'égoïsme. Elles ont bien retrouvé la pipe, ont en vain cherché à établir une statistique de mâchoires proéminentes (le sexe faible, atteint de soudaine myopie, a même fait cette enquête de très près), mais n'ont eu qu'à se louer de la générosité et de la discrétion anglaises. Il y a bien l'histoire du sous-préfet de X..., mais c'est une gentille histoire, comme celle de l'Américain de Caran d'Ache qui, ne trouvant plus de place dans un hôtel au moment de l'exposition universelle, proposait à l'hôtelier d'épouser sur l'heure sa fille, en priant de monter sa valise « dans notre chambre ». Il y avait donc un sous-préfet dans une ville du Nord, et ce sous-préfet habitait un hôtel de sous-préfecture situé dans l'artère principale de la localité. Les Anglais ayant loué différents immeubles dans cette rue estimèrent que l'hôtel de la sous-préfecture ferait très bien leur affaire pour centraliser leurs services et, avec un flegme parfait, proposèrent d'expulser le sous-préfet et de prendre à bail le palais sous-préfectoral. On devine la stupéfaction horrifiée du fonctionnaire du ministère de l'Intérieur. Il fallut expliquer au général anglais le mécanisme des institutions républicaines. N'est-ce pas une gentille histoire? Elle a même comme un sens supérieur. Il y a en effet des gens qui ont l'audace de penser que, dès l'instant où l'on fait la guerre, il ne doit plus y avoir qu'une préoccupation, celle d'accumuler tous les moyens propres à en apporter la conclusion, c'est-à-dire la victoire. Alors un Anglais a pensé que peut-être une sous-préfecture...? Mais cela, comme dit Kipling, c'est une autre histoire.

L'armée anglaise, en s'installant dans le Nord de la France, en a quelque peu modifié la vie, mais tout juste comme se transforme une station thermale suivant la majorité de sa clientèle. Les gamins crient maintenant le «Deli Mel» et le «Time» dans les rues; on trouve des cigarettes anglaises et du tabac au miel pour la pipe dans les bureaux habitués jusque-là à ne vendre que des «paquets de cinquante» et «des jaunes». Les passementières ont fait venir des cravates et des faux cols mous khaki. Les boutiques ont peu à peu transformé leurs devantures: petits sticks de rotin blond, cannes à manche de cuir cousu, mouchoirs «Union Jack», équipements de cuir fauve, et cela surprend dans notre pays, où le luxe et le confort des hommes avaient été si négligés au profit, d'ailleurs légitime, de nos compagnes. Enfin! voici que d'Angleterre, du royaume de l'élégance masculine, nous arrivent des objets utiles et plaisants. Il faut voir nos troupiers et nos officiers devant ces étalages. Ils rappellent les midinettes devant les bijoutiers de la rue de la Paix. C'est attendrissant. Mais le souvenir le plus charmant, c'est encore la crémière de C..., une brave femme qui ne vendait à l'ordinaire que du beurre, des œufs et du laitage, qui tenait à l'occasion quelques salades et. gardait une réserve de chocolat à cuire et de tablettes d'un sou pour écoliers et qui aujourd'hui a, sur sa porte, une grande pancarte que le fourrier d'une compagnie de chasseurs cyclistes, logé dans la maison, lui a dessinée en belle encre de Chine: Five o'clock tea. Et c'est tellement inattendu, dans cette petite localité à demi endormie des Flandres, que l'on s'arrête pour réfléchir un instant sur ce que cela représente dans l'histoire du monde.


La Nurse
Dans la péniche-hôpital qui dort au bord du canal, on lui a ménagé une cabine: elle l'a ornée, animée plutôt, comme toute femme anglaise, même quand elle ne reste qu'infiniment peu de temps quelque part, même quand c'est dans le train de 7 heures du soir «Calcutta-Bezvada-Tuticorin», anime son home provisoire.

Cela ne nécessite pas d'ailleurs un important matériel: un ou deux coussins à fleurettes tendres, ou vives quand c'est du chintz; une demi-douzaine de romans richement cartonnés; plusieurs magazines, un chapeau de paille, autour duquel s'enroule un pujeree, quelques photographies dans des cadres de cuir ou d'argent, nécessairement un flacon d'eau de lavande, enfin et surtout des fleurs.

Cela n'est pas la cellule monastique, le refuge austère d'une religieuse qui n'attend plus rien de la vie: c'est une chambrette aimable, souriante. Tout le jour, la nurse soigne les blessés, parmi l'horreur des plaies et l'angoisse des agonies. Elle ne croit pas nécessaire de porter la tristesse jusqu'en son personnel asile.

Et dans le train sanitaire ou l'hôpital de campagne vous retrouvez les aménagements de cette péniche. «Si vous voulez que les patients soient bien soignés, ayez souci du personnel.» Cela se traduit aussi par l'interjection anglaise: «cheer up!» qui veut dire une masse de choses: «remonte ton moral», «réjouis-toi», «ne te frappe pas». Alors on comprend des organisations qui paraissaient superflues comme les baraquements de la «Y.M.C.A.» (Young Men Christian Association) (union chrétienne de jeunes gens), uniquement destinés au personnel des ambulances, sorte de bungalows indiens qui servent de club, de salle de réunion et de lecture, de tea house aux infirmiers et aux nurses. On croirait, tant l'aspect en est souriant, que des gens vont descendre les marches de la véranda pour jouer au golf.

L'Angleterre se prépare à durer, puisque c'est une guerre d'usure. Alors pourquoi demander un effort terrible, épuisant, à des femmes et à des hommes qui, une fois épuisés, ne seront plus bons à rien! C'est un peu comme le moteur des lorries. Il vaut la peine de le repeindre toutes les semaines. C'est une économie.

Les nurses n'ont pas toutes cinquante ans et le teint fané, mais ne sont pas davantage de ravissantes actrices ou de captivantes jeunes filles dont la vue provoque des variations subites de température sanguine. Point de blouses échancrées ou de troublante liberté des bustes. Un uniforme gris pâle dont une bande vermillon égaie la pèlerine, un petit col blanc boutonné à la manière masculine disent le sérieux et l'impersonnalité de la tâche. Elles ont quelque chose d'immatériel et de froidement humain qui rassure ceux qui craignent toutes émotions, même l'émotion sublime de la religion. C'est la douceur, le doigté, la vigilance, qualités instinctives des femmes adaptées aux besoins sanitaires de l'armée, avec le même calme, le même souci de ne pas compter sur les prodiges de l'enthousiasme générateur de dévouements, mais de calculer avec les faiblesses de la nature humaine, ne pas espérer des saintes et avoir des femmes tout simplement.

La petite cabine fleurie n'exclut pas le courage devant la mort et l'acceptation héroïque de la destinée. A Pervyse, il a fallu déménager de force les deux nurses anglaises qui s'obstinaient à soigner les blessés belges dans une maison voisine de l'église. Elles ne partirent que lorsqu'il n'y eut plus que trois murs sur quatre à leur ambulance. Et, dans le cellier où elles s'installèrent, il y eut tout de même quelques fleurs.

R. P.

Les héros de l'Yser à Paris

de la revue ‘La France Illustrée’ N 2142 de 18 décembre 1915
par H.L.

Les dames aux poms-poms rouges

C'était une dette de reconnaissance que la France payait mercredi aux fusiliers marins, qui traversaient Paris, pour rejoindre leurs dépôts, et que la foule accueillait par ses acclamations.

Une émouvante revue eut lieu à neuf heures du matin, dans la caserne de la Pépinière. L'amiral Lacaze, ministre de la Marine, décora de la croix de guerre un grand nombre de ces braves, et, après avoir félicité tous les fusiliers marins de leur héroïsme, il donna l'accolade à leur commandant, l'amiral Ronarc'h.

A 10 heures, une messe à laquelle assistèrent les soldats que le ministre venait de passer en revue et d'entretenir familièrement, fut célébrée à l'église Saint-Augustin, à la mémoire des officiers et des soldats de la brigade des fusiliers marins morts au champ d'honneur.

Au premier rang des assistants se trouvaient l'amiral Ronarc'h, les capitaines de vaisseau l'aillet et Delage, une foule d'officiers, de marias et de parents de soldats tués sur les champs de bataille de l'Yser.

L'officiant était l'aumônier du bataillon des fusiliers marins, l'abbé Touchard, qui avait reçu des mains de l'amiral Lacaze, dans la cour de la Pépinière, la Croix de guerre si dignement gagnée depuis le début de la campagne. La messe était servie par deux officiers, un lieutenant de vaisseau blessé et un commissaire de la marine.

L'absoute fut donnée sur le pavillon tricolore qui servit à couvrir les corps des fusiliers marins, devant les lignes de l'Yser.

M. l'aumônier Touchard prononça, en chaire, une allocution patriotique.

Les fusiliers marins se répandirent ensuite dans Paris où la foule les fêta, les acclama et même leur jeta des fleurs.

Le lendemain matin, ils repartaient et se rendaient aux gares, le sac au dos et la longue miche de pain sur le sac.

Ces soldats qui passaient ainsi, alertes et gais, simples et bons enfants, — Paris ni la France ne s'y sont pas trompés, dans leurs acclamations, — ce sont des soldats d'épopée.
Et, toujours modestes et humbles, ces héros vont reprendre dans les ports de France la vie laborieuse et hasardeuse qui élève, au péril de la mer, les familles peuplées d'enfants, gloire de nos côtes et espoir de l'avenir.
C. B.


A la Gloire des Héroiques Fusiliers Marins!
Un des leurs par la bravoure et par le cœur.

Quand, pour compléter le beau livre de Dixmude, de Charles Le Goffic, on écrira le Livre d'Or de la brigade des fusiliers marins, de cette brigade héroïque qui vient d'être dissoute, parce que le service à la mer réclame tous ses hommes, que de noms connus et inconnus se presseront sous la plume de celui qui essaiera de faire revivre l'héroïsme de ces victimes du Devoir, de ces martyrs de la religion de l'Honneur!

Ces noms, pourra-t-on même les donner tous? Il en est, du moins, qui ne devront pas être omis, car s'il n'est pas besoin de savoir comment s'appelait chacun de ceux qui écrivirent les pages immortelles de la défense de la Belgique, et qui sont restés sur cet immense champ de mort et de gloire, il en est certains, qui, symbilisant particulièrement toute la beauté, toute la générosité des sacrifices, toute la grandeur des actes de dévouement restés inconnus, méritent, par cela même et pour cela même, de sortir de l'ombre qui enveloppe leur vaillance, afin que la lumière faite sur eux rejaillisse sur la collectivité de leurs frères ignorés.

De ce nombre est Maurice Faivre, dont tous ceux qui l'ont connu et qui l'ont aimé porteront ce témoignage qu'il fut aussi courageux que modeste, aussi gai que sérieux dans l'accomplissement du devoir, aussi plein de belle énergie que de sensibilité délicate, aussi épris de l'action militaire que de l'apostolat de la bonté.
Libéré de son engagement dans les Équipages de la flotte, qu'il avait contracté avec l'intention d'entrer, en souvenir de son père, dans le Commissariat de la Marine, une fois ses études de droit terminées, Maurice Faivre reprit avec joie, à la mobilisation, le col bleu de matelot dont il était si fier, et qu'il portait si crânement.

Il ne tarda pas à être versé dans la brigade des fusiliers marins qui était appelée à voler au secours de la malheureuse Belgique. Sa place était marquée d'avance parmi les terribles demoiselles au pompon rouge, parmi ces futurs élus de la gloire, que le généralissime et le ministre de la marine ont si justement glorifiés, à leur retour du front.

Quand il partit, quelque chose de plein et de fécond, dilatait son cœur. Un sang joyeux et fier battait dans ses veines. Sa belle humeur, sa gaietérayonnaientde ses yeux et de ses gestes mêmes. Et sur la route d'Anvers, dans une de ses premières lettres à sa mère, de ces lettres où devait s'épancher désormais toute la tendresse dont son cœur surabondait pour elle et qui jaillissait toujours de ces premiers mots: «Maman chérie!» pour mieux rassurer celle qui cachait, en les dévorant, ses angoisses maternelles, il dessinait un petit marin portant sur sa poitrine une énorme croix d'honneur, avec au-dessous cette légende: «Maurice s'en va-t-en guerre. Voilà comme il r'viendra!»

Pour bien marquer son état d'esprit et celui de ses camarades sous le feu, il écrira un peu plus tard: «On entend le canon sans discontinuer; cela nous rend tous pompette!»

Cette gaieté de Maurice Faivre, qui est notre plus jolie forme de courage à nous Français, et qui fera l'admiration de ses chefs, elle sera inlassable pendant toute la campagne. Elle résistera aussi bien à ce qui endolorit la chair qu'à ce qui assombrit l'âme, aux marches harassantes dans la boue et dans la neige, aux morsures du froid, aux ébranlements physiques que provoquent les explosions des obus, «qui vous secouent dans la tranchée comme sur un bateau», aux déluges de pluie qui «transforment la paille, vous servant de lit, en un fumier glacial», à l'atroce invasion de la vermine qui soulève le cœur de dégoût, au spectacle effroyable des cadavres restant des jours entiers inensevelis, à la hantise du souvenir des champs de carnage et des cris déchirants des blessés qui, longtemps après, retentissent encore, la nuit, à vos oreilles.

A certains jours peut-être l'excès de la souffrance physique et morale laissera échapper, dans les lettres de ce vaillant, une sorte d'appel secret et douloureux? la tendresse maternelle. Mais comme il sera passager cet appel, et comme bientôt reprendra le ton enjoué de sa correspondance, pour assurer sa mère de sa sérénité!

De Loo, presqu'au lendemain des journées de Dixmude, Maurice écrira qu'il a passé une après-midi à jouer du piano chez l'instituteur: «J'ai eu le plaisir d'entendre sa tille — de 14 ans vieille, comme dit le général French — jouer en artiste du Chopin et du Grieg, avec au loin, à l'horizon, quelques obus donnant l'accord.»

Et ceci, le jour du mardi gras: «L'uniforme fait fureur; on croirait à la guerre. Tout le monde est déguisé en militaire. Les Boches nous lancent des confetti; mais nous, nous les faisons danser.»

Quand le printemps revient, son âme poétique oublie plus que jamais les horreurs de la guerre: «Il fait beau, le ciel nous protège, et le soleil est notre invité.» Et un jour, en allant au feu, il trouva le temps de cueillir ces impressions si joliment nuancées: «Les dunes sont mauves sous le soleil couchant, et le calme est... précurseur de l'orage... Des champs couverts de fleurs de colza sous le blanc des shrapnells, avec les tètes à pompons rouges courant dans les fleurs... nous étions tous fleuris, en arrivant après une heure de course aux tranchées de réserve... Ici, toute la tendresse de votre Mau, et la fleur cueillie au vol, et qui était à mon bonnet.»

De la vaillance de Maurice Faivre et de son sang-froid, je ne citerai que ce trait entre tant d'autres. Dans une attaque, sa compagnie est décimée par l'ennemi. Officiers et gradés sont tués ou blessés. Il reste bientôt seul avec quelques camarades qui s'abritent derrière une haie. En courant, il va demander du renfort, et revient aussitôt prendre le commandement de ses compagnons. Mais bientôt, ils ne sont plus que deux, les Boches arrivent en rampant. Alors, pour donner l'iîlusion du nombre, Maurice et son camarade tirent des feux de salve, en courant à toute vitesse derrière la haie, les Boches s'arrêtent et rebroussent chemin. Une escouade de renfort arrive enfin: les deux héros restaient maîtres de la place et étaient sauvés. Un petit marin, qui racontera plus tard cette scène à la mère de Maurice, trouvera, pour lui marquer toute son admiration pour son fils, ces mots naïfs et simples: «Ah! il est glorieux, allez., madame!»

Si Maurice Faivre se plaisait dans l'intimité de ses chefs, où son éducation, son instruction et son entrain juvénile n'avaient pas tardé à le faire entrer, il n'en restait pas moins étroitement mêlé à la vie de ses camarades, éprouvant une véritable joie à se rapprocher des simples, et surtout de ceux dont il devinait la détresse morale, cherchant par tous les moyens à leur venir en aide, provoquant pour cela leurs confidences, partageant avec eux tous les envois maternels: «Mes paquets - écrit-il à sa mère — font la joie de l'escouade, et vos lettres, celle de votre fils.»

Nommé quartier-maitre fourrier sur le champ de bataille dans les premiers jours de janvier I9I5, en même temps qu'il était proposé pour la médaille militaire, décoré enfin de la Croix de guerre, après avoir affronté vingt fois la mort avec une magnifique insouciance, Maurice avait compris que celle-ci, si elle était offerte pour le plus parfait accomplissement du devoir, était l'acte suprême de la vie. Il le disait à son second père, dans une des visites si affectueuses que celui-ci lui faisait parfois au front, et qui étaient une de ses grandes joies. Il l'écrivait à un de ses amis, en ajoutant qu'il savait à présent le sens de la vie, et que, «cette lumière, qui désormais éclairait son chemin, s'appelait l’espoir en Dieu!» Le i3 octobre, au matin, dans une des rues de Nieuport, un éclat d'obus le frappait à la tempe, au moment où il rentrait des tranchées. Il mourut sur le coup. Son corps fut relevé et bénit par l'aumônier du régiment. Dieu, pour son beau courage, son exquise bonté, sa grande confiance en lui, lui épargnait non seulement les souffrances physiques de l'agonie, mais encore les cruels déchirements d'un coeur aussi aimant que le sien.

Sa dernière pensée vola, comme un éclair, vers ceux dont il était la force rayonnante, vers Celle surtout que quelques jours auparavant il recommandait à l'une de ses cousines, en lui disant: «N'oublie pas que maman est tout ce qui m'est le plus cher, qu'elle sera horriblement malheureuse, si je tombe... Entourez-la toujours!»

Arrière-petit-fils du général Laidet, petit-fils du général Faivre, neveu du colonel Wilfrid Faivre, tombé lui aussi glorieusement à l'ennemi, et digne jusqu'au bout de sa noble lignée, Maurice Faivre repose maintenant dans le petit cimetière de Nieuport où il fut pieusement déposé, un soir, par ses camarades et ses chefs en larmes, où il eut l'enterrement de soldat qu'il pouvait souhaiter avec les obus allemands tombant autour de son cortège et illuminant par instants la ville plongée dans les ténèbres, où sa tombe est restée, jusqu'à leur départ, un lieu de pèlerinage pour tous ceux à qui il fut si secourable. On le ramènera, un jour, dans un coin de Bretagne qu'il affectionnait particulièrement. Là, viendront s'agenouiller et prier ceux qui, en le perdant ont touché subitement le fond de la douleur humaine, mais que le souvenir de sa bravoure, de sa générosité et de son sacrifice consolera, fortifiera et suivra fièrement dans la vie...

Pour moi, je puis bien le dire, en tombant au Champ d'honneur si jeune et déjà auréolé de toutes les vertus militaires et chrétiennes, Maurice Faivre, comme tant d'autres de ses frères d'armes, morts pour la patrie, à la fleur de l'âge, m'a fait songer à ce que Noël Péri a écrit si poétiquement du soldat japonais et de l'emblème de son âme, la fleur du cerisier: «Sous la caresse impérieuse du soleil de printemps, la fleur du cerisier sauvage, qui n'admet sur sa pure blancheur aucune teinte étrangère, brise son enveloppe, s'ouvre toute claire dans la lumière, écarte peu à peu ses pétales, en agrandit toujours davantage le cercle gracieux et d'un suprême effort vers encore plus de beauté, s'arrache de sa tige et tombe, laissant l'arbre déjà revêtu de sa parure d'été; elle tombe lentement, d'une chute de neige que le vent incline et adoucit... A terre, étoilant la poussière à laquelle elle va retourner, cette neige odorante reste encore belle et immaculée, à côté de la masse pourrissant déjà des fleurs pourtant si brillantes du camélia, tombées en même temps qu'elles. Le guerrier japonais en a fait le symbole de son idéal. Il voulait vivre une vie d'honneur, sans tache ni ombre, lui aussi, dût-elle en être abrégée; il voulait surtout tomber sans que rien ternît son nom, d'une chute éclatante et glorieuse, afin que son souvenir demeurât immaculé parmi les siens.»

N'est-ce pas là la vie voulue et vécue en si peu de jours par Maurice Faivre; et sa mère, comme toutes les mères des marins glorieusement tombés dans les plaines de l'Yser, qui conserveront cette image de leur fils enseveli dans les blancheurs d'un magnifique idéal blancheurs pleines de deuil sans doute, mais pleines aussi de résurrection, ne devront-elles pas sentir les flammes de leur sacrifice rayonner en se purifiant et en s'adoucissant? Je le souhaite et je l'espère.

H. L.